Infos RégionalesWuhan

Flâner dans Wuhan…

Les flâneries de Wuhan, partez à la découverte des petits bonheurs

Nous sommes une équipe de huit expatriées d’âges et de talents variés ayant en commun la curiosité et un moral à toute épreuve car flâner à Wuhan est actuellement un défi ! En effet cette ville de 10 millions d’habitants au centre de la Chine est un immense chantier. Ponts, échangeurs, métros, buildings, tout est en construction en même temps. Ajoutez à cela une activité chinoise frénétique et tonitruante, quand vous arrivez à Wuhan, vous avez juste envie de rester au calme dans votre habitation bien propre et de ne plus bouger.

Et pourtant ne renonçant pas à faire découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles saveurs, de nouvelles rencontres, notre équipe propose des flâneries à toutes les personnes curieuses et francophones. Ces flâneries ont lieu le matin, une fois par mois et se finissent pour celles qui ont le temps par un repas au restaurant. 

Pour nous sentir bien à Wuhan nous avons besoin de connaître notre environnement.

Une première flânerie dans notre quartier, s’impose. Au-delà du premier regard sur ces immeubles en béton brut sans charme, nous y voyons une vie joyeuse, favorisée par ces boutiques sans devantures où les habitants se connaissent, s’interpellent, crient et rient. Le marché est un festival de couleurs et nous y dégustons de délicieuses galettes au caramel et au sésame.

Rassurées sur notre environnement proche, nous partons découvrir le bazar de Wuhan. Ce lieu pittoresque a été longtemps la plaque tournante d’échanges commerciaux très importants en Chine, les marchandises y arrivent de partout dans un désordre indescriptible. Nous étions plus de 30 dames à déambuler par petits groupes dans le dédale des ruelles, encombrées de marchandises. Ce fut l’occasion de faire le plein de guirlandes de Noël mais aussi de profiter de l’ambiance de ce lieu dont la démolition a commencé. 

Pour agrandir notre vision de Wuhan, au mois de janvier nous sommes au musée de l’urbanisme : Wuhan Citizen Home. Dans un bâtiment ultra moderne, dessiné par un architecte français, le Wuhan de demain est présenté avec de nombreuses maquettes. Un montage audio et vidéo nous a fait rêver pendant quelques minutes à une ville propre, verte et organisée. Le plus fascinant est que certains bâtiments présentés sont déjà sortis de terre…

Le bonheur de goûter à la culture chinoise pouvait commencer car peu à peu les peurs liées à l’inconnu se sont estompées. 

Au temple des 500 bouddhas, nous avons joué comme les Chinois à trouver notre bouddha de l’année. Mais celui-ci trouvé, nous avons renoncé à aller interroger les moines du temple pour lire notre avenir… Par contre nous avons testé le restaurant végétarien du temple, beaucoup de plats sont restés non identifiés.

Dans un bâtiment baptisé « maison rouge » par les Français se trouve un joyeux mélange de savoir-faire autour des lettres, des arts graphiques et des collections. On y voit fabriquer des pinceaux de toutes sortes, même en cheveux d’enfants. Le graveur de sceaux s’active. Dans un atelier sont aussi mis sur rouleau les œuvres réalisées sur le fin papier chinois. Une ambiance sereine nous enveloppe quand au détour d’une allée, nous sommes attirés par une musique chinoise, le peintre nous invite à entrer et sous ses coups de pinceaux précis et rapide apparait un paysage grandiose. Le temps est suspendu à ce pinceau et personne n’ose bouger.

Un peu plus loin à même le sol sont présentées des antiquités plus ou moins antiques, vieux billets et livres anciens, poteries de toutes sortes sans oublier les bustes de Mao. Tout ceci n’est pas présenté pour le touriste occidental, il y en a si peu ici, mais pour les Chinois qui apprécient de chiner !

Près du Yang Tsé, nous découvrons en flânant une représentation d’opéra populaire. De nombreux Chinois âgés s’y retrouvent, certains se contentent d’écouter les pièces d’opéra de Pékin, d’autres jouent au majong, ils sont là tous les après-midis, occupés entre eux quel que soit le temps. Ils font à peine attention à nous. Un peu plus loin, dans un atelier d’artistes des sculpteurs travaillent dans une ambiance feutrée et concentrée.

Ils réalisent de belles pièces mettant en scènes des artisans et paysans chinois. 

De cet atelier de modelage sortent des œuvres qui sont après coulées en bronze. 

Le bonheur de retrouver des traces de l’histoire du siècle dernier.

A Wuhan, la prise de conscience de la richesse du patrimoine historique commence seulement à émerger. Des démolitions ont eu lieu mais ce temps est révolu et de beaux bâtiments attendent leur réhabilitation. C’est ainsi qu’en nous promenant nous avons aperçu, noyé dans la végétation, l’ancien consulat de France. Un peu plus loin, les inscriptions sur l’ancienne gare nous ont rappelé que la ligne joignait Wuhan à Pékin dès 1903. En passant devant l’usine de glace Corsane, nous avons évoqué l’occupation japonaise de 1936. Les Japonais tiraient sur les personnes qui s’approchaient du fleuve, privant ainsi d’eau la population pauvre. Monsieur Corsane, un courageux écossais, avait assuré la distribution d’eau. Des photos d’époque montrent les attroupements devant son usine.

Si à Shanghai il y a des lilongs et à Pékin des hutongs, ici nous avons des lifens. Ce sont les premiers quartiers d’habitations modernes de Wuhan, construits par des Chinois pour des Chinois, les habitations possédaient dès le début du 20ème siècle l’eau courante et l’électricité. Ces lifens sont des havres de paix très appréciés où déguster un bon café n’est pas mission impossible.

Mao est venu de nombreuses fois à Wuhan pour veiller à la construction du pont sur le Yang Tsé. Construit par les Russes en 1962, il a un étage pour la voie de chemin de fer et un pour les véhicules. Ce pont spectaculaire a permis de relier Pékin à Canton et Hong-Kong. 

Enfin le bonheur de la rencontre est sûrement un des plus forts qui a caractérisé cette année de flânerie. 

Que de belles rencontres avec nos amis chinois ! Pour ne citer que celles-là : Avec la marchande de charbon qui nous ouvre son atelier de fabrication de « MeiTan» nous expliquant que ces cylindres de charbon, une fois livrés par des charrettes à bras, servent de combustible pour préparer les repas ou se chauffer. Elle n’a pas le moral car elle en vendait 4 fois plus il y a 10 ans et pense changer de travail…Avec cette vieille dame de 86 ans rencontrée devant l’ancien cinéma maintenant détruit, qui nous raconte sa vie, les séances au cinéma, son travail à la banque …

Les flâneries permettent le mélange de personnes francophones d’âges, de lieux de vie et de centres d’intérêt différents. Des amies chinoises nous ont rejointes. Les échanges d’informations de toutes sortes ont été d’une grande richesse. Des amitiés se sont nouées. La flânerie au zoo pendant des vacances scolaires a permis de faire la connaissance des enfants. Leur émerveillement devant le petit zèbre en train de téter sa mère ou le bébé cygne transporté sur le dos de ses parents était aussi un grand moment.

A la prochaine rentrée, certains vont repartir en France, d’autres familles arriveront et notre équipe des flâneries se prépare à repartir sur celles déjà organisées mais aussi à faire partager de nouvelles découvertes. Nous sommes débordantes d’idées car Wuhan a des richesses qui ne demandent qu’à être explorées et mises en valeur.