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Anne Quenedey : Experte en fiscalité internationale

Avocate ayant traversé les continents pour accompagner les entreprises dans leurs défis juridiques les plus complexes, Anne a exercé pendant plus de 20 ans à Paris avant de poser ses valises à Hong Kong. Elle y a créé son cabinet, Tax and Advisory Partners, tout en collaborant avec le cabinet Hart Giles, Solicitors & Notaries. Rencontre avec une spécialiste qui allie expertise juridique et passion pour les défis internationaux.

Propos recueillis par Catya Martin

Pouvez-vous nous résumer, de façon très concise, votre parcours et ce qui vous a amenée à travailler dans cette région d’Asie ?

Anne Quenedey : Après la crise de 2008, j’ai réalisé qu’il existait d’autres horizons que l’Europe et d’autres frontières à explorer. Pour moi, cette nouvelle frontière a été la Chine. Je me suis organisée pour devenir experte des relations entre la France et la Chine, puis entre la France et l’Asie.

J’ai d’abord été associée au sein des cabinets King & Wood Mallesons, puis de Baker McKenzie. En 2013, je me suis installée à Pékin. Puis, à partir de 2018, j’ai rejoint Hong Kong, où j’ai découvert un milieu des affaires extrêmement dynamique, performant et offrant une qualité de vie inégalée. J’ai décidé de m’y installer et, depuis, je n’ai plus quitté cette ville.

Vous êtes reconnue pour votre expertise en fiscalité des entreprises et en droit international. Quels sont les enjeux majeurs que rencontrent aujourd’hui les entreprises françaises ou européennes en Asie, et notamment à Hong Kong ?

Le défi le plus important dans le milieu des affaires est la dimension internationale. Les entreprises maîtrisent généralement bien les règles et la fiscalité dans leur pays d’origine. Cependant, dès qu’elles opèrent dans deux pays ou plus, la complexité augmente de manière significative, en particulier en matière de fiscalité.

La fiscalité est un sujet d’actualité brûlant, car elle fournit les budgets des États. Ceux-ci ont besoin de ressources significatives, et les réformes fiscales se multiplient pour répondre à ces besoins. Les entreprises doivent donc s’adapter à ces contraintes, ce qui rend leur gestion internationale complexe et exigeante.

Quelles sont exactement vos missions principales ? Vous venez de créer votre cabinet et collaborez avec d’autres cabinets. Quels types de clients accompagnez-vous ?

J’accompagne des entreprises et des particuliers, mais principalement des clients confrontés à des situations juridiques et fiscales complexes ou difficiles. Mes clients sont souvent des Français ayant des problèmes en Chine ou en Asie, ou des Chinois et Hongkongais rencontrant des difficultés en France.

Mon rôle intervient généralement après la création d’une société ou le lancement d’une activité, lorsque les enjeux deviennent plus significatifs et que les entreprises atteignent les limites de ce que peuvent gérer les conseils locaux traditionnels. En quelque sorte, je suis un peu comme un médecin ou un pompier, appelé pour résoudre des problèmes urgents ou complexes.

Hong Kong reste un carrefour important pour les affaires en Asie. Comment voyez-vous l’évolution du cadre juridique et fiscal pour les entreprises étrangères dans cette région, notamment après les récentes évolutions géopolitiques ?

À Hong Kong, nous sommes dans un système de common law, alors qu’en Chine continentale, nous sommes dans un système de droit civil. Ces deux systèmes juridiques différents doivent coexister, ce qui peut poser des défis pour les entreprises.

Par exemple, les entreprises européennes qui ont nommé un directeur juridique formé à Shanghai pour superviser à la fois la Chine continentale et Hong Kong peuvent rencontrer des difficultés. Les deux systèmes sont fondamentalement différents, et cela nécessite une expertise spécifique pour les gérer efficacement.

En outre, la Chine modernise sa fiscalité, ce qui implique à la fois une simplification des formalités et une utilisation de la politique fiscale pour stimuler l’économie. Cela entraîne une accélération des réformes fiscales, augmentant la complexité et le besoin d’experts toujours plus performants.

Après avoir exercé à Paris, quelles sont les principales différences que vous observez dans la pratique du droit des affaires entre la France et Hong Kong ?

À Hong Kong, le droit des affaires et le monde des affaires évoluent plus rapidement qu’en France. Les décisions sont prises plus vite, et les processus sont souvent plus agiles. Cela crée un environnement dynamique, mais aussi exigeant pour les professionnels du droit.

Si vous aviez un conseil à donner à une PME française qui souhaite s’implanter en Asie et à Hong Kong en particulier, par où commencer ? Quel piège éviter ?

Mon conseil serait de ne pas se focaliser immédiatement sur les sujets juridiques et fiscaux. Une PME doit d’abord comprendre son business model, identifier ses partenaires commerciaux et définir sa stratégie de développement.

Une fois que l’entreprise a une visibilité claire sur ses activités, elle peut alors traduire cela en termes juridiques et fiscaux. Il est crucial de ne pas mettre la charrue avant les bœufs : si une entreprise se concentre trop tôt sur les aspects juridiques et fiscaux, elle risque de s’épuiser sans pour autant réussir à développer son activité.

Il est important de structurer son activité, de bien préparer son business plan, de lancer son activité, et ensuite de consulter un professionnel pour solidifier le tout sur le plan juridique et fiscal.

Vous avez eu une longue carrière entre la France et l’Asie. Quels sont vos projets professionnels pour les mois à venir ? Comment peut-on vous suivre ou vous contacter ?

Actuellement, je me concentre sur le développement de mon activité au sein de Tax and Advisory Partners. Pour me suivre, vous pouvez me retrouver au sein de l’International Fiscal Association, dont je suis présidente. Nous y développons un réseau d’experts fiscalistes à Hong Kong, en lien avec l’organisation internationale.

Vous avez également une implication autour des femmes, notamment au sein de l’International Women Forum (IWF). Pourquoi cette implication et qu’est-ce que cela vous apporte ?

Je suis effectivement vice-présidente de l’International Women Forum à Hong Kong. Cette association a été pour moi un véritable berceau lors de mon arrivée dans cette ville. Elle est extrêmement bienveillante et vise à permettre aux femmes de développer leurs activités personnelles et professionnelles. C’est une communauté qui m’a beaucoup apporté et que je soutiens avec enthousiasme.

En tant que femme, avez-vous rencontré des difficultés dans un milieu des affaires fiscales qui est souvent perçu comme masculin ?

C’est une excellente question. Je dirais que cela a été plus compliqué lorsque j’exerçais à Paris que depuis que je suis en Asie. Ici, l’accueil et la valorisation des femmes dans un milieu considéré comme masculin posent beaucoup moins de problèmes qu’en France. À Hong Kong, dès lors qu’une personne travaille et démontre des qualités professionnelles, peu importe d’où elle vient ou qui elle est.

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Pour contacter Anne Quenedey :