Yangshuo, voyage entre rivière et pains de sucre
A 3h de train de Hong Kong, Yangshuo c’est la perle du Guangxi. Une chaîne de montagnes en forme de pains de sucre sculptée par l’érosion. Le temps, l’eau et les vents ont ici façonné la roche calcaire siècle après siècle depuis des millions d’années. Au milieu coule une rivière. Fierté nationale, le paysage orne les billets de 20 yuans
Reportage signé Anne-Claire Poignard

Le voyage commence sur les rives de la rivière Li. A l’embarcadère, les touristes, essentiellement chinois mais aussi étrangers, se pressent. Fraîchement débarqués de leurs bus en provenance de Guilin, ville étape située à 30km, les groupes rejoignent le quai. Il y a foule à 9h. La rivière Li est une autoroute à bateaux.
Croisière sur la rivière
A l’heure prévue, les navires larguent les amarres les uns après les autres. Ils vont se suivre pendant 4h à la découverte d’une des plus belles rivières au monde. 60km de croisière. Inscrites au Patrimoine mondial de l’UNESCO, les montagnes de la région forment un paysage de carte postale. 157 collines rocheuses, 21 grandes grottes karstiques et plusieurs centaines plus petites.
Au fait qu’est-ce que le karst ? Selon le Larousse, le mot vient de « Kras », un plateau situé en Slovénie. Un relief karstique se forme sous l’effet de l’érosion du calcaire. L’eau s’infiltre dans la roche, isole des collines rocheuses et crée des cavités souterraines. L’un des plus beaux exemples accessibles au public se trouve à Guilin. La « Reed Flute Cave », littéralement « grotte de la flûte de roseau » est un incontournable de la région. Les volumes sont impressionnants. Une cathédrale de stalagmites et de stalactites.
Mais revenons sur la rivière Li. Depuis le toit des bateaux, les visiteurs en prennent plein les yeux. Sur les berges, les embarcations de bambous attendent les visiteurs. C’est l’une des attractions touristiques du coin. Dans le ciel, quelques rapaces planent paisiblement.

Yangshuo
Le voyage fluvial s’achève à Yangshuo, ville rurale devenue destination touristique. Ici, les familles paysannes qui vivent de peu côtoient les Chinois qui voyagent et les visiteurs du bout du monde. La ville est un chantier à ciel ouvert. Des hôtels sortent de terre au milieu des rizières.
Dans cet environnement en pleine mutation, il faut s’aventurer à quelques minutes des restaurants et des échoppes de souvenirs du centre-ville pour découvrir des lieux enchanteurs. Ainsi cette imposante porte en bois traditionnelle au bout d’une ruelle délabrée, point d’entrée d’un jardin bucolique autour duquel d’anciennes bâtisses rénovées accueillent désormais les voyageurs dans un décor d’antan.
A la nuit tombée, la foule se presse sur les berges de la rivière pour découvrir un étonnant sons et lumières mis en scène par Zhang Yimou, le directeur des cérémonies des Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Le spectacle se joue en plein air. Il raconte la légende de Liu Sanjie, jeune fille douée d’un don exceptionnel pour le chant et dont un paysan tombe éperdument amoureux. Plus de 600 artistes participent à cette production imaginée sur l’eau.

Plantations de thé et de mandarines
Prendre de la hauteur réserve aussi de belles surprises. Du haut des 400 marches de la montagne Xianggong, le point de vue est à couper le souffle. De ce promontoire rocheux, les bateaux sur la rivière semblent minuscules. On prend alors conscience de la grandeur de ce paysage qui a inspiré peintres et poètes.
Sur ces routes de montagne, les arbres fruitiers regorgent de mandarines juteuses et sucrées en cette saison. Les plantations s’étendent sur des kilomètres de relief, elles sont un pan clé de l’agriculture locale au même titre que le thé. A 500 mètres d’altitude, il ne faut pas rater le « Qixianfeng Tea Garden ». Des arbres cultivés sur sept collines où les voyageurs gourmets peuvent assister à la cueillette et goûter les déclinaisons de thé blanc, vert et noir produits sur place.
Peinture sur éventail
En redescendant dans la vallée, la ville de Fuli dont le vieux centre semble figé dans le temps donne à voir un savoir-faire ancestral, celui de la peinture sur éventail. Dans sa petite échoppe pleine de couleurs, un artisan s’affaire. Pinceau à la main, il esquisse un nouveau tracé. On devine les reliefs de Yangshuo. Ses modèles sont en papier ou en soie. Un autre lieu poétique dans cette carte postale de l’extrême sud de la Chine.

