Zao-Wou-Ki : rétrospective inédite au M+
Hong Kong accueille la première grande exposition en Asie sur les travaux du maître franco-chinois dont certaines toiles se vendent à plusieurs millions de dollars. Près de 180 œuvres retracent cinq décennies de création entre 1949 et 2000.

Par Anne-Claire Poignard
« La gravure était presque un jeu pour moi, un moyen de me détendre ». Zao Wou-Ki est passé maître en la matière. Son œuvre est un laboratoire de l’abstraction à la croisée des chemins entre la calligraphie chinoise et le modernisme européen de l’après-guerre. Deux univers qui ont marqué la vie de cet artiste né en Chine en 1920 et mort en Suisse en 2013.
Laboratoire de l’abstraction
La rétrospective qui lui est consacrée est une occasion de découvrir ou redécouvrir l’art de la gravure, ce procédé artistique où une image est gravée ou dessinée sur une surface puis transférée sur une autre à l’aide d’encre ou de peinture. Une même plaque permet de réaliser plusieurs estampes, globalement similaires, mais présentant des variations. Dans la démarche du peintre, la gravure a servi de catalyseur vers l’abstraction.
Zao Wou-Ki est diplômé de l’École nationale des beaux-arts de Hangzhou, aujourd’hui l’Académie des Beaux-Arts de Chine. Il s’initie dès son plus jeune âge à la peinture et la calligraphie chinoises. En 1948, l’artiste s’installe à Paris, où il vivra la majeure partie de sa vie.
L’exposition retrace d’abord sa rencontre avec cette technique qu’il découvre lors de ses débuts en France. Il s’attelle à la lithographie et à l’eau-forte qu’il décrit comme « un jeu » moins prévisible que la peinture à l’huile. À mesure que sa maîtrise s’affirme, ses estampes attirent l’attention des galeries et des institutions artistiques.
Peu à peu, les signes calligraphiques laissent place à des formes abstraites. Ses compositions de la fin des années 1950 se caractérisent par des couleurs audacieuses qui imprègnent la surface. Elles évoquent sa vision des éléments : la terre, le vent et l’eau.
Repéré par le poète français Henri Michaux, il collabore avec des écrivains dont il illustre les écrits. Son art séduit aussi René Char, François Cheng, Jean Lescure. Parmi les chefs-d’œuvre exposés : Lecture par Henri Michaux (1950) et A la gloire de l’image et art poétique (1976). Des pièces rares.

Une donation historique
L’essentiel des estampes, livres illustrés, œuvres sur papier et documents d’archives exposés provient d’une donation majeure de Françoise Marquet-Zao, épouse de l’artiste, complétée par des œuvres offertes par sa fille.
L’œuvre de Zao figure dans les collections de nombreux musées en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Il est devenu citoyen français en 1964 grâce à son ami André Malraux. Il a été nommé Officier de l’Ordre de la Légion d’honneur en 1984 et Grand Officier en 2006. En 1994, il reçoit le Praemium Imperiale de peinture de l’Empereur du Japon. Il est élu à l’Académie des Beaux-Arts en 2002.
« Il ne voulait pas être considéré comme un peintre chinois à Paris ou faire des chinoiseries, il voulait être simplement un peintre, au même titre que son ami Pierre Soulages », souligne Yann Hendgen, l’un des commissaires de l’exposition. Certaines de ses toiles battent aujourd’hui des records dans les ventes aux enchères.
Informations pratiques
M+ West Kowloon Main Hall Gallery – Jusqu’au 3 mai 2026 – Billets : 190 HKD
Un « Open Print Studio » permet aux visiteurs de s’essayer aux techniques de gravure lors de sessions le week-end. Informations sur le site du M+.

