Evasion

La Saga des îles du Cap-Vert – Partie N°1 : L’île de Santiago

Si la faille media-atlantique est responsable de la dérive des continents d’Est en Ouest, l’épine dorsale partie au sud de l’Afrique remonte jusqu’au cercle polaire. Le long de cette gigantesque ligne terrestre nord-sud, se trouve un chapelet d’îles volcaniques. L’archipel britannique méridional des îles Tristan da Cunha, Ascension et Sainte-Hélène., comme celui de l’archipel volcanique des îles Sao Tomé & Principe, au niveau de l’Équateur jalonnent cette ligne qui remonte ensuite, à partir du Cap-Vert, en direction des îles Canaries et de Madère avant de se prolonger au large du continent européen vers l’archipel des Açores et enfin atteindre l’Islande.

Par Christian Sorand

L’Histoire s’empare ensuite de l’archipel du Cap Vert au gré des premières explorations maritimes : britanniques, espagnoles, françaises, hollandaises et portugaises. Au large du continent africain, ces îles servaient d’escale sur la route des Indes qui passait par le cap de Bonne Espérance. On notera tout de même que les grands oubliés de l’Histoire à ce niveau sont d’abord des peuplades berbères qui, au large des côtes marocaines, iront peupler les Canaries, devenant ainsi les ancêtres des Guanches ; mais surtout les Phéniciens et les Carthaginois qui auront été les premiers navigateurs explorateurs du continent africain. Au VIIe avant notre ère, le pharaon Nekao[1] fait appel à des navigateurs égyptiens qui, partis de la mer Rouge, feront le tour de l’Afrique par le cap de Bonne Espérance et reviendront, trois années plus tard, par le détroit de Gibraltar. Vers le Ve siècle avant notre ère, un autre navigateur carthaginois cette fois, Hannon le Navigateur[2], parti probablement de la colonie phénicienne de Gadès (Cadix) et passant par celle de Lixus (Larache, au Maroc, fondée par les Phéniciens au XIIe siècle av. notre ère),  longera la côte atlantique marocaine, avant de passer par les Canaries et descendre jusqu’au golfe de Guinée. Rappelons que les Phéniciens commerçaient le long de deux routes maritimes : l’une au nord, en direction des îles Scilly prolongeant la Cornouaille, et appelée « la route de l’étain »; une seconde, au sud, contournant l’Afrique de l’Ouest jusqu’au golfe de Guinée, et appelée « la route de l’or ».

Il est vraisemblable que cette dernière route passait par les îles du Cap-Vert qui étaient alors totalement dépeuplées. Certains vestiges antiques provenant des fonds sous-marins pourraient attester d’une première exploration marine de cet archipel. Mais localement, l’histoire enseignée ne mentionne qu’une découverte portugaise, puisque cet archipel a d’abord été une colonie du Portugal avant son indépendance, le 5 juillet 1975.

La période portugaise.

En 1444, Henri le Navigateur découvre donc l’archipel au nom du roi du Portugal. Mais il faudra attendre l’année 1462 pour qu’une première colonie, Ribeira Grande, soit fondée sur l’île de Santiago. Il s’agissait d’une escale majeure pour les routes commerciales africaines vers l’Inde, mais aussi vers le Brésil et les Caraïbes, de l’autre côté de l’Atlantique. C’est donc à partir du XVe siècle que ces îles ont commencé à être peuplées, d’autant plus que le commerce triangulaire faisait transiter le trafic des esclaves par cet archipel.

Une étrange mixité de population.

Si la population du Cap-Vert offre une certaine mixité historique, composée de descendants portugais, de noirs africains et de créoles, d’autres facteurs historiques viennent diversifier le peuplement de ces îles. À la suite de l’inquisition espagnole, le Portugal expulse les Juifs vers Sao Tomé et le Cap-Vert en 1496.

Au XVIIIe siècle, les baleiniers d’Amérique du Nord commencent à venir chasser la baleine aux Açores et même au Cap-Vert. Or ces bateaux utilisaient la petite île de Brava pour le ravitaillement en eau et en nourriture. Des marins furent recrutés localement. Étrangement, une petite colonie de Capverdiens s’est alors implantée dans les ports du Massachusetts, en Nouvelle Angleterre, tout en restant en contact avec les îles du Cap-Vert, tant et si bien qu’un grand nombre d’émigrés conservèrentr des maisons dans leurs îles d’origine. Ces demeures, souvent vides, arborent aujourd’hui un drapeau américain ! Ces exilés ont même le droit d’importer un véhicule hors-taxe portant une immatriculation spécifique…

L’archipel du Cap-Vert.

Le Cap-Vert est composé d’une dizaine d’îles habitées et d’un certain nombre d’îles désertes, soit inhospitalières, soit trop exiguës.
Ces îles forment un archipel de forme circulaire, situé à environ 600km du Sénégal et de la Mauritanie. Si elles sont toutes d’origine volcanique, certaines, comme l’île de Sal, sont plates et possèdent même un espace désertique rappelant le Sahara. L’île méridionale de Fogo, à l’ouest de l’île de Santiago, est dominée par un stratovolcan, le Pico do Fogo, culminant  à 2,829m.
La plus grande île du Cap-Vert, Santiago, a été la première à être peuplée. C’est le berceau du pays et le siège de la capitale, Praïa.

L’île de Santiago.

L’arrivée à l’aéroport international Nelson Mandela de Praïafait penser à Madère. En effet, la piste est située sur un plateau ouvert des deux côtés, comme s’il s’agissait d’un porte-avion !
Praîa est une capitale de 200,000 habitants, située au fond d’une baie bien protégée qui abrite le port. L’installation portuaire est gérée par une société de Macao ! La ville est le siège d’un grand nombre d’ambassades. La plupart d’entre elles se trouvent dans un quartier résidentiel du bord de mer. À Praïa, la circulation peut être très dense aux heures de bureaux .Hormis, le quartier historique dePlatô, la ville présente assez peu d’intérêt.


Les Portugais se sont d’abord établis sur un plateau dominant le port, Le Palais présidentiel prend la place de celui du gouverneur portugais. Ce quartier historique reste donc la curiosité principale. On arrive sur une belle place ombragée, proche de l’esplanade du pais : Praça Alexandre Albuquerque. Un grand kiosque aménagé fait office de café et de restaurant. La cathédrale donne sur cette place qui servait autrefois de marché aux esclaves. La rue 5 de Julho commence ici. Elle porte la date de l’indépendance du pays, le 5 juillet 1975. C’est la seule rue piétonne de l’île qui comporte de nombreuses échoppes. Mais on y trouve également un petit musée ethnographique, et surtout de nombreuses terrasses de cafés et de restaurants. Au Cap-Vert, les magasins généraux et d’alimentation sont une mainmise chinoise ! Le marché central, Mercado de Sucupira se à proximité. C’est un marché africain à ne pas manquer. Platô étant surélevée, plusieurs terrasses de la ville offrent de beaux points de vue.
Non loin du quartier résidentiel, siège de nombreuses ambassades, on rejoint une petite plage de sable doré, Quebra Canela, surplombée par de très belles terrasses de café.
À quelques kilomètres au nord de Praïa, sur la côte sud-ouest de l’île, Citadhe Velha («la vieille ville »), a été le siège de la première colonie portugaise, il y a un demi-millénaire. Seul lieu classé par l’Unesco, ce gros village est plein de charme. Sa crique de sable noir accueille les barques des pêcheurs, rappelant Nazaré au Portugal. Quelques terrasses accueillantes attirent les visiteurs venus prendre un verre ou déguster la pêche du jour, face à l’océan.
L’intérieur de l’île renferme les paysages volcaniques stupéfiants de la Sierra Malagueta, s’élevant à 1,000m d’altitude. Assomada, au centre de l’île, est la seconde plus grande ville ; elle jouit d’un climat printanier. Son petit marché africain rappelle qu’on se trouve, malgré tout, sur un autre continent.


Tout au nord, Tarrafal est devenue une station balnéaire prisée, attirant surtout les plongeurs et les amateurs de sports nautiques.En redescendant vers Praïa, la région côtière au nord de la capitale, est le lieu le plus exotique de l’île.  Outre la canne à sucre ou le caféier, d’autres cultures sont possibles grâce au climat tropical : mangues, papayes, bananes, noix de coco…
L’île de Santiago n’est qu’une première façade de cet archipel où chaque île conserve sa propre identité, en fonction de son relief, de ses variations climatiques ou de l’influence des alizés.
Mais le Cap-Vert reste un vrai kaléidoscope, lprsque l’exotisme des tropiques cède sa place à un mini désert surgi du Sahara !

(À suivre)

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Bibliographie : Cabo Verde, Lonely Planet, ISBN: 978.83758.232.7

Liens:
Cap-Vert (Cabo Verde): https://fr.wikipedia.org/wiki/Cap-Vert
Île de Santiago: https://fr.wikipedia.org/wiki/Santiago_(Cap-Vert)
Praia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Praia
Île de Brava: https://fr.wikipedia.org/wiki/Brava_(Cap-Vert)
Citade Velha: https://fr.wikipedia.org/wiki/Cidade_Velha
Serra Malagueta: https://fr.wikipedia.org/wiki/Serra_Malagueta
Assomada: https://fr.wikipedia.org/wiki/Assomada
Tarrafal: https://fr.wikipedia.org/wiki/Tarrafal_(Santiago)


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Périple_des_marins_de_Néchao

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Périple_d’Hannon