Evasion

La Nouvelle Angleterre : sous les couleurs chatoyantes de l’été indien

Entre la fin septembre et la mi-octobre, la Nouvelle Angleterre quitte la moiteur de l’été pour offrir un ballet d’une kyrielle de teintes flamboyantes en guise d’adieu aux beaux jours. Surnommée l’été indien, cette période se complaît en une formidable danse de paillettes multicolores. Ce don de la nature correspond aux prémices de la fête de ‘Thanksgiving’, comme le souligne la vive couleur des citrouilles au perron des maisons. Alors, en suivant les pistes des forêts appalachiennes, la féerie commence dans la plus sublime tradition que l’automne puisse offrir.

Par Christian Sorand

Composée de six états, la Nouvelle-Angleterre demeure la plus européenne des provinces nord-américaines. Berceau de l’indépendance du pays, elle concentre une multitude d’institutions culturelles de haut rang, tout en séduisant le visiteur par ses paysages marins ou champêtres. Son cadre de vie, comme sa population, rappellent les îles britanniques tandis que ses maisons de bois blanc s’alignent sur l’architecture scandinave. Seule domine la svelte élégance des clochers. On ne s’étonne donc pas que cet espace, souvent bucolique, ait pu inspirer les plus grands poètes américains : Henry Longfellow, Henry Thoreau, Walt Whitman, Emily Dickinson et Robert Frost.

En suivant des petites routes, le long des crêtes boisées des Appalaches, aux premiers jours de l’automne, on découvre ainsi la beauté naturelle de la sylve, se dépouillant soudain sa robe de verdure pour un kaléidoscope variant du jaune à l’orange en privilégiant les tons de rouge. Au fur et à mesure qu’on approche du nord, ce spectacle unique, devient de plus en plus enchanteur.
Bien loin de la capitale régionale (1), on suit ainsi l’itinéraire d’une autre Amérique, décrite ici en mots et en images.

La région des Berkshires (Connecticut et Massachusetts)

Pour cela, il faut aller à l’est de la province, le long de la frontière de l’état de New York. Un peu au nord d’Hartford, capitale du Connecticut, et de sa banlieue historique d’Old Wethersfield, on pénètre dans une zone de collines, faisant partie des Appalaches, et appelée les monts des Berkshires.

Le premier de ces jolis villages est Stockbridge, patrie du peintre Norman Rockwell (1894-1978). Outre ses maisons de bois blanc, le village possède une superbe bibliothèque municipale faisant également office de musée. Le Red Lion Inn est un hôtel de style colonial, magnifiquement décoré. La visite s’impose ; on peut même y séjourner.

Ici pourtant, les couleurs de l’automne sont encore timides. Il faut aller plus au nord en traversant une région de vertes prairies et de collines ondoyantes, cachant parfois des lacs, pour atteindre Williamstown et commencer à être subjugué par la couleur des arbres.

Williamstown, dans le Massachusetts, est l’un des plus beaux endroits de la Nouvelle-Angleterre. Cette petite communauté vit autour des pierres vénérables d’une célèbre université, Williams College, à l’allure toute oxfordienne. Fondée en 1793, elle est l’un des meilleurs campus privés dans le domaine des arts et des lettres. La ville abrite également un remarquable musée d’art (Clark Art Institute). Cette bourgade demeure une excellente base de départ pour rayonner dans la région où l’automne frappe à la porte de l’atelier de dame nature.

La région des Green Mountains (Massachusetts et Vermont)

Depuis Williamstown, on emprunte une route sublime. La Mohawk Trail Massachusetts traverse une dorsale montagneuse recouverte de forêts aux couleurs chatoyantes de l’été indien. La route serpente dans une série d’épingles à cheveux et offre des arrêts panoramiques : Hairpin Curve, Western Summit, et Whitcomb Summit, l’endroit le plus haut. On atteint alors un parc régional très fréquenté en cette saison, le Mohawk Trail State Forest. On y trouve aussi un monument dédié aux Indiens Mohicans célébrant le lever du Soleil (« Hail to the Sunrise” ).

La région située au nord-ouest de Williamstown fait partie du Vermont. C’est celle du célèbre poète américain, Robert Frost (1874-1963). Old Bennington a été le siège d’une bataille livrée pendant la guerre d’Indépendance américaine en août 1777. Un obélisque, haut de 92m, célèbre cette glorieuse victoire sur les troupes anglaises (Bennington Battle Monument). Le petit village a conservé ses vieilles maisons coloniales, aujourd’hui restaurées et habitées. L’église historique (Old First Church), d’un blanc immaculé, date de 1806. La tombe du poète et de sa famille se trouve dans le cimetière, derrière l’édifice, à l’ombre des arbres d’une colline offrant une vue sur un paysage verdoyant.

“Two roads diverged in a wood, and I –
I took the one less traveled by,
And that has made all the difference. ‘’- Robert Frost

En empruntant la route 100 en direction du nord, on arrive à la petite ville de Londonderry, dans le Vermont, entourée d’une forêt aux mille couleurs, peuplée d’élans et d’ours. Cette région est dotée de plusieurs stations de ski, comme celle de Stratton Mountain Resort (1181m). Un peu plus à l’ouest, on atteint Manchester, une élégante bourgade, devenue un lieu de villégiature prisé. Dans la partie historique (Old Manchester), les trottoirs de marbre blanc proviennent d’une carrière du voisinage. Equinox Mountain (930m), au sud de Manchester, est le deuxième sommet de la contrée après le mont Stratton. Une route privée à péage (Mount Equinox Skyline Drive) mène au sommet, très venté, et d’où l’on jouit d’un panorama exceptionnel à 360º, à la fois côté Vermont, à l’est, et côté état de New York, à l’ouest. La montagne a une particularité : sur le flanc sud, se trouve un monastère des Chartreux (Charterhouse of the Transfiguration). Le village d’Arlington, au nord de Manchester, est une autre très jolie communauté de style colonial où Norman Rockwell a habité.

En reprenant la route 100, recommandée pour la diversité des couleurs de l’automne, on découvre alors les plus beaux villages du Vermont méridional. Ils ont pour nom, Weston, Chester, Grafton, Townshend ; Newfane, surtout, l’un des plus jolis et des plus pittoresques. Près de Jamaica, il y a un pont couvert, typique de la Nouvelle-Angleterre. Le magnifique parc d’état, Ball Mountain Lake State Park, est à proximité, offrant non seulement un superbe panorama, mais se présentant comme un lieu idéal pour le panel des teintes du feuillage.

La région des White Mountains (New Hampshire et Maine)

En poursuivant plus au nord des Green Mountains, dans l’état du Vermont, on atteint alors les White Mountains, dans le New Hampshire. C’est ici que la palette des couleurs bat son plein.
Sur le chemin, on contourne la ville d’Hanover, siège du vénérable Dartmouth College, fondé en 1769, et dont le campus est devenu l’un des huit ‘Ivy Leagues’ américains. Pas très loin non plus, on longe les rives d’un grand lac (Mascoma Lake), bordé de pavillons de vacances se reflétant sur un miroir lacustre.

La chaîne montagneuse des White Mountains fait aussi partie des Appalaches. C’est la plus élevée de la côte est américaine, culminant au mont Washington, à 1917m. Zone naturelle protégée, elle est administrée par la forêt nationale des White Mountains (White Mountain National Forest) ainsi que plusieurs parcs de l’état du New Hampshire. La beauté du paysage et l’extraordinaire profusion des espèces sylvestres attirent un grand nombre de visiteurs nationaux et internationaux en cette saison d’automne. Depuis Lincoln, la route 112, appelée Kancamagus Highway, traverse la forêt du parc d’ouest en est.

La partie méridionale des White Mountains est une région entrecoupée d’une multitude de petits lacs perdus dans la selve environnante (Lake District of New Hampshire). Ils portent tous des noms indiens : Little Squam Lake, Squam Lake, ou encore l’immense Winnipesauke Lake.

Au terme de cet itinéraire appalachien, il est possible de rejoindre la ville côtière de Portland (capitale du Maine). Les routes départementales à l’est du New Hampshire et du Maine, offrent une autre occasion de côtoyer des forêts hautes en couleurs. Les cours d’eau sont parfois traversés par des ponts couverts historiques.

La coloration des feuilles est due à trois variétés d’arbres en particulier : le chêne, l’aulne, et surtout l’érable, dont la feuille bien connue, est devenue l’emblème du Canada. Les forêts de la Nouvelle Angleterre, à l’automne, sont l’un des plus beaux spectacles que la nature offre à l’Homme. Certes, il existe d’autres lieux où l’automne revêt des couleurs chatoyantes : la Bavière, l’ Autriche, la Corée du Sud, le nord de la Chine, l’Islande, le Cachemire, Kyoto au Japon, l’état australien de Victoria, l’île du sud de la Nouvelle-Zélande, la Transylvanie roumaine, et même les Rocheuses, dans le Colorado américain. Reste que l’ampleur du spectacle et la profusion des variétés de couleur, sont une marque distinctive de cette région historique des États-Unis.

Bibliographie :
• La Nouvelle Angleterre, Guides Verts Michelin, 1ère édition,
Clermont-Fd,
• New England, Top 10, Eyewitness Travel, DK, London, 2014

Liens :
• Wikipedia
• Charterhouse of the Transfiguration : http://transfiguration.chartreux.org
• Kancamagus Highway, NH : http://northconwaynh.com/kancamagus-highway-nh/