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La danse du lion, symbole de puissance et demodernité à Hong Kong

C’est un incontournable des festivités. La danse du lion, haute en couleurs et en symboles, s’apprête à investir les rues de Hong Kong pour l’entrée dans l’année du cheval. Nous avons assisté à une session d’entraînement dans une école qui met un point d’honneur à former les hommes comme les femmes.

Reportage signé Anne-Claire Poignard avec David Attali

Nous avons rendez-vous dans un bâtiment industriel de Tai Wai dans les Nouveaux Territoires. Un monte-charge nous conduit au 2e étage. Il fait nuit noire et pourtant dans ce long couloir, une explosion de couleurs attire notre regard. Sur plusieurs mètres d’étagères, des têtes de lion attendent de s’animer. Nous entrons dans la pièce où la troupe entame son entraînement hebdomadaire.

Lee Yun Fook est un maître très écouté. Il entraîne ce soir-là une dizaine de danseurs. Ils ont une vingtaine d’années. « La danse du lion est une vieille tradition très ancrée dans la culture chinoise. Il y a trois piliers : l’émotion, la maîtrise de la technique et la posture. La base peut s’apprendre très vite mais il faut entre un et deux ans pour atteindre un niveau correct ».

Sous la peau du lion : émotions et mouvements d’une danse millénaire

Art traditionnel chinois basé sur les mouvements du kung-fu, la danse du lion se pratique en duo : un danseur donne vie à la tête, un autre anime le corps et la queue. Le rythme est donné par un tambour, des cymbales et un gong. Le son chasse les mauvais esprits. La danse porte bonheur pour l’année qui s’ouvre, le lion étant symbole de puissance, de sagesse et de prospérité.

A 26 ans, Lam Wing Yan est une élève confirmée. Elle pratique depuis 15 ans. « C’est très physique mais le plus dur c’est de faire passer les émotions pour donner vie au costume. Il y en a huit. La joie, la colère, la peur, la suspicion etc. Selon la manière dont on agite la tête du lion, on transmet au public une émotion différente ».

Fabriquée en bambou et papier mâché, la tête est portée à bout de bras. Les danseurs l’animent en actionnant une ficelle située à l’intérieur. Elle permet le clignement des yeux et le mouvement des oreilles. Avec l’autre main, c’est la bouche du lion qui s’ouvre et se ferme.

Au fil du temps, le costume a évolué. Les modèles anciens sont plus grands et plus lourds. La tête de lion est verte, noire ou rouge. « Les jeunes d’aujourd’hui préfèrent les modèles plus vifs : le jaune, le rose, le vert fluo ».

« Les femmes ont leur place dans cette tradition » – Lee Yun Fook, maître de la danse du lion

A 69 ans, Lee Yun Fook a vu passer des générations d’élèves. « J’enseigne aux filles depuis dix ans. Dans d’autres écoles, la mixité est plus récente. Pendant longtemps, cette danse était réservée aux garçons. Les filles en période de menstruation étaient considérées comme impures. Elles n’avaient pas le droit de toucher la tête du lion. Aujourd’hui, les mentalités ont évolué. Avec l’entraînement, les filles gagnent en force et en puissance. Quand elles font de bons résultats en compétition, je suis très heureux ».

Cette année encore, les élèves de Lee Yun Fook danseront pour le Nouvel An chinois. « Une fierté », nous confient-ils. Pour eux comme pour leurs familles.