{"id":6152,"date":"2020-10-05T20:48:39","date_gmt":"2020-10-05T19:48:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.traitdunionmag.com\/?p=6152"},"modified":"2020-10-08T14:00:15","modified_gmt":"2020-10-08T13:00:15","slug":"le-sarawak-lincroyable-diversite-dune-province-atypique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/?p=6152","title":{"rendered":"Le Sarawak : l\u2019incroyable diversit\u00e9 d\u2019une province atypique"},"content":{"rendered":"<p><strong>Born\u00e9o, troisi\u00e8me plus grande \u00eele de la Terre, demeure encore l\u2019un des derniers domaines de la grande for\u00eat tropicale. Cette immense jungle abrite un monde d\u2019une grande richesse naturelle, caract\u00e9ris\u00e9e par une faune, une flore et une culture toutes aussi riches et imp\u00e9n\u00e9trables. Province malaisienne du nord-ouest de la grande \u00eele, le Sarawak ne fait pas exception \u00e0 la r\u00e8gle.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Par Christian Sorand<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il existe deux Malaisie: la plus connue est un \u00c9tat p\u00e9ninsulaire de l\u2019Asie du Sud-Est, l\u2019autre, la Malaisie orientale, est constitu\u00e9e de deux grandes provinces du nord de Born\u00e9o: le Sabah et le Sarawak.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 lui seul, le territoire du Sarawak est plus grand que toute la Malaisie occidentale. Par contre, sa population n\u2019est que de 2,6M d\u2019habitants, en fonction des espaces forestiers s\u2019\u00e9tendant sur une c\u00f4te de 750 km, le long de la mer de Chine m\u00e9ridionale. L\u2019autre particularit\u00e9 r\u00e9side dans le fait que les Malais, de confession musulmane, ne repr\u00e9sentent qu\u2019un quart de la population. Les descendants des Chinois forment un autre quart, tandis que les tribus indig\u00e8nes constituent une majorit\u00e9. Le christianisme est donc la religion principale du Sarawak, puisque beaucoup de descendants chinois sont aussi chr\u00e9tiens.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le Sarawak b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un climat \u00e9quatorial, propice \u00e0 la diversit\u00e9 des esp\u00e8ces florales et animali\u00e8res. L\u2019\u00c9quateur traverse l\u2019\u00eele de Born\u00e9o de part en part, de Pontianak \u00e0 l\u2019ouest, \u00e0 Samarinda \u00e0 l\u2019est. Le Kalimantan forme la partie indon\u00e9sienne de l\u2019\u00eele. Cette grande for\u00eat \u00e9quatoriale est aussi peupl\u00e9e par les Dayaks, une culture tribale ancestrale, riche en savoir-faire et en particularismes.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Une telle diversit\u00e9 explique l\u2019originalit\u00e9 du Sarawak: un lieu unique et fascinant. D\u2019autant plus, que l\u2019infrastructure de la Malaisie est un atout suppl\u00e9mentaire. Kuching (1), la capitale r\u00e9gionale, en est le centre n\u00e9vralgique. Ce texte se propose toutefois de nous entra\u00eener au c\u0153ur de cette province.<\/span><\/p>\n<p><strong>Une nature exub\u00e9rante<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019un des tous premiers ressentis \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e est l\u2019infinie richesse et la toute puissance du monde v\u00e9g\u00e9tal. Les f\u00fbts des arbres de la grande for\u00eat d\u00e9fient toute comparaison avec ce que l\u2019on a l\u2019habitude de voir ailleurs. Les essences les plus rares s\u2019y trouvent. On croise une quantit\u00e9 de fleurs inconnues. Et si la chance le veut, on peut jouir du spectacle rare d\u2019une rafflesia, la plus grande fleur du monde, \u00e0 l\u2019odeur naus\u00e9abonde. Les plantes carnivores abondent, comme les feuilles tactiles qui se r\u00e9tractent au toucher. Beaucoup de plantes, dites d\u2019int\u00e9rieur, prolif\u00e8rent ici et se multiplient dans d\u2019inimaginables proportions.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La faune de Born\u00e9o semble suivre un parcours exotique semblable. On n\u2019\u00e9voquera pas seulement les serpents, ni m\u00eame les crocodiles marins, mais plut\u00f4t une multitude d\u2019oiseaux aux plumages flamboyants et aux chants \u00e9tranges et inconnus; ce sont aussi ces geckos du soir qui chantent la nuit venue, ou encore ces crapauds-buffles dont la voix rauque, mart\u00e8le les oreilles. \u00e0 n\u2019en plus finir! Born\u00e9o est le royaume des orang-outangs, grands singes roux et pacifiques, se nourrissant des fruits de la sylve. Que dire des nasiques, aux nez pro\u00e9minents, singes end\u00e9miques des r\u00e9gions c\u00f4ti\u00e8res\u00a0? Comment ne pas \u00e9voquer les l\u00e9muriens volants\u00a0? Quant au calao (\u201chornbill\u2019, en anglais), c\u2019est l\u2019oiseau embl\u00e9matique du Sarawak. Ses plumes sont particuli\u00e8rement recherch\u00e9es par les Dayaks. La for\u00eat tropicale abrite aussi quelques esp\u00e8ces animales adapt\u00e9es \u00e0 l\u2019environnement: des \u00e9l\u00e9phants nains, ou une toute petite esp\u00e8ce de daims miniatures.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour partir \u00e0 la rencontre de ce monde \u00e9trange, il faut visiter les nombreux parcs nationaux du Sarawak. \u00c0 proximit\u00e9 de Kuching, le parc national de Bako offre une multitude de chemins balis\u00e9s permettant de d\u00e9couvrir la faune et la flore locales. C\u2019est \u00e9galement un lieu privil\u00e9gi\u00e9 pour c\u00f4toyer les singes nasiques.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans la banlieue sud de Kuching, on trouve une r\u00e9serve d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la r\u00e9habilitation des orang-outans (Semenggoh Nature Reserve). Ce parc naturel permet aussi de faire une belle approche de l\u2019atmosph\u00e8re moite et crissante de la grande for\u00eat tropicale.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 nord-ouest du Sarawak, en bordure de la mer de Chine m\u00e9ridionale, le parc national de Gunung Gating est l\u2019un des meilleurs endroits pour voir l\u2019\u00e9closion d\u2019une rafflesia, dont la floraison est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Beaucoup plus loin \u00e0 l\u2019est (\u00e0 environ 250 km de Kuching), il existe un lieu sublime autour d\u2019un grand lac artificiel: Batang Ai National Park. Un h\u00f4tel de grand standing a \u00e9t\u00e9 construit sur un \u00e9peron rocheux. On y acc\u00e8de uniquement par bateau au beau milieu de la grande for\u00eat. En \u00e9tant accompagn\u00e9 d\u2019un guide, on peut alors partir \u00e0 la d\u00e9couverte de la jungle soit \u00e0 pied, soit en pirogue. Ce territoire poss\u00e8de une communaut\u00e9 Iban vivant encore dans une \u201clonghouse\u201d.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019\u00e9vocation des Dayaks permet de faire le lien avec le monde indig\u00e8ne fascinant de Born\u00e9o.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><strong>Une culture ethnique caract\u00e9ristique<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les indig\u00e8nes de l\u2019\u00eele de Born\u00e9o appartiennent \u00e0 cette longue cha\u00eene aborig\u00e8ne allant de Ta\u00efwan \u00e0 l\u2019archipel indon\u00e9sien. Ces peuplades se distinguent des Malais par leurs traits physiques, leurs langues et leurs coutumes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Au Sarawak, on parle des \u201cBidayuh\u201d, un terme g\u00e9n\u00e9rique servant \u00e0 qualifier ces ethnies, plus connues sous le nom de Dayaks. En r\u00e9alit\u00e9, il faudrait faire une distinction entre plusieurs groupes: les Land-Dayaks &#8211; autrefois appel\u00e9s \u201cKlemantan\u201d (\u00e0 l\u2019origine du Kalimantan, nom de la province indon\u00e9sienne) &#8211; les Sea-Dayaks (ou Ibans), ou encore les Punans.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Par convenance, on utilisera le terme de Dayak. D\u2019autant plus que les us et coutumes de tous ces groupes ethniques se ressemblent beaucoup.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les Dayaks ne sont plus les coupeurs de t\u00eate d\u2019antan, voulant s\u2019accaparer l\u2019\u00e2me et la force de ceux qu\u2019ils avaient vaincus. Pourtant, dans chaque communaut\u00e9 ancestrale, les cr\u00e2nes humains sont toujours conserv\u00e9s, en souvenir du pass\u00e9. Il existe \u00e0 ce sujet une anecdote racont\u00e9e par un reporter de CNN pendant la crise qui a ensanglant\u00e9 le Kalimantan, il y a seulement quelques d\u00e9cennies. Alors que l\u2019\u00e9quipe filmait un groupe de jeunes footballeurs de Pontianak (Kalimantan occidental), les reporters ont soudain r\u00e9alis\u00e9 avec stup\u00e9faction que le ballon n\u2019\u00e9tait rien d\u2019autre qu\u2019une t\u00eate humaine fra\u00eechement coup\u00e9e!\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les Dayaks utilisent le tatouage comme un moyen de protection. Ils avaient \u00e9galement l\u2019habitude d\u2019\u00e9tirer les lobes de leurs oreilles; ce qui leur a valu le surnom de \u201clongues oreilles\u201d. Cette pratique est officiellement r\u00e9prouv\u00e9e et semble appartenir \u00e0 une autre \u00e9poque. Mais au c\u0153ur de la grande for\u00eat, on voit encore quelques beaux portraits, attestant de cette vieille coutume. Aujourd\u2019hui, il est vrai, les poids en bronze servant \u00e0 allonger le lobe des oreilles, se trouvent plut\u00f4t chez les antiquaires du vieux Kuching!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019une des particularit\u00e9s fondamentales des Dayaks est de vivre dans une grande b\u00e2tisse communautaire, appel\u00e9e \u201clonghouse\u201d (une maison longue sur pilotis). Plusieurs familles se regroupent et vivent de part et d\u2019autre d\u2019une all\u00e9e centrale en bambou. Au sud de Kuching, \u00e0 la fronti\u00e8re du Kalimantan, il existe une communaut\u00e9 pratiquant toujours ce style de vie: \u201cAnnah Rais Bidayuh Longhouse.\u201d Les tenants des lieux se sont simplement un peu modernis\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La culture Dayak s\u2019exprime dans le costume, la musique et les danses. Ils excellent dans l\u2019art du tissage (les ikat) et de la vannerie, souvent d\u00e9cor\u00e9es de perles multicolores. Les porte-b\u00e9b\u00e9s Dayaks sont devenus des objets recherch\u00e9s par les collectionneurs, comme le sont certaines statues ou masques, ayant une troublante parent\u00e9 avec ceux du continent africain. (troublante)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">On conviendra que le voyage au Sarawak s\u2019ouvre sur un monde \u00e0 la fois myst\u00e9rieux et fondamentalement subjuguant.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il faudrait aussi ajouter quelques lieux phares, appartenant au patrimoine mondial de l\u2019Unesco, dans la r\u00e9gion de Miri, proche du sultanat du Brunei. Il y a deux sites naturels exceptionnels. Il s\u2019agit d\u2019abord du parc national du Gunung Mulu, domin\u00e9 par un pic karstique de 2.377m, poss\u00e9dant une for\u00eat de chemin\u00e9es de f\u00e9es, ainsi que la plus grande salle souterraine du monde, longue de 600 m x 400 m, et haute de 80 m. Le second site, en voie d\u2019inscription au patrimoine mondial, est le parc national de Niah, o\u00f9 l\u2019on a retrouv\u00e9 des restes pr\u00e9historiques vieux de 40,000 ans.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le Sarawak est sans nul doute l\u2019un des lieux les plus fascinants de l\u2019Asie du Sud-Est gr\u00e2ce \u00e0 ses richesses naturelles et ethniques. Si beaucoup de ces sites font l\u2019objet d\u2019une stricte protection environnementaliste, et qu\u2019il existe une solide volont\u00e9 locale pour pr\u00e9server l\u2019environnement, les menaces \u00e9cologiques sont pourtant bien r\u00e9elles. Il ne s\u2019agit pas seulement d\u2019une urbanisation et d\u2019une industrialisation constantes, mais d\u2019une exploitation outranci\u00e8re de la for\u00eat.\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Born\u00e9o, troisi\u00e8me plus grande \u00eele de la Terre, demeure encore l\u2019un des derniers domaines de la grande for\u00eat tropicale. 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