{"id":3702,"date":"2018-11-01T04:27:26","date_gmt":"2018-11-01T03:27:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.traitdunionmag.com\/?p=3702"},"modified":"2018-10-30T04:29:48","modified_gmt":"2018-10-30T03:29:48","slug":"emily-hahn-et-shao-xunmei-les-amants-de-la-decadence-chinoise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/?p=3702","title":{"rendered":"Emily Hahn et Shao Xunmei, les amants de la d\u00e9cadence chinoise"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>S\u2019il est une histoire d\u2019amour qui symbolise, selon moi, les ann\u00e9es 1930 en Chine, c\u2019est bien celle de la journaliste et romanci\u00e8re am\u00e9ricaine Emily Hahn et du po\u00e8te chinois Shao Xunmei.<\/em><\/p>\n<p><strong>Par Didier Pujol*<\/strong><\/p>\n<p><strong>La rencontre entre l\u2019Est et l\u2019Ouest<\/strong><\/p>\n<p>Emily Hahn est n\u00e9e en 1905 \u00e0 St Louis Missouri. Tr\u00e8s t\u00f4t, elle fait montre d\u2019un esprit ind\u00e9pendant en devenant en 1924 la premi\u00e8re femme ing\u00e9nieur des mines, d\u00e9fi qu\u2019elle s\u2019est fix\u00e9, alors qu\u2019elle ne pense en fait qu\u2019\u00e0 \u00e9crire et d\u00e9couvrir le monde. Apr\u00e8s une travers\u00e9e des Etats-Unis grim\u00e9e en homme, elle vit pendant deux ans en Afrique dans une tribu pygm\u00e9e. Ces exp\u00e9riences servent de base \u00e0 ses romans et articles publi\u00e9s dans les grands quotidiens. En 1935, \u00a0alors qu\u2019elle voyage en Asie, elle fait escale \u00e0 Shanghai, \u00e9tape qui durera finalement sept ans. La jeune femme est tomb\u00e9e amoureuse de cette ville multiculturelle. Bien que fr\u00e9quentant la bonne soci\u00e9t\u00e9, elle pr\u00e9f\u00e8re s\u2019installer pr\u00e8s des lieux de prostitution pour nourrir sa soif d\u2019\u00e9criture. Elle noue une premi\u00e8re relation avec le magnat Victor Sassoon, fondateur du Peace Hotel, puis rencontre Shao Xunmei qui va bouleverser sa vie.<\/p>\n<p>N\u00e9 en 1906 \u00e0 Shanghai dans une famille issue de la Chine classique, Shao Xunmei \u00e9tudie \u00e0 Cambridge et \u00e0 Paris aux Beaux-arts. Impressionn\u00e9 par l\u2019effervescence intellectuelle des ann\u00e9es folles, il commence \u00e0 \u00e9crire des po\u00e9sies et devient pour beaucoup le Verlaine chinois, chef de file d\u2019un mouvement de synth\u00e8se entre Est et Ouest. Il est \u00e9diteur de \u00ab\u00a0Shanghai Sketch\u00a0\u00bb, magazine artistique avant-gardiste d\u2019essais et de caricatures d\u2019inspiration surr\u00e9aliste. Il fr\u00e9quente alors Georges Bernard Shaw et le peintre mexicain Miguel Covarrubias.<\/p>\n<p><strong>Une relation \u00e0 trois<\/strong><\/p>\n<p>Shao Xunmei fascine Emily Hahn par son exotisme et sa culture qui synth\u00e9tise \u00e0 ses yeux ce que l\u2019Asie et l\u2019Europe ont de plus excitant. Il ne tardera pas \u00e0 initier Emily \u00e0 l\u2019opium, habitude \u00e0 laquelle l\u2019am\u00e9ricaine s\u2019adonne sans retenue. Sur le plan litt\u00e9raire, les deux artistes collaborent, elle vendant des articles aliment\u00e9s par la vie fascinante de son amant, devenu Mr Pan sous sa plume, et lui se servant de cette relation comme d\u2019un passeport vers le monde occidental. En parall\u00e8le, Emily Hahn s\u2019affiche toujours avec Victor Sassoon, qui lui reproche surtout d\u2019\u201d\u00e9taler sa vie sexuelle sur la place\u201d ou de \u00ab\u00a0devenir trop chinoise\u00a0\u00bb. A cette p\u00e9riode la romanci\u00e8re se prom\u00e8ne accompagn\u00e9e d\u2019un petit singe v\u00eatu d\u2019une redingote qu\u2019elle appelle \u00ab\u00a0Mr Mills\u00a0\u00bb, renfor\u00e7ant encore sa r\u00e9putation d\u2019extravagance. Avec l\u2019entr\u00e9e en guerre du Japon, cette insouciance dispara\u00eet et le r\u00eave interculturel repr\u00e9sent\u00e9 par Shao Xunmei s\u2019effrite. La maison familiale du po\u00e8te est bombard\u00e9e et Emily lui propose un mariage afin de le prot\u00e9ger. Il est d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9 mais la polygamie est autoris\u00e9e par les lois chinoises aussi Emily devient-elle officiellement sa seconde femme. Malgr\u00e9 le parfum de scandale qui entoure cette union, ils vivent ainsi deux ans.<\/p>\n<p>Mais Emily se rend de plus en plus souvent \u00e0 Hong-Kong, attir\u00e9e par un autre homme mari\u00e9, le flamboyant Charles Boxer, sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire de la colonisation portugaise en Asie et \u00e9galement chef du renseignement britannique. Celui-ci sera intern\u00e9 par les Japonais en 1941 puis divorcera \u00e0 la lib\u00e9ration pour \u00e9pouser Emily. Ils auront ensemble une fille mais le caract\u00e8re ind\u00e9pendant de la romanci\u00e8re la conduira finalement \u00e0 vivre \u00e0 New York, laissant Charles Boxer seul en Angleterre. Shao Xunmei, quant \u00e0 lui, sera happ\u00e9 par la tourmente mao\u00efste, travaillera comme traducteur avant de mourir pendant la r\u00e9volution culturelle, us\u00e9 par les privations et brimades.<\/p>\n<p>L\u2019idylle improbable entre Emily Hahn et Shao Xunmei s\u2019inscrit dans une phase intense de l\u2019histoire de la Chine. Les deux personnages vivent alors jusqu\u2019au bout une relation nourrie par une qu\u00eate de modernit\u00e9. M\u00eame si les \u00e9v\u00e9nements historiques ont finalement raison de cette recherche d\u2019absolu, cette relation est la marque d\u2019une p\u00e9riode o\u00f9 les anciens codes volent en \u00e9clats et qui continue pour cela de fasciner.<\/p>\n<p>Pour en savoir plus, je recommande le livre de Taras Grescoe \u00ab\u00a0Shanghai Grand\u00a0\u00bb ou les m\u00e9moires d\u2019Emily Hahn \u00ab\u00a0China to me\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>*Historien-Conf\u00e9rencier<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.chinaworldexplorers.com\">www.chinaworldexplorers.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; S\u2019il est une histoire d\u2019amour qui symbolise, selon moi, les ann\u00e9es 1930 en Chine, c\u2019est bien celle de la<\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":3703,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-3702","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-infos-regionales"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3702","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3702"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3702\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3704,"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3702\/revisions\/3704"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3703"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3702"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3702"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3702"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}