Myriam Baranger-Eté, pionnière du diagnostic vétérinaire à Hong Kong
Elle est Française, elle est vétérinaire et elle a posé ses valises un peu par hasard à Hong Kong en 1999. Dans cette ville où elle a remis les compteurs à zéro, cette passionnée de chevaux a franchi les obstacles un à un. Son histoire est celle d’une soignante devenue cheffe d’entreprise.

Son portrait signé Anne-Claire Poignard
Lorsque nous rencontrons Myriam Baranger-Eté, elle a les bras chargés d’une valise et de coussins. « Bienvenue dans l’équipe de la mobile » nous sourit-elle. Cette vétérinaire française a rendez-vous dans une clinique du sud de Hong Kong où elle réalise des échographies sur demande. « On se déplace avec notre machine ! ».
Ce jour-là, trois patients ont rendez-vous avec elle dans cette clinique : un chat et deux chiens. Chez Lang Lang, 4 ans, elle doit investiguer l’origine d’un souffle cardiaque. Pendant que l’animal est préparé, Myriam Baranger-Eté déploie son matériel. Elle s’installe en quelques minutes sur un coin de table. Prête à mettre son expertise au service de l’animal.
Diplômée de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort en 1998, cette Française se destinait à la médecine équine. « C’était mon rêve » nous confie-t-elle. Elle met tout en place pour le réaliser, part au Canada travailler et continuer à étudier dans l’un des meilleurs hôpitaux équins universitaires mais, contre toute attente, sa vie personnelle va la conduire à Hong Kong.
Repartir de zéro
En 1999, elle y suit son conjoint ingénieur qui entame une carrière dans le BTP. Très vite, elle comprend qu’elle ne va pas pouvoir exercer. Du moins pas tout de suite. « Mon diplôme français n’était pas reconnu. Pendant un an, j’ai essayé de comprendre ce qu’il fallait faire pour pouvoir travailler. Deux ans après la rétrocession de Hong Kong à la Chine, tout était flou, ça a été une bataille ». Déterminée, elle frappe à toutes les portes, finit par obtenir la reconnaissance de ses compétences. Mais celle qui connaît tout ou presque des chevaux doit s’adapter à un nouveau terrain. Elle reprend ses études pour se consacrer aux petits animaux.
Dans ce grand chamboulement professionnel, elle a une révélation : le diagnostic est au cœur de son métier et à Hong Kong en matière vétérinaire il est peu développé. « Si on n’a pas le bon diagnostic, on ne sait pas ce qu’on combat et donc on ne peut pas traiter correctement. Cela m’a obsédée. Je suis tombée amoureuse de l’imagerie ». Elle a devant elle un immense terrain de jeu qu’elle commence alors à entrevoir. Elle se forme pendant 3 ans auprès d’un expert américain.

Près de 30 ans plus tard et à mille lieues de tous ces rebondissements, Lang Lang se laisse aller à l’échographie cardiaque sur la table d’auscultation. Il y a bien une anomalie chez ce chat de 4 ans mais rien d’inquiétant et donc rien à traiter pour l’instant. Myriam Baranger-Eté préconise un contrôle annuel à sa consœur hongkongaise. « Nos clients ce sont les vétérinaires. Nous intervenons à leur demande. On est experts dans le domaine, donc on réalise l’examen rapidement et de façon plus exhaustive. Pendant ce temps-là, eux peuvent gérer une autre procédure. C’est gagnant-gagnant ».
Ses consultations terminées, Myriam Baranger-Eté reprend la voiture qui la conduit de cliniques en cliniques. Elle a décidé d’embaucher un chauffeur. « On sillonne tout Hong Kong. On roule des kilomètres alors on optimise ces temps de trajets pour réaliser nos comptes-rendus. Il n’y a pas de temps de perdu ».
Vétérinaire devenue cheffe d’entreprise
L’aventure entrepreneuriale de cette Française ne s’est pas arrêtée là. Six mois après avoir lancé son unité mobile de diagnostic échographique, elle se lance dans le projet d’ouvrir un laboratoire d’analyses vétérinaire. « A l’époque, Hong Kong était un terrain vierge en la matière. Les prélèvements partaient aux Etats-Unis ou en Angleterre. Les résultats revenaient trois semaines plus tard ». Aujourd’hui, son équipe d’une trentaine de personnes basée à Kowloon, traite chaque jour des centaines d’échantillons. Dans le département dédié à l’Histopathologie (étude des tissus) et à la Cytologie (étude des cellules), l’équipe numérise les échantillons et les met instantanément à disposition de spécialistes basés partout dans le monde pour être interprétés. « C’est aussi précis, voire plus, que si on était sous microscope. Les lames de Cytologie sont lues dans les 24h et les rapports d’Histologie transmis en 3 jours. Des cliniques vétérinaires de Corée, de Malaisie et d’autres pays d’Asie et du Moyen-Orient nous envoient leurs prélèvements. On a monté le même laboratoire à Singapour pour soutenir les communautés vétérinaires d’Asie du Sud Est.

Une success story qui ne s’est pas construite sans quelques déconvenues. « On a appris à la dure. Il a fallu se former sur le tas, s’adapter au fil des développements. La comptabilité, le management, rien de tout cela n’est enseigné à l’école vétérinaire ! ».
Après près de 30 ans d’exercice en Asie, sa passion pour les chevaux ne l’ayant jamais quittée, Myriam Baranger-Eté s’est lancée dans une nouvelle aventure. En fondant l’association Champs Legacy avec un collègue et ami, elle a décroché un partenariat avec l’influent Hong Kong Jockey Club pour offrir aux stars des hippodromes hongkongais une retraite en France. Depuis 2024, 200 chevaux de course ont ainsi été transférés dans l’Hexagone pour y être réentraînés et préparés pour une seconde vie dans les différentes disciplines équestres (dressage, saut d’obstacle, concours complet, horseball, polo, randonnée de loisir, travail d’école). Ils rejoignent la Bourgogne, l’Ile de France, le Nord, l’Est de la France et la Normandie. Une fois prêts, les chevaux sont orientés vers de nouveaux propriétaires pour commencer leur nouvelle vie.
« Rien de tout cela n’aurait été possible si j’étais restée en Europe », affirme Myriam Baranger-Eté. « Mon travail aujourd’hui c’est une façon de rendre à Hong Kong tout ce qu’elle m’a donné ».
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