Wenchuan, Chengdu : la Chine en transformation
Zhang Kechun est l’un des photographes chinois les plus primés de sa génération. Connu pour ses grandes photographies de paysages transformés par l’industrie, il documente les changements et la croissance économiques de la Chine. Pour la première fois depuis 2017, il revient à Hong Kong pour dévoiler ses dernières séries photographiques, Yellow Land et The Sky Garden exposées à la Galerie Paris 1839. Nous l’avons rencontré.
Propos recueillis par Anne-Claire Poignard
Qu’est-ce qui vous inspire dans la photographie ?

J’éprouve une immense joie à immortaliser des paysages ordinaires. Ces instants où l’humanité se mêle à l’environnement : le calme des grands fleuves, les friches industrielles, les piliers de ponts abandonnés. Dans ces scènes, les êtres humains apparaissent souvent comme de simples points, le paysage domine. Elles révèlent les contradictions et la poésie de notre époque.
Quels changements avez-vous observés lors de vos voyages en Chine ?
Au cours de la dernière décennie, et plus particulièrement depuis les années 2010, ce qui me frappe c’est le rythme de l’industrialisation et de l’urbanisation. J’ai l’impression qu’une force puissante et irrésistible se répand sur nos paysages naturels.
Comment décririez-vous votre style ?
Mon style photographique est profondément influencé par la peinture de paysage traditionnelle chinoise. Mes compositions se caractérisent par des tons gris-jaune. Je choisis généralement de photographier par temps couvert. Cet effet n’est pas créé en post-production, il résulte de la prise de vue en direct. L’atmosphère est voilée par une brume légère. Il y a une forme de désolation dans ce dialogue entre l’humanité et la nature dans un contexte de développement rapide.

Dans votre série Yellow Land, vous vous intéressez à un site désertique devenu destination touristique ?
Cet endroit se situe dans la région du Mont Heidu, aussi connu sous le nom de montagne noire. Ces dernières années, les voyageurs influencés par les réseaux sociaux affluent. Le site a ouvert ses portes aux visiteurs en mai dernier avec des aménagements prévus pour la promenade. Lorsque je suis arrivé, l’endroit était bondé. Notre curiosité, notre désir d’observer, transforment ce que nous voyons. Le désert de Gobi devient un lieu à visiter précisément parce que c’est un désert et la présence humaine le modifie.
Comment êtes-vous devenu photographe ?
Je suis né à Bazhong dans le Sichuan en 1980. J’ai d’abord pratiqué la photographie en amateur, avant d’en faire mon métier. Le tournant décisif a eu lieu lors du tremblement de terre de Wenchuan en 2008, lorsque ma photo « Chien pendant le tremblement de terre » a remporté le Prix international de photographie animalière du National Geographic. Ce fut le début de ma carrière de photographe professionnel. Depuis, j’ai beaucoup voyagé pour documenter les paysages chinois en pleine mutation.
Dans Sky Garden, vous immortalisez justement des arbres déplacés par l’Homme ?
Il y a 3 ans, je me suis installé près de Chengdu. Pendant la pandémie, j’ai passé plusieurs mois à observer une pépinière. J’ai documenté le travail des ouvriers qui utilisaient des grues pour transporter des arbres rares et des rochers suspendus dans les airs vers un nouveau parc. Le récit s’articule autour de ces symboles culturels, tels que les pins noirs et les rocailles, déconnectés de leur contexte d’origine et transformés en éléments de jardin.

Quel matériel utilisez-vous pour travailler ?
Je privilégie l’imposante chambre photographique grand format Linhof qui capture les détails les plus fins et les panoramas les plus vastes. Mon équipement est simple : un appareil photo, de la pellicule et une sauvegarde numérique. J’utilise occasionnellement un appareil photo numérique.
Retouchez-vous vos images ?
Le moins possible. Je recherche un équilibre entre l’approche documentaire et l’approche conceptuelle. Le grand format préserve naturellement une grande richesse de détails. Il m’arrive d’assembler plusieurs images pour élargir le champ de vision, mais je reste toujours fidèle à la scène.
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Informations pratiques :
Exposition à la Galerie Paris 1839
G/F 74 Hollywood Road, Central, Hong Kong
Jusqu’au 24 janvier 2026


