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Clairmont, l’esprit de famille qui bouscule Crozes-Hermitage

À Beaumont-Monteux, au cœur de la Vallée du Rhône, Clairmont ne ressemble à personne. Ni géant coopératif, ni petit domaine isolé. Ici, neuf familles cultivent 130 hectares comme on cultive une histoire commune. Et cela change tout. Rencontre avec Michel Galliere, responsable commercial, communication et marketing de Clairmont – Crozes-Hermitage.

Par Catya Martin

Une coopérative… pas comme les autres

« Cela ne change pas les vins, mais cela change la façon de les faire. » La phrase de Michel Galliere résume l’ADN de Clairmont.

Derrière chaque étiquette, neuf familles, plusieurs générations, et une équipe salariée que l’on appelle volontiers « la dixième famille ». Une structure à taille humaine où chacun connaît chacun.

Quand une nouvelle famille rejoint l’aventure, elle n’est jamais seule. Beaucoup viennent de l’arboriculture, parfois encore en double, voire triple culture. Ici, l’accompagnement est permanent : soutien technique, échanges constants, entraide quotidienne. Même WhatsApp est devenu un outil viticole. Une tache suspecte sur une feuille ? Une photo partagée, un avis collectif, une décision rapide.

Mais le plus singulier reste ailleurs.
À Clairmont, les vignerons ne livrent pas seulement leurs raisins. Ils vinifient eux-mêmes, y compris le dimanche. Lorsque les salariés se reposent, les vignerons prennent le relais. Du premier coup de sécateur à la validation du millésime, ils sont présents à chaque étape.

« Ils produisent, ils vinifient, ils dégustent… et ils vendent. »

Salons particuliers, marchés aux vins, afterworks au domaine : ce sont eux qui parlent de leurs cuvées. Une transversalité rare, presque unique en France. Ici, on ne délègue pas l’âme du vin.

Crozes-Hermitage, mais à part

Clairmont, c’est 120 hectares en Crozes-Hermitage, environ 1,5 hectare en Saint-Joseph rouge (avec des plantations en cours), et des IGP Collines Rhodaniennes en rouge, blanc et rosé — avec du chardonnay, du sauvignon et du pinot noir, en plus de la syrah et de la marsanne.

Un positionnement atypique :

  • plus grand qu’un vigneron indépendant ;
  • beaucoup plus petit qu’une cave géante ;
  • producteur à part entière, sans achat de raisin ni de jus.

Vendange 2025 difficile en viognier ? « On a fait 9 hectolitres au lieu de 60 ou 70. On n’est pas allés en acheter. Cette année, il n’y aura pas de viognier. » Voilà la différence : l’authenticité avant le volume.

Autre choix fort : pas de grande distribution. Clairmont privilégie le CHR, les cavistes, les particuliers et l’export. Une décision stratégique. « Le caviste et le restaurateur sont notre plus belle vitrine. » Entrer en grande distribution fragiliserait cet équilibre.

L’expression du terroir, parcelle par parcelle

À Clairmont, plus de 130 parcelles sont vendangées séparément. Deux parcelles situées à dix mètres l’une de l’autre peuvent être récoltées à des dates différentes. Ce sont les œnologues qui décident. Cela grince parfois. Mais le résultat est là : des vins précis, identitaires. Certaines cuvées expriment un domaine particulier. D’autres sont des assemblages collectifs. Toujours avec la même exigence : traduire le terroir.

Parmi les 25 cuvées, certaines séduisent par leur immédiateté. Le marché évolue. Les consommateurs recherchent des vins prêts à boire, gourmands, croquants. Jardin Zen — la cuvée de Frédéric Borja, président de Clairmont — incarne cette tendance : fruit éclatant, accessibilité, plaisir instantané.
Horizons séduit également par son équilibre entre fraîcheur et structure.

Les notes, l’export et Hong Kong

Lorsqu’une cuvée reçoit 92 ou 94 points d’un critique américain, les courriels affluent. « En France, les notes comptent peu. À l’international, c’est décisif. »

Clairmont exporte environ 5 % de sa production. L’Angleterre et la Norvège figurent parmi les marchés les plus dynamiques. Les États-Unis ? Une opportunité stoppée net par un changement politique et des taxes douanières : 120 000 bouteilles prêtes à partir sont restées en cuve. D’où l’ouverture vers l’Asie.

À Vinexpo Hong Kong, Michel Galliere découvre un marché exigeant, curieux, immense.
« Même 1 % de la Chine, pour nous, c’est considérable. » Le palais asiatique ? Des vins fruités, capables d’accompagner des cuisines épicées sans excès de tanins. Jardin Zen et Horizons ont particulièrement séduit.
Mais Clairmont ne veut pas seulement vendre. La maison veut accompagner, former, fidéliser.
« On ne peut pas livrer et disparaître. Il faut avancer main dans la main. »

Une marque à affirmer

Clairmont existe depuis plus de cinquante ans. Les vins sont reconnus pour leur qualité. Mais la marque doit encore gagner en notoriété face aux grandes signatures du Rhône. « On n’est pas entre deux eaux. On est à notre place. Il faut simplement l’affirmer. » Communication renforcée, visibilité accrue sur les salons internationaux, travail d’image : la nouvelle direction impulse une dynamique tout en respectant l’héritage.

Dans dix ans ?

Clairmont peut produire jusqu’à 800 000 bouteilles. Aujourd’hui, environ 400 000. La croissance est possible — mais pas à n’importe quel prix. « Plutôt que d’aller chercher ces volumes en grande distribution, je préfère venir les chercher à l’export. »

Trois mots pour résumer l’expérience hongkongaise ? Dépaysant. Intéressant. Potentiel.

Trois mots pour résumer Clairmont ? Collectif. Exigence. Humanité.

Dans un monde du vin en pleine mutation, où l’industrialisation gagne du terrain, Clairmont démontre qu’il est possible d’être structuré sans perdre son âme. Ici, le vin n’est pas seulement un produit.
C’est une aventure familiale, partagée, profondément vivante.

Informations : ICI