Evasion

Swakopmund : face à l’océan, dos au désert

Sur la rive sablonneuse du désert du Namid, la petite cité balnéaire de Swakopmund étale son charme colonial sur les rives océanes de l’Atlantique sud. Le choc du courant froid marin et du souffle chaud du désert crée un contraste à l’image d’une architecture métissée, germanique d’un côté, africaine de l’autre. Ce mélange offre un fascinant spectacle au pays de l’inattendu !

Par Christian Sorand

Plus que n’importe quel autre, la Namibie s’avère être un lieu de contrastes insolites. Après avoir évoqué Windhoek (1), capitale du pays, voici une seconde ville namibienne, au charme éblouissant, à mille lieues de la croisée des chemins, esseulée dans sa robe africaine, défiant l’imagination de tous les concepts de voyage. Le combat vaporeux des alizés marins et du souffle sec du désert surprend et secoue les esprits des voyageurs les plus avertis !

Cette station balnéaire, construite par les Allemands à la fin du XIXe siècle, suscite l’étonnement : d’un côté, se trouvent les dunes du désert, et de l’autre, les hautes vagues de l’Atlantique sud. Le choc n’est pas seulement visuel ; il est aussi climatique : un épais brouillard matinal se forme dans un écran opaque, mais le soleil africain finit par chasser les brumes océanes en début d’après-midi.

Or cette impression initiale en cache une autre : cette petite ville de villégiature offre un cadre mitigé de couleurs africaines accommodées au goût d’une culture d’outre-Rhin.

Une Afrique insolite

Heureux mélange en vérité : de beaux jardins fleuris aux pelouses vertes, des façades immaculées à l’aspect immanquablement germanique, apportent une impression de calme et de propreté aseptisée. Tout cela prend l’apparence d’un véritable mirage surtout quand on vient de traverser les espaces désertiques aux portes de la ville.

Le courant froid de Benguela, passant au large de la côte, a créé le désert du Namid, le plus vieux désert du monde (55 millions d’années). Du cap de Bonne Espérance jusqu’en Angola, les eaux froides venues du sud, s’étirent sur 1.400 kilomètres le long de côtes. La température de l’eau (entre 13ºC et 19ºC) favorise un riche écosystème propice à la vie marine. Ce phénomène génère aussi d’épais brouillards (environ 180 jours/an) qui ont longtemps été un sérieux handicap pour la navigation maritime, dû en partie aussi aux hauts fonds. Tant et si bien, que la côte située au nord de Swakopmund a été baptisée Skeleton Coast à cause des nombreuses épaves qui la jalonnent.

Un Allemand, le capitaine Curt von François fonde la ville en 1892. Swakopmund, dont le nom allemand signifie « la bouche du Swakop » (un cours d’eau venant du désert), devait alors être le port principal de la colonie impériale allemande. On y trouve donc une longue jetée centenaire qui permettait aux navires d’accoster sans risque.

Le vieux fort de la zone portuaire, dominé par un grand phare, rappelle ce temps historique.

La plupart des vieilles bâtisses coloniales de la ville datent de la fin du XIXe ou du début du XXe. Toutes ont été restaurées, perdant souvent leurs fonctions administratives premières. C’est ainsi que la vieille gare ferroviaire est devenue un élégant hôtel de luxe. La ligne reliant Swakopmund à la capitale Windhoek a été la première liaison ferroviaire de Namibie (1902). Le Trans Namib Railway relie toujours la capitale à Swakopmund (383km) mais il continue plus au sud jusqu’à Walvis Bay, devenu le plus grand port du pays car situé en eaux profondes.

L’architecture de cette petite ville balnéaire a donc gardé un aspect colonial inspiré par l’Art nouveau. L’église luthérienne en est un bon exemple. Les rues ont conservé un nom allemand. Des avenues ombragées abritent de jolies boutiques d’art africain, et on y trouve des cafés de charme et des restaurants attestant de la popularité de cette petite bourgade. Bière allemande, café viennois, toute la gamme des pâtisseries, dont bien sûr le célèbre Apfelstrudel, font partie du menu.

Rien ici ne semble indiquer qu’on se trouve en Afrique. La relative douceur du climat atlantique (en moyenne entre 10º et 20ºC) explique vraisemblablement pourquoi les anciens colons allemands et leurs descendants ont choisi de s’y établir.

L’atmosphère européenne détermine également le style de vie. La zone piétonne du centre-ville offre aux badauds des boutiques, quelques cafés et des restaurants, ainsi qu’une splendide librairie spécialisée dans les livres d’art sur la Namibie. Plus loin, un bâtiment aux formes avant-gardistes, abrite la Kristall Galerie, lieu incontournable. Il s’agit d’une taillerie de pierres précieuses jouxtant un fabuleux musée exposant toutes les variétés minérales trouvées en Namibie.

Aujourd’hui, Swakopmund (environ 45.000 habitants) conserve une population parlant encore allemand. Elle est devenue un lieu de villégiature pour les vacanciers ou encore pour les retraités attirés par son climat et son art de vie.

Récemment, le développement touristique s’est concentré autour de deux pôles: la façade maritime et l’espace désertique.

Un paysage côtier différent

Nous sommes ici à la hauteur du tropique du Capricorne, à la latitude de Rio de Janeiro, au Brésil.

Au nord, se trouve une région restée encore sauvage et déjà évoquée (Skeleton Coast). Au sud, en direction de Walvis Bay (43km), on longe de magnifiques plages de sable, bordées par de hautes dunes annonçant le désert du Namib. La température de l’eau et la force des vagues sont un handicap au développement des activités nautiques, hormis le surf. Par contre, les dunes devenues un terrain idéal pour le surf sur sable (sand boarding) ont été privilégiées !

La région de Walvis Bay offre un attrait touristique complémentaire. Cette ville côtière est devenue le grand port namibien depuis que les Anglais et les Sud-Africains l’ont quittée en 1993. Comme Swakopmund, la communauté urbaine (environ 65.000 habitants) est un lieu de villégiature recherché. Les splendides villas du front de mer en témoignent. Pelouses, palmiers, massifs fleuris, font partie du décor. Son attrait est triple : un habitat naturel, la pêche, et la table. Son nom allemand veut littéralement dire « la baie des baleines » [Walfischbai]. Le courant de Benguela est riche en plancton et en poissons en tout genre, favorables aux colonies de dauphins et de baleines qui s’en nourrissent. La pêche au gros est donc un sport tout indiqué le long des côtes. Par ailleurs, une longue langue de sable, Pelican Point forme une vaste baie protégée des vagues de l’Atlantique. De plus, dans ce grand lagon naturel, on trouve des pélicans, une importante colonie de flamants, de nombreuses espèces d’oiseaux, et même côté mer, une colonie de phoques et de pingouins (Penguin Islands) faisant la joie des naturalistes. Et puis surtout, Walvis Bay est un lieu privilégié pour les amateurs de fruits de mer. Il y a un agréable port de plaisance, dont les quais ont vu fleurir des restaurants offrant crabes, langoustes, oursins, et surtout moules et huîtres géantes qui font sa renommée. Un vrai régal gastronomique qui s’arrose d’un bon vin blanc sec de la région du Cap, en Afrique du Sud !

Un arrière-pays désertique plutôt insolite

Si l’on a déjà évoqué les grandes dunes côtières, elles ne forment qu’une facette de l’immense espace désertique du Namib, en toile de fond de cette contrée.

En général, on arrive dans cette région après avoir traversé en diagonale le désert, soit en venant de la capitale Windhoek, soit en provenance de Sesriem et du parc des dunes de Sossusvlei, à l’est.

Or, au nord-ouest de Swakopmund, à quelques heures de piste, il existe un lieu jalousement gardé, qui abrite une curiosité botanique, appartenant à l’écosystème namibien. Il s’agit d’une plante de région aride appelée Weltwischia. Cette plante endémique d’Angola et de Namibie [weltwischia mirabilis] a été découverte par un botaniste autrichien en 1859. Elle s’étale sur le sol du désert en prenant des dimensions gigantesques. Elle a la particularité de vivre 1.000 ans, et on pense même que certaines espèces sont vieilles de 2.000 ans ! C’est donc une espèce strictement protégée et il faut une autorisation spéciale pour se rendre dans ce lieu.

La piste y menant a l’avantage de traverser un paysage spectaculaire. Appelé en anglais Moon Landscape, il évoque bien un paysage lunaire, taillé dans le granite il y a deux millions d’années par l’éphémère rivière Swakop.

Terre de contraste et de beauté naturelle, la Namibie ne cesse de surprendre par sa flore, sa faune et la richesse de son paysage parfois époustouflant. Le métissage s’est opéré de façon plus paisible dans ce coin du continent africain. La population de cette jeune nation reste peu nombreuse et disséminée sur un vaste territoire, demeuré vierge et à l’écart des grands courants mondiaux. Cela n’enlève rien à son modernisme ou à l’attrait exercé sur les visiteurs.

La surprenante découverte de Swakopmund et de sa région côtière demeure, sans nul doute, une étape à la fois agréable et inattendue dans ce pays d’Afrique.

Bibliographie

Namibie, Petit Futé 2016, ISBN : 9-782746-993853

Liens

Wikipedia

namibiangemstones.com

Blog

The encompassing beauty of Swakopmund:

https://chrismate.blogspot.com/2018/05/the-encompassing-beauty-of-swakopmund.html

1. Trait d’Union Magazine, nº 99, octobre 2018, http://www.traitdunionmag.com/windhoek-au-creux-des-hauts-plateaux-du-sud-ouest-africain/