Promenade dans le vieux Bangkok
Ville trépidante et résolument d’avant-garde, charmeuse et multiculturelle, la capitale royale de la Thaïlande est l’un des lieux les plus visités de la planète. Elle partage avec Los Angeles l’acronyme de la “Cité des Anges”. Son nom officiel est si long qu’il a été mentionné dans le livre Guinness des Records ! Son réseau de “khlongs” (les canaux) lui a aussi valu le titre de “la Venise de l’Orient”.

Par Christian Sorand
On pourrait aisément croire que le vent de la modernité a balayé le cœur battant de la vieille cité avec sa vie traditionnelle ancestrale. Mais ceux qui connaissent et qui aiment cette ville savent qu’en quittant les artères principales hérissées de gratte-ciel, les soï (les ruelles locales) conservent toujours quelques vieilles maisons de bois, des petits jardins et même quelques jolies demeures coloniales. Même si les khlongs ont parfois disparu sous la masse des constructions, il existe toujours des maisons lacustres sur pilotis. En fait, au centre de la cité, le khlong Saen Saed, construit par Rama III en 1840, traverse toute la ville d’ouest en est. À Pratunam, au cœur de la ville moderne proche de Central World et de Siam Square, on peut prendre un bateau-express pour aller d’un point à un autre. Pour quelques bahts, on se déplace plus facilement ainsi, en oubliant l’afflux habituel !

La promenade pédestre suggérée ici, se propose de partir du quai de Pratunam pour se rendre en bateau jusqu’au terminus de Wat Saket, en face du fort Mahakan, sur l’île de Rattanakosin, la Ville royale de la Cité des Anges, destinée autrefois à protéger la capitale du Siam. Cette “île” résulte d’une série de canaux (les khlongs) circulaires, creusés à partir du fleuve Chao Phraya.
L’objet de cette promenade volontairement pédestre est de partir à la rencontre de l’insolite, du divin et du sublime.

L’insolite d’un temps passé remis au goût du jour.
Entre Wat Saket (“la Montagne d’or”) et la “Grande Balançoire” de Wat Suthat, ce vieux quartier reste un véritable enchantement pour découvrir le cœur battant du Siam d’antan. Maisons basses, petits khlongs, boutiques artisanales aux objets hétéroclites, brocantes, estaminets, autels divinatoires, marchandises de tout et de rien, petits restaurants typiques, on entre dans un autre monde, dans une autre époque. On y trouvera aussi un bel espace vert, le parc Rommaninat.
En arrivant par le bateau-express devant le fort Mahakan construit pour servir de défense à la ville royale, on traverse sur la gauche un beau pont ouvragé tout blanc menant à la Montagne d’or (Wat Saket). Cette rue possède quelques guinguettes mais a la particularité d’abriter toute une série de magasins d’ébénisterie traditionnelle méritant une première pause.
Au bout de cette rue, en tournant à droite et en passant au-dessus d’un khlong, on atteint une artère transversale sur laquelle on aperçoit la devanture originale d’un vieil établissement appelé “Petit Peyton Café”. Discrètement modernisé avec goût, l’intérieur meublé d’antiquités a conservé l’ambiance d’un vieil établissement parisien à la thaïe.
En sortant du café, sur la droite, et en prenant la rue suivante à droite, Bamrung Mueang Road, on est saisi par l’insolite. Une série de magasins présente, grandeur nature, tous les objets de culte des temples bouddhistes ! Au bout de cette rue atypique, on débouche sur une grande place ouverte, Nam Khon Mueang, sur laquelle se dresse la Grande Balançoire rouge, devant l’imposant Wat Suthat.
L’allée ombragée sur la gauche du mur d’enceinte de Wat Suthat abrite un petit oratoire dédié à Vishnu. Il témoigne du syncrétisme existant entre l’hindouisme, la plus vieille religion du monde, et le bouddhisme Theravada. En continuant vers l’ouest, en direction du fleuve, tout ce quartier invite à la nonchalance et à l’inattendu. Certaines bâtisses offrent une architecture étonnante ; d’autres sont hautes en couleurs.

En arrivant au voisinage de Wat Ratchabophit, on longe un pittoresque canal qui n’est pas sans rappeler certains coins d’Amsterdam avec ses petits ponts à balancier. Il s’agit du dernier canal protégeant la Ville Royale, son Grand Palais, ses temples, ses ministères et ses musées. Mais, sur l’autre rive du canal se trouve un joli parc fréquenté par les Thaïlandais : Saranrom Palace Park.
Cette déambulation pédestre ne doit pas nous faire oublier les quelques majestueux trésors de ce paisible quartier de la capitale situé bien loin du tohu-bohu de la métropole bangkokoise.

Le divin d’or et de couleurs.
Ce vieux quartier de Bangkok recèle quelques trésors à ne pas manquer. Si la “Montagne Dorée” (Wat Saket) est bien connue, sur l’artère arrière, Maha Chai Road, on trouve également trois ensembles monastiques intéressants. Le premier, jouxtant un superbe pavillon royal, est celui de Wat Ratchanatdaram, où se cache le Loha Prasat, “le Temple de Métal”, un édifice pyramidal, véritable sanctuaire ésotérique du bouddhisme Theravada, héritage de la péninsule indienne et du Sri Lanka, seul édifice de cette nature existant aujourd’hui dans le monde.
La Grande Balançoire (“Sao Chingcha”), haute de 21m, a été construite en 1784 sous le règne de Rama Ier, fondateur de la dynastie des Chakri et de l’île de Rattanakosin, dernière cité royale de Thaïlande, sur la rive gauche du fleuve Chao Phraya. Cet édifice est devenu l’emblème de Bangkok. Il servait autrefois de balançoire à une cérémonie brahmanique. Mais plusieurs accidents mortels ont poussé le roi Rama II à l’annuler. L’édifice a été rénové sous le règne de Rama IX, père du souverain actuel.

Wat Suthat Thep Wararam, s’étale au pied de la Grande Balançoire. Sa construction date de 1807, sous le règne de Rama I, mais a été terminée en 1847, sous le règne de Rama III. La salle de prières, le Viharn, abrite un énorme bouddha en bronze doré du style de Sukhothaï (première capitale du Siam), haut de 8m. La salle est décorée de peintures murales datant du XIXe siècle. Le meilleur moment pour visiter ce temple est en fin d’après-midi, quand le soleil éclaire les toits. À sa construction, ce temple royal était destiné à être le nombril de la cité royale de Rattanakosin.
En fin de journée, les flèches et l’or du chedi[1] de Wat Ratchabophit se reflètent dans l’eau du Khlong Khu Mueang Doem. Ce sanctuaire assez peu visité est pourtant d’une richesse incroyable due à sa décoration faite de céramiques colorées et de fenêtres aux battants de nacre. Il date du règne du roi Chulalongkorn (Rama V) et son moine est aujourd’hui le Patriarche suprême de Thaïlande.
Le beau jardin s’ouvrant sur le khlong est parsemé de mausolées royaux recélant les restes et la mémoire de personnages et de familles illustres.
Le sublime royal au coucher du soleil.
S’il a souvent été mentionné ici de privilégier une fin d’après-midi pour déambuler dans ces lieux, c’est bien parce que la lumière s’avère alors être plus propice à mettre en valeur l’or et l’éclat des monuments et des lieux.
On arrive ainsi au pied du mur d’enceinte du Grand Palais où les tours, les flèches et les pointes scintillent sur un fond de soleil couchant et où peu à peu l’éclairage des lumières vient se substituer à la lumière du couchant. Les façades des ministères du quartier s’illuminent et il est temps de poursuivre la marche en direction de Wat Pho et des rives du Chao Phraya, où soudain, le prang majestueux de Wat Arun, sur la rive droite de Thonburi, devient le phare emblématique de la Cité des Anges.

Il est vraisemblable que le lecteur aura ressenti l’émoi perceptible au travers de ces lignes. Malgré des années passées à Bangkok, ce sentiment demeure inchangé. Car grâce au charme et à la magie de cette ville étonnante, en dépit du clinquant actuel attractif pour certains, il est doux de savoir qu’il existe encore une atmosphère bénissant la Cité des Anges.
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Sources et bibliographie :
Rattanakosin : https://fr.wikipedia.org/wiki/Île_Rattanakosin
Fort Mahakan : https://www.monnuage.fr/point-d-interet/mahakan-fort-a2623643
Wat Saket : https://en.wikipedia.org/wiki/Wat_Saket
Loha Prasat : https://fr.wikipedia.org/wiki/Wat_Ratchanatdaram
Petit Peyton Café : https://www.facebook.com/petitpeyton/?locale=fr_FR
Giant Swing : https://en.wikipedia.org/wiki/Giant_Swing
Wat Suthat : https://fr.wikipedia.org/wiki/Wat_Suthat
Wat Ratchabophit : https://en.wikipedia.org/wiki/Wat_Ratchabophit
Le Guide Michelin Vert (Thaïlande)
[1] le chedi est un terme thaï désignant un stupa.

