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Seelinger Art Foundation : scène et cœur

Agnès Seelinger et Jean Lahirle, les fondateurs de la Seelinger Art Foundation, font dialoguer la France et Hong Kong sur les planches. Rencontre à quelques semaines de leur comédie « Tout baigne », du 26 au 28 novembre.

Par Catya Martin

Trente ans à Hong Kong, des décennies de scène, une passion intacte. Quand Agnès Seelinger raconte la naissance de sa fondation, la suite semble couler de source : « Après avoir vécu 30 ans sur Hong Kong et participé à plusieurs créations de spectacles avec différentes œuvres caritatives, il nous est apparu naturel de monter notre propre fondation afin de promouvoir la culture française, sous l’angle théâtral principalement. » L’idée ? Régaler le public francophone, bien sûr, mais surtout « créer un pont culturel entre la France et Hong Kong, en montant des pièces d’auteurs français contemporains qui, d’ailleurs, seront jouées par des artistes hongkongais ultérieurement ».

À ses côtés, Jean Lahirle, son mari et complice de toujours, dresse le portrait d’une organisation à but non lucratif dévolue à « favoriser un dialogue culturel entre Hong Kong et la France ». Le théâtre s’est imposé comme évidence : « nous voyons le théâtre comme un vecteur de rassemblement, de réflexion et de pouvoir partager des expériences au-delà des frontières », explique-t-il. Au programme : des initiatives artistiques, des actions éducatives, et une conviction chevillée au corps — enrichir le paysage culturel hongkongais en tissant des liens, ici avec des bénévoles, là avec des artistes professionnels venus de France. Et petit détail qui compte : « tous nos donateurs bénéficient d’une déduction fiscale. Le fameux Chapter 88 », sourit Jean.

Le théâtre, miroir de la culture française

La gastronomie, la mode, la littérature… La France n’a pas besoin de faire ses preuves. Mais Agnès veut aller plus loin : « la culture française est formidablement représentée par la mode, par la gastronomie, par la littérature, mais je crois qu’il faut aussi la représenter par quelque chose de plus concret ». Pour elle, l’art vivant permet de traverser « le prisme asiatique » et d’atteindre « une autre compréhension de notre propre culture. À travers le corps, à travers la parole, à travers le geste, à travers le regard ». Trois grands piliers guident la fondation : la programmation culturelle, le développement des artistes et le développement personnel.

Des mots qui se traduisent déjà en actions concrètes. La fondation vient de signer un partenariat avec le Lycée français international de Hong Kong et propose des ateliers pour aider les étudiants « pour le grand oral, pour s’exprimer en public, pour présenter un projet, pour gagner de l’assurance ». Mais pas seulement : elle collabore avec Uplifter, qui vient en aide aux employées de maison, avec l’UFE et Hong Kong Accueil pour apprendre à « se présenter à un employeur, savoir comment se valoriser », et mène même des sessions privées avec des top exécutives sur l’art de s’exprimer en public.

L’argent à vue

Pas de salaires de gestion, pas de frais de publicité, une armée de bénévoles : chaque don va directement au projet. Pour Jean, cette transparence est essentielle afin de « mettre l’accent sur la créativité, les échanges culturels, la solidarité, l’accessibilité à l’art ». Les recettes de « Tout baigne » iront d’ailleurs directement à la programmation prévue en janvier… puis en mars. Et Agnès d’ajouter, sans détour : « la transparence est primordiale car l’ensemble des bénévoles qui viennent travailler avec nous doivent savoir où va l’argent. »

« Tout baigne » : la comédie qui met tout le monde d’accord

Alors, pourquoi cette pièce ? « D’abord parce que j’adore cette pièce. Je l’avoue », lance Agnès en riant. Elle l’a montée à Singapour, puis à Hong Kong il y a vingt ans — « à chaque fois, avec un grand succès ». Comédie de boulevard aux traits caricaturaux, « Tout baigne » décortique nos comportements sociaux avec un irrésistible effet miroir : « ça me rappelle à l’ordre sur ma façon d’être aussi, parfois. Ça va certainement éveiller chez les gens des réflexions en se disant : ah oui, tiens, j’aurais peut-être pu faire autrement ce jour-là. C’est ce que j’aime, que tout le monde peut s’identifier. » Son ambition ? Que le public vienne « en famille passer un moment délicieux au théâtre », avec une pièce accessible « de 8 ans à 88 ans ».

Dans les coulisses, Jean orchestre : choix des pièces, communication, réseaux sociaux, budgets… « on est déjà en train de discuter de la pièce qui va se jouer en janvier, de celle qui va se jouer en mars, et des autres projets, même sur 2028 », confie-t-il. Avant de lâcher, malicieux : « étant le mari d’Agnès, les discussions, c’est matin et soir ! » En mars notamment, la fondation fera venir une pièce parisienne à succès avec deux acteurs français professionnels. Agnès résume la complémentarité du duo avec tendresse : « Jean est toute la partie administration financière qui me permet — ou pas — de réaliser mes rêves. Jean est un peu la fondation de la fondation. »

Une communauté qui tient la rampe

Monter un spectacle francophone à Hong Kong, « c’est un challenge, soyons clairs », admet Agnès. Mais la fondation ne manque pas d’alliés : le Lycée français international, le soutien du STAFE — une subvention du gouvernement français — et une constellation de sponsors et partenaires généreux qui nourrissent, littéralement, les répétitions du samedi : Boneato, Mr Chatté, Antonin Catering… Sans oublier Emmanuel F pour les coiffures et le maquillage, Thomas Rémy et Fred Giraud pour la photo et la vidéo, Philippe Larose de Phil Design pour un « décor absolument extraordinaire », l’UFE et Hong Kong Accueil en backstage, la librairie Parenthèse, le Consulat de France, l’Alliance française, et les annonceurs Trait d’union et La French Radio HK & Macao.

Et la barrière de la langue pour les publics non francophones ? « Nous faisons des sous-titres en anglais. J’ai découvert le surtitrage en arrivant en Asie », raconte Agnès. « Cela permet aux spectateurs qui ne parlent pas français de venir et de se régaler. C’est vraiment une communauté dans son ensemble. »

Le cœur au volant

Depuis ses débuts, la fondation soutient des causes locales et internationales — Pour un sourire d’enfant (PSE), Po Leung Kuk… Comment sont-elles choisies ? La réponse d’Agnès tient en une phrase : « c’est une histoire de rencontres, de causes à défendre. Pour moi, c’est le cœur qui parle. » Un véritable appel lancé aux lecteurs : des associations à défendre ? « On se rencontre. »

Quel message pour le public de novembre ? Qu’il passe un bon moment, d’abord — et qu’il mesure le chemin parcouru. Sur scène, des comédiens non professionnels mais passionnés, qui « tous les jeudis soirs et tous les samedis, toute la journée, depuis début septembre », ont réussi « quelque chose d’extraordinaire ». « Que le public prenne conscience du travail fait par cette équipe. Il y a les acteurs, et il y a aussi tout le backstage. »

Comment soutenir l’aventure ? Jean a la réponse toute trouvée : « Venez nombreux ! » Trois représentations à l’auditorium du Lycée français international de Hong Kong, pour « récolter les fonds nécessaires aux spectacles à venir » et surtout offrir aux comédiens « un public qui rigole — c’est important pour les soutenir ». Vient ensuite le don, fiscalement déductible. Et puis, le plus beau des rôles : « venez comme bénévoles. Venez vous amuser et vivre une expérience ludique et très enrichissante humainement. »

Rendez-vous est pris. Et à en croire les fondateurs, tout baigne.

« Tout baigne » — Infos pratiques

26, 27 et 28 novembre 2026 – 20h
Auditorium, Lycée français international de Hong Kong — Campus de Tseung Kwan O
Prix : HKD 250
Tickets : art-mate.net