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À la rencontre de la Macaronésie

Le terme de Macaronésie désigne un ensemble de quatre archipels de l’Atlantique Nord qui partagent avant tout une même entité physique et géographique.

Par Christian Sorand

Sur le plan géologique, cet ensemble d’îles volcaniques correspond à la partie haute d’une épine dorsale mid-atlantique, qui, depuis l’île de Tristan da Cunha dans l’Atlantique Sud, se prolonge jusqu’en Islande, dans l’Atlantique Nord.

La Macaronésie est un vaste territoire s’étendant du nord de l’Équateur jusqu’aux Açores, après les îles du Cap-Vert. Les îles des Açores ont la particularité d’être à cheval sur trois plaques continentales,  américaine, européenne et africaine. Les autres îles de Macaronésie appartiennent à la plaque africaine.

Le volcanisme est le trait commun de cet ensemble insulaire. Par ailleurs, la douceur du climat océanique apporte une température printanière tout au long de l’année. L’activité volcanique reste à la fois visible sur les îles et sous le niveau de l’océan. Le volcanisme contribue également à enrichir le sol, favorisant ainsi une grande variété de cultures vivrières, allant de la canne à sucre au café, en passant par un éventail de cultures fruitières et maraîchères.

La Macaronésie est donc un espace géographique qui contribue, en outre, à une particularité politique originale, liée à une histoire et à des langues proches les unes des autres.  

Madère, les Açores et le Cap-Vert sont lusitophones tandis que les Canaries sont hispanophones. Ils appartiennent donc au même espace européen extra-territorial.

Les Açores et Madère sont des territoires autonomes du Portugal, tandis que les Canaries sont un territoire autonome espagnol. Seul l’archipel du Cap-Vert est une république indépendante, d’expression portugaise, membre des Nations Unies, bénéficiant d’accords privilégiés avec l’Union européenne.

Aux origines de la Macaronésie.

Le terme « macaronésie » vient du grec [Μακάρων νῆσοι], « îles des Bienheureux ». Cela s’applique surtout aux trois archipels européens de Madère, des Canaries et des Açores. Les îles Canaries conservent également l’appellation d’« îles Fortunées ». Dans la mythologie grecque, les îles Canaries se situaient aux confins du monde connu, bien au-delà des Colonnes d’Hercule (le détroit de Gibraltar). L’Atlantique, marquait la fin du jour, le lieu où le char du Soleil disparaissait dans l’océan. L’Enfer se situait donc dans ce pays des ténèbres où seules quelques îles constituaient un havre pour ces morts bienheureux élus[1].

Hormis les Canaries, et en partie seulement, les autres îles de la Macaronésie n’étaient pas habitées.

Le peuplement progressif des îles.

La seule véritable population autochtone de cet archipel se trouve aux Canaries. Vers le Ve  siècle avant l’ère commune, des groupes berbères venus de la côte atlantique nord-africaine ont fait le voyage vers cet archipel et s’y sont implantés.

Le point culminant de toute la Macaronésie est le volcan Teide sur l’île de Tenerife (3718 m). Certains paléontologues pensent qu’une éruption volcanique, visible depuis la côte africaine, a pu déclencher une première vague migratoire.

Ces premiers berbères – aujourd’hui connus sous le nom de Guanches – ont donc commencé à peupler cet archipel. Ils vivaient essentiellement dans des grottes et sont connus pour leurs momies funéraires. Le décor géométrique des poteries guanches s’identifie à celui des peuples amazighs africains. Leurs descendants actuels prônent leur identité amazighe. Il a même existé, sous le régime franquiste, une forte velléité indépendantiste qui s’est soldée par l’assassinat de son leader alors qu’il se rendait aux Nations Unies.

Hormis l’archipel des Canaries, toutes les autres îles de la Macaronésie étaient inhabitées.

Il est fort probable que, dans l’Antiquité, les navigateurs phéniciens, puis leurs descendants carthaginois, connaissaient l’existence des îles Canaries et des îles du Cap-Vert par leurs explorations maritimes le long des côtes africaines. La “route de l’or” phénicienne allait de Carthage jusqu’au golfe de Guinée. Le périple d’Hannon[2] – texte écrit en grec – évoque l’exploration de la côte ouest-africaine entre le Ve et le VIe siècle avant notre ère.

Ce sont surtout les navigateurs portugais, puis espagnols, qui ont exploré ces îles. Le peuplement portugais a débuté au XVe siècle à Madère (1420-1425) et au Cap-Vert (1456-1460), officiellement en 1439 sous l’infant Henri le Navigateur (1394-1460) ; celui des Canaries s’est fait dès 1420 par des navigateurs normands à la solde des Espagnols.

La pêche à la baleine.

Les Açores et le Cap-Vert ont en commun une ancienne tradition de pêche à la baleine qui a pris fin en 1986.

Cette pratique vivrière a longtemps été une source d’immigration vers le nord-est du continent américain, notamment en Nouvelle-Angleterre et à Terre-Neuve au Canada.

De ce fait, de nombreuses familles surtout originaires des Açores et du Cap-Vert se sont établies en Amérique du Nord tout en conservant un pied-à-terre dans les îles. Beaucoup de maisons arborant un drapeau américain ou canadien indiquent l’appartenance de Nord-Américains qui reviennent au pays chaque été pour des vacances.

Microclimat et biosphère écologique.

La combinaison du volcanisme, de l’environnement océanique et de la douceur d’un microclimat subtropical a un effet bénéfique sur la flore et la faune locales.

Le dragonnier reste l’arbre emblématique de ces îles. Madère, surnommée le “jardin de l’Atlantique”, est connue pour ses forêts laurifères, l’on y trouve aussi le Strelitzia (“oiseau de paradis”), les agapanthes, les orchidées, l’aloé, les protéas, les anthuriums.

Certaines espèces animales ou florales sont endémiques des Açores, où l’Unesco reconnaît plusieurs îles telles que Graciosa, Flores, Pico, ou Terceira. C’est également le cas de l’île de Pico, au Cap-Vert, ou encore des îles de Palma et de Lanzarote, aux Canaries. Quant à Madère, l’Unesco y a reconnu deux réserves naturelles : Santiana et Porto Santo.

Les anciens navigateurs ont souvent rapporté des espèces exotiques qui s’y sont magnifiquement adaptées. C’est le cas des hortensias, importés de Chine, qui prolifèrent aujourd’hui aux Açores. À Funchal, sur l’île de Madère, ou sur les îles de São Miguel et de Terceira, aux Açores, de magnifiques jardins botaniques ont été créés.

L’exotisme existe aux portes du continent européen, au sein d’un vaste ensemble d’archipels répartis dans l’océan Atlantique, des Açores au large du Portugal jusqu’au Cap-Vert au large du Sénégal.

Madère[3] et le Cap-Vert ont déjà fait l’objet d’articles publiés par Trait d’Union Magazine. Nous entamons ici une nouvelle zone d’exploration consacrée  aux Açores. Cet archipel reste le plus éloigné du continent européen, mais aussi celui qui est le plus proche du continent nord-américain.

Sources:


[1] Iles des Bienheureux: https://fr.wikipedia.org/wiki/Îles_des_Bienheureux#:~:text=Dans la mythologie grecque, les,un lieu mythologique situé aux

[2] Hannon le Navigateur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Périple_d’Hannon

[3] Madère, Incomparable jardin sur roc, Évasion, juin 2021.