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Un voyage olfactif et philosophique au cœur de Hong Kong

Il fait chaud dehors, comme souvent en mai à Hong Kong. À l’intérieur de Parfumerie Trésor, quelqu’un ferme les yeux. Une bande olfactive approche de son visage. Quelques secondes de silence, puis quelque chose se passe. Le visage change. La posture change. Une mémoire remonte, ou peut-être une question. Dans la pièce, on parle de Descartes, …en cantonais.

Par Inès Vollery

Bienvenue dans Aromas of Enlightenment, l’un des événements les plus singuliers du French May 2026 à Hong Kong: un atelier philosophique immersif, né dans une boutique de parfums, conçu pour que les grandes questions de la pensée française traversent non pas la page ni l’écran, mais le nez, la peau et la mémoire.

Deux penseurs, un flacon

Pourquoi Descartes et Rousseau? La réponse est plus évidente qu’il n’y paraît. «Descartes se concentre sur la manière dont nous connaissons le soi, tandis que Rousseau s’intéresse aux valeurs qui le définissent», explique le Dr. Lo, professeur de philosophie qui co-anime les séances. Descartes, avec sa méthode du doute, conclut que la pensée est le cœur du vrai soi, le corps n’en est pas l’essence. Rousseau, lui, demande ce qui reste de nous une fois qu’on ôte les rôles sociaux et le regard des autres.

Le parfum se trouve exactement à l’intersection des deux questions: sens à la fois physique et animal, il est en même temps déclencheur de mémoires, d’idéaux, de fantasmes. Un territoire idéal, et inattendu, pour philosopher.

C’est Raymond Aron qui a servi de boussole au Dr. Lo. Le philosophe français avait dit un jour à Sartre qu’on pouvait faire de la philosophie à partir du cocktail posé devant soi. Dans une boutique de parfums, la même logique s’applique, avec peut-être encore plus de force. «Travailler avec Pauline, c’est comme entrer dans un laboratoire vivant», dit-il. «Je vois immédiatement les réactions des gens quand ils sentent, et je peux les guider pour connecter ces expériences aux idées philosophiques.»

Une rencontre annoncée

Derrière Aromas of Enlightenment, deux parcours qui se rejoignent de façon presque évidente, à condition d’y regarder de près.
Pauline est la fondatrice de Parfumerie Trésor. Elle a un master en philosophie. Depuis onze ans, elle collabore avec le French May, d’abord pour présenter de beaux parfums français, puis peu à peu pour inviter les gens dans des manières françaises de penser et de ressentir à travers le scent. Littérature, art, histoire, esthétique, spiritualité: chaque année, la boutique a utilisé le parfum comme une porte d’entrée dans la culture. Cette année, cette porte s’ouvre enfin sur la philosophie, et elle s’ouvre vers l’intérieur.

Le Dr. Lo était son professeur. Elle dit qu’il avait «le don rare de rendre les théories complexes vivantes, enracinées dans le quotidien». Quand le French May 2026 s’est profilé, il était son premier et unique choix. Pour elle, réunir sa façon d’enseigner la philosophie et le monde du parfum à Parfumerie Trésor «accomplit un rêve personnel», celui d’une ancienne étudiante devenue, à son tour, curatrice d’un espace de pensée.

Descartes en cantonais

L’atelier se déroule entièrement en cantonais, et ce choix n’a rien d’anodin. «Nous voulons que les gens rencontrent la philosophie française et la parfumerie dans la langue qu’ils utilisent pour ressentir, plaisanter, se confier», dit Pauline. Quand un parfum touche un souvenir d’enfance ou une peur secrète, les premiers mots qui surgissent sont rarement en anglais ou en français. Tenir l’espace en cantonais, c’est dire aux participants: cette expérience est la vôtre, dans votre propre voix.

Le Dr. Lo y voit quelque chose de plus large encore. Hong Kong est une ville où l’on grandit entre l’Est et l’Ouest, entre tradition et modernité, entre le local et le global, entre l’héritage colonial et le présent post-colonial. Mettre un parfum français sur une personne hongkongaise et parler de philosophie européenne en cantonais, «cela reflète parfaitement la réalité de Hong Kong», dit-il. Ce n’est pas un paradoxe. C’est un portrait. Et la boutique, ajoute Pauline, se veut un espace sûr où toutes ces couches peuvent coexister le temps d’une soirée, sans que personne n’ait à choisir une seule identité.

Ce que les corps ont dit

Les sessions ont déjà eu lieu. Et elles ont réservé des surprises.
Le Dr. Lo a été frappé par la rapidité avec laquelle un parfum ancrait des idées abstraites dans le vécu, comme ce participant qui réalisa soudain pourquoi il porte un parfum différent au bureau et en privé. La question de l’authenticité, si difficile à saisir dans une salle de classe, était devenue concrète, immédiate, personnelle. Il y a aussi une leçon pédagogique dans tout cela: on peut oublier le nom d’un concept des semaines plus tard, mais une odeur ramène le sentiment, la question, toute la conversation autour d’elle.

Pauline, elle, a été touchée par autre chose : la vulnérabilité inattendue des participants. Des invités ont partagé des souvenirs très intimes, des doutes profonds, déclenchés par une simple bande olfactive. «Derrière chaque achat, il y a une histoire», dit-elle. Ces ateliers lui donnent l’espace pour être entendue.

Une nuit, une question

Ce soir-là, à Parfumerie Trésor, il ne s’agit pas d’assister à un cours de philosophie avec des parfums en décoration, ni d’un atelier olfactif avec une vignette intellectuelle pour faire joli. Il s’agit de découvrir que les questions de Descartes et de Rousseau, sur l’esprit et le corps, sur la liberté, sur l’authenticité, sont déjà présentes dans les tout petits gestes du choix et du port d’un parfum.

«La philosophie française passe par le nez et la peau d’une nuit hongkongaise», dit le Dr. Lo, «et devient doucement une partie de votre propre histoire.»

Et vous, quel parfum portez-vous pour être vous-même ?

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Atelier qui a eu lieu du 2 au 27 mai dans le cadre du French May Festival