Danse de feu du dragon de Tai Hang : le regard d’une chorégraphe française
C’est l’un des incontournables du festival de la mi-automne. Pendant 3 jours fin septembre, la danse du dragon embrase le quartier de Tai Hang près du parc Victoria. La tradition née il y a près de 150 ans attire aujourd’hui locaux et curieux par centaines. La productrice française Alice Rensy en a fait une source d’inspiration. Elle vit à Hong Kong depuis 2012. Elle proposait cette année une série de performances artistiques autour de l’événement. Nous l’avons rencontrée.
Propos recueillis par Anne-Claire Poignard

Comment avez-vous eu l’idée de ce programme culturel ?
Tout est parti d’un lieu. Un espace non occupé dans un immeuble de Tai Hang qui surplombe la rue où passe le dragon. Quand on a découvert cet endroit, j’ai tout de suite pensé que c’était un balcon incroyable sur la parade. J’ai demandé aux propriétaires si on pouvait investir les lieux. Cela offre une expérience différente. A partir de là, j’ai imaginé un programme culturel avec des performances artistiques. Nous avons reçu le soutien financier du Hong Kong Arts Development Council.
En quoi consistent ces performances ?
Ce sont des performances contemporaines proposées par des artistes très divers. J’ai choisi des personnes avec qui j’ai déjà travaillé. Trois danseuses, dont la talentueuse Sonia Wong, ont par exemple proposé une chorégraphie dans le dédale d’un chantier. Un jongleur et son acolyte grimé ont fait danser les passants. Les artistes avaient carte blanche pour que ces performances puissent servir d’espace de liberté.
Quel a été votre fil rouge ?
La danse du dragon a un aspect spectaculaire et très masculin. Seuls les hommes peuvent toucher le dragon. C’est une énergie avec beaucoup de force, de course, de cris, de muscles. L’idée c’était donc de proposer un contrepoint plus confidentiel en marge de la parade : des choses beaucoup plus fragiles dans l’espace urbain. Une façon de transformer la rue en scène partagée entre artistes et spectateurs.
Vous avez aussi fait appel à un maître de conférences de l’Université de Hong Kong ?

Je me suis dit que c’était une occasion de nous plonger dans l’histoire de cette tradition. Konstance Chuntung Li enseigne dans le département d’histoire de l’art à HKU. Il connaît très bien la danse du dragon qui trouve son origine en 1880 à Hong Kong. Au départ, c’est une danse pour chasser la peste. L’encens a été utilisé pour purifier un village touché par une épidémie. C’est aujourd’hui encore très codifié. Dans la symbolique, on éradique ainsi les énergies négatives et les maladies pour l’année à venir.

A la nuit tombée, le dragon planté de milliers de bâtonnets d’encens a fait son apparition. Sur les trottoirs, des centaines de spectateurs ont immortalisé l’instant, leur téléphone portable à la main. Les bâtonnets incandescents couvrent la créature en paille de la tête à la queue. A l’issue des festivités, ils sont donnés aux passants. On raconte qu’ils sont un puissant porte-bonheur pour attirer la paix et la prospérité dans les foyers.
Alice Rensy, elle, travaille déjà sur son prochain projet : l’édition 2027 du Movement Festival. Une célébration de la danse et des arts vivants sous la forme d’un marathon artistique de plusieurs heures. Le festival explore le mouvement, des arts traditionnels aux disciplines urbaines comme la danse de rue.

