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Mehdi Brit ouvre un nouveau chapitre du French May

Tout juste nommé directeur du French May Arts Festival à Hong Kong — l’un des plus grands festivals culturels d’Asie, qui rassemble chaque année plus de 400 000 visiteurs autour de plus de 100 événements — Mehdi Brit ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de cette institution fondée il y a 33 ans. Curateur, directeur artistique et spécialiste du spectacle vivant et des arts visuels, ancien attaché culturel en Chine, fondateur de plusieurs festivals, il a collaboré avec des institutions prestigieuses telles que le Centre Pompidou, le Jeu de Paume ou encore la Power Station of Art à Shanghai. Il prend aujourd’hui la tête du French May avec l’ambition d’en renforcer le rayonnement et d’en faire une plateforme majeure du dialogue culturel entre la France et Hong Kong.

Propos recueillis par Catya Martin

Votre nomination vient d’être officialisée. Quelle a été votre première pensée ?

Mehdi Brit : Une immense joie. C’est un nouveau défi, avec des enjeux considérables.
Mais c’est aussi un retour en Asie, une région pour laquelle j’ai une affection profonde, presque intime — en particulier pour la Chine, et je l’espère très bientôt pour Hong Kong.

Quelle est votre vision pour les prochaines éditions du festival ?

Un nouveau chapitre s’ouvre, en lien étroit avec les membres du board, le Consulat général, l’ensemble des partenaires et nos deux présidentes, Pansy Ho et Mignonne Cheng.
Je viens d’arriver, donc l’écriture est encore en cours. Mais il s’agira d’insuffler un nouveau souffle tout en s’appuyant sur l’héritage exceptionnel du French May : 33 ans d’histoire, d’échanges et de dialogue entre la France, Hong Kong et, plus largement, l’Asie.
Je crois beaucoup à l’idée d’un art sans frontières, d’une culture sans barrières. Nous devrons être attentifs aux attentes de nos publics — français, hongkongais, mais aussi internationaux — tout en affirmant une vision forte et cohérente.

Comment maintenir la diversité de la programmation tout en affirmant une ligne artistique forte ?

C’est tout l’enjeu.
Mon expérience curatoriale m’a appris que la ligne artistique est essentielle. Elle permet d’identifier des axes, des thèmes, des disciplines à mettre en lumière. Mais ce travail doit toujours se faire en résonance avec l’écosystème dans lequel on évolue — un contexte culturel, bien sûr, mais aussi social, humain, politique et économique.
À partir de cette analyse, on peut dessiner une véritable stratégie artistique, non pas pour une seule édition, mais sur trois à cinq ans.
Le French May est plus qu’un festival : c’est une institution, un label, une marque. Son potentiel de rayonnement en Asie est exceptionnel.
Ayant dirigé le festival Croisements en Chine, je mesure les différences de contexte, mais aussi l’importance stratégique du French May.
Son pouvoir d’influence est considérable.

Le French May joue aussi un rôle diplomatique.

Indéniablement. C’est un outil majeur de coopération et de dialogue franco-asiatique, franco-hongkongais — voire franco-chinois — tout en conservant notre indépendance et nos valeurs fondamentales : la liberté de création et la liberté d’expression.
Le festival se déploie comme une saison culturelle, capable d’explorer de multiples langages, pratiques et formats. C’est en cela qu’il dépasse le simple cadre événementiel : c’est une institution structurante, au service du dialogue culturel.

Votre expérience d’attaché culturel en Chine entre 2018 et 2022 est-elle un atout ?

Absolument. J’ai vécu des périodes très intenses, avant, pendant et après le Covid. Cela m’a permis de comprendre en profondeur la culture chinoise, son histoire, sa philosophie.
Hong Kong possède un environnement spécifique, mais les liens avec la Chine continentale sont forts, notamment dans la dynamique actuelle de la Greater Bay Area. Mon réseau et mon expérience constituent des leviers précieux pour renforcer les coopérations entre la France, la Chine continentale et Hong Kong.
Pendant ces années, nous avons développé des projets structurants :
Dating with Fashion, autour des designers français et chinois ; un programme ambitieux dédié à la performance et à la transdisciplinarité et French Waves, festival digital mené avec Tencent, qui a généré plus de 60 millions de vues.
Ces expériences nourriront nécessairement ma réflexion pour le French May.

Comment élargir les publics, notamment les jeunes générations ?

C’est une question essentielle, et un défi partagé par toutes les institutions culturelles.
Les pratiques ont profondément évolué après la pandémie. Les attentes, les usages, les modes de consommation culturelle ont changé.
Il faut donc mener un double mouvement : aller vers ces publics, mais aussi leur donner envie de venir à nous.
Les jeunes publics ne constituent pas un bloc homogène : il y a les familles, puis les 18-30 ans, avec des attentes très différentes.
Il faut travailler communauté par communauté, génération par génération.
Les sujets qui les mobilisent — environnement, nouvelles technologies, digital, mais aussi savoir-faire traditionnels — devront être intégrés à notre réflexion. C’est un travail d’orfèvre. Mais ces publics sont au cœur de ce nouveau chapitre.

Quelle est votre signature artistique ?

Je parlerais de dialogue, de résonance et de transdisciplinarité.
J’ai toujours été intéressé par les échanges entre arts visuels et spectacle vivant, entre patrimoine et formes contemporaines. L’hybridité est au centre de mon approche.
Dans un festival, on ne peut pas tout faire à chaque édition, mais il faut un fil rouge. La transversalité est aujourd’hui essentielle pour comprendre les nouvelles pratiques et toucher les publics.

Dans cinq ans, à quoi aimeriez-vous que ressemble le French May ?

J’aimerais qu’il demeure fidèle à son ADN tout en s’affirmant comme une institution incontournable, stable et pérenne — pour les Français, les Hongkongais, les communautés internationales et les publics chinois.
Le travail sur les jeunes générations sera déterminant pour construire cet avenir.

Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus dans cette nouvelle aventure ?

Hong Kong est un territoire singulier, hybride, fascinant dans son architecture, son urbanisme, sa culture.
Le French May fonctionne un peu comme un archipel : on navigue d’un lieu à l’autre, d’une communauté à l’autre. Il est, en quelque sorte, un miroir de Hong Kong. Cette transversalité, cette circulation permanente, m’enthousiasment profondément.

Si vous deviez résumer le French May en trois mots ?

Créativité. Innovation. Partage.

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Informations :
https://www.frenchmay.com/en/