{"id":3507,"date":"2018-09-05T08:32:48","date_gmt":"2018-09-05T07:32:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.traitdunionmag.com\/?p=3507"},"modified":"2018-09-12T08:06:04","modified_gmt":"2018-09-12T07:06:04","slug":"spitzberg-limmensite-vulnerable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/?p=3507","title":{"rendered":"Spitzberg \u2013 l\u2019immensit\u00e9 vuln\u00e9rable"},"content":{"rendered":"<p><em>D\u00e9couvert par l\u2019explorateur hollandais W. Barentsz en 1596, le Svalbard est un archipel situ\u00e9 \u00e0 pr\u00e8s de 800 km au nord de la Norv\u00e8ge, et \u00e0 1.300 km du p\u00f4le Nord. Depuis le trait\u00e9 du Svalbard en 1920, ce territoire est sous gouvernance norv\u00e9gienne. Autrefois terre de pr\u00e9dilection des chasseurs &#8211; \u00e0 la baleine et au morse, puis au phoque ou encore \u00e0 l\u2019ours &#8211; ce territoire a ensuite \u00e9t\u00e9 disput\u00e9 pour l\u2019exploitation d\u2019un charbon de tr\u00e8s grande qualit\u00e9. C\u2019est aujourd\u2019hui un immense espace sauvage, pr\u00e9serv\u00e9, o\u00f9 le r\u00e9chauffement climatique est en train de dessiner de nouveaux enjeux. <\/em><\/p>\n<p><strong>D\u00e9couverte du Spitzberg, la plus grande \u00eele de l\u2019archipel, o\u00f9 selon les saisons, le jour et la nuit sont sans fin\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>Par Isabelle Chabrat<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e, la nature min\u00e9rale, silencieuse et parfois aust\u00e8re s\u2019impose. Aucun arbre au Spitzberg, mais la vie s\u2019accroche avec une faune et une flore malgr\u00e9 tout tr\u00e8s riches.<\/p>\n<p>Situ\u00e9e sur le fjord le plus profond de l\u2019\u00eele, Longyearbyen, capitale du Svalbard avec ses 2.200 habitants et 53 nationalit\u00e9s, concentre l\u2019activit\u00e9 humaine et constitue le point de d\u00e9part des excursions dans ces paysages d\u2019une beaut\u00e9 \u00e9poustouflante.<\/p>\n<p>L\u2019histoire des trappeurs, mais aussi celle des mines de charbon, les deux principales activit\u00e9s qui ont pouss\u00e9 le d\u00e9veloppement de la r\u00e9gion au cours des si\u00e8cles, ne sont jamais bien loin.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9cole, qui accueille 260 enfants, les \u00e9l\u00e8ves participent chaque ann\u00e9e \u00e0 une chasse aux rennes, avec une approche \u00e9ducative pour comprendre d\u2019o\u00f9 vient la nourriture et comment la pr\u00e9parer. Aujourd\u2019hui, un seul trappeur subsiste encore au Spitzberg, qui a choisi de vivre en autonomie totale.<\/p>\n<p>Non loin de la ville, de nombreux chenils de huskys sont install\u00e9s. Ils serviront aux d\u00e9placements en tra\u00eeneau d\u00e8s les premi\u00e8res neiges. Inutile d\u2019avoir une voiture au Spitzberg, la route se limite \u00e0 quelques dizaines de kilom\u00e8tres, les d\u00e9placements se font en bateau en \u00e9t\u00e9, et en scooter des neiges en hiver.<\/p>\n<p>Autre curiosit\u00e9 de taille \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Longyearbyen, la \u00ab\u00a0r\u00e9serve mondiale des semences\u00a0\u00bb est enfouie \u00e0 120 m\u00e8tres de profondeur, afin de conserver et prot\u00e9ger la diversit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique des cultures vivri\u00e8res. Ouverte en 2008, elle contient maintenant plus d\u2019un million d\u2019\u00e9chantillons de graines, provenant de pays aux quatre coins du monde.<\/p>\n<p>Un espace en danger<\/p>\n<p>Des r\u00e8gles tr\u00e8s strictes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies pour la protection de la flore et de la faune, afin que le cycle naturel et la biodiversit\u00e9 puissent se d\u00e9velopper en \u00e9tant tr\u00e8s peu affect\u00e9s par l\u2019activit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Thomas, ancien officier de l\u2019arm\u00e9e norv\u00e9gienne, est aujourd\u2019hui guide pour Base Camp Explorer, une agence qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans l\u2019\u00e9co-tourisme, et \u0153uvre pour la pr\u00e9servation de l\u2019environnement. \u00ab\u00a0C\u2019est bien sur l\u2019espace, la confrontation avec une nature sauvage, l\u2019exp\u00e9rience de la vie en plein air qui m\u2019ont fait venir ici. Mais aussi une volont\u00e9 de m\u2019impliquer face au r\u00e9chauffement climatique. Les changements sont plus rapides au Svalbard qu\u2019ailleurs\u00a0: diminution de la banquise, fonte des glaciers, \u00e9l\u00e9vation de la temp\u00e9rature de la mer et des temp\u00e9ratures ext\u00e9rieures. Cela affecte le cycle naturel\u00a0: par exemple, nous voyons plus souvent des pluies en hiver, qui forment ensuite une couche de glace. Beaucoup plus imp\u00e9n\u00e9trable qu\u2019une couche de neige pour les rennes qui cherchent \u00e0 se nourrir \u2026 Les glaciers r\u00e9gressent \u00e9galement de mani\u00e8re tr\u00e8s visible, le fjord de Longyearbyen ne g\u00e8le plus depuis pr\u00e8s de 20 ans\u00a0\u00bb, explique-t-il. Mais c\u2019est aussi la pollution des oc\u00e9ans qu\u2019il constate ici. \u00ab\u00a0R\u00e9guli\u00e8rement des op\u00e9rations de nettoyage de plages sont organis\u00e9es par le gouverneur du Svalbard, ou par des associations locales. Des plastiques qui ont parfois parcouru des milliers de kilom\u00e8tres, mais aussi des filets de p\u00eache et autres d\u00e9chets g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l\u2019industrie de la p\u00eache sont ramass\u00e9s. Tout cela doit s\u2019arr\u00eater.\u00a0\u00bb, tient-il \u00e0 ajouter.<\/p>\n<p>L\u2019Ursus Maritimus<\/p>\n<p>Comme tous les guides, Thomas est arm\u00e9, une obligation en cas de rencontre fortuite avec les ours polaires. Seul un petit p\u00e9rim\u00e8tre dans Longyearbyen ne n\u00e9cessite pas cette protection, tant l\u2019animal est consid\u00e9r\u00e9 comme impr\u00e9visible.<\/p>\n<p>Ce grand pr\u00e9dateur terrestre, dont la taille varie de 400 \u00e0 800 kilos, est une des premi\u00e8res victimes du r\u00e9chauffement climatique, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9 par des g\u00e9n\u00e9rations de trappeurs pour sa fourrure.<\/p>\n<p>Prot\u00e9g\u00e9s depuis 1973, la population d\u2019ours polaires est estim\u00e9e \u00e0 3.000 au Svalbard, plus que le nombre d\u2019habitants. Une estimation seulement, car les ours en hiver peuvent se rendre au Groenland et sur le territoire russe en passant par les banquises. Ils peuvent ainsi parcourir 50 \u00e0 80 km par jour. Avec le recul des glaces, l\u2019ours polaire voit son territoire de chasse se r\u00e9duire, lui qui se nourrit essentiellement de phoques expos\u00e9s sur la banquise.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs un ours qui a sem\u00e9 la panique \u00e0 l\u2019Isfjord Radio Hotel en juin dernier, en s\u2019introduisant dans le garage et le garde-manger&#8230;et a du \u00eatre d\u00e9log\u00e9 avec l\u2019aide d\u2019un h\u00e9licopt\u00e8re du gouverneur du Svalbard.<\/p>\n<p>Isfjord Radio Station<\/p>\n<p>Avec l\u2019intensification de l\u2019exploitation du charbon et apr\u00e8s le naufrage de cargos russes dans la zone, les autorit\u00e9s norv\u00e9giennes install\u00e8rent en 1933, une nouvelle station radio maritime, \u00e0 Kapp Linn\u00e9, \u00e0 la sortie de l\u2019Isfjord, afin de mieux guider les navires. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9truite apr\u00e8s l\u2019attaque des nazis en 1940, la station a \u00e9t\u00e9 reconstruite et r\u00e9-ouverte apr\u00e8s la guerre. Isfjord Radio est devenue un maillon essentiel des informations m\u00e9t\u00e9o et radio, les communications avec la Norv\u00e8ge continentale, et s\u2019est \u00e9quip\u00e9e au fil des d\u00e9cennies des derni\u00e8res technologies.<\/p>\n<p>Ferm\u00e9e en 2000, n\u2019ayant plus d\u2019utilit\u00e9 face aux nouvelles technologies, elle a \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9e en 2008 par Base Camp Explorer qui l\u2019a transform\u00e9e en boutique h\u00f4tel, accessible uniquement par bateau en \u00e9t\u00e9, et par motoneige en hiver. Une autre option en hiver est d\u2019arriver \u00e0 pied, apr\u00e8s cinq jours de randonn\u00e9e et nuits sous la tente, avec peut-\u00eatre la chance de voir les aurores bor\u00e9ales \u00e9clairer la nuit polaire.<\/p>\n<p>Situ\u00e9e dans un espace naturel vierge et prot\u00e9g\u00e9, Isfjord Radio est une excellente base pour partir \u00e0 la rencontre des baleines, des morses, des phoques, des ours \u2026et observer les sternes arctiques, ces fameux oiseaux migrateurs qui vont du p\u00f4le Nord en \u00e9t\u00e9 au p\u00f4le Sud en hiver, parcourant ainsi plus de 70.000 km par an. La mer de Barents est \u00e0 ce titre une des r\u00e9gions du monde abritant le plus d\u2019oiseaux maritimes.<\/p>\n<p>Bienvenue en Union sovi\u00e9tique<\/p>\n<p>Entre Isfjord Radio et Longyearbyen, se situe Barentsburg, la derni\u00e8re mine russe \u00ab\u00a0officiellement en activit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lors du trait\u00e9 du Svalbard, la Norv\u00e8ge et les pays signataires avaient avalis\u00e9 la possibilit\u00e9 pour des pays tiers d\u2019y exploiter les richesses mini\u00e8res. L\u2019Union sovi\u00e9tique, particuli\u00e8rement apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale, y a maintenu une colonie tr\u00e8s active, essentiellement sur deux villes.<\/p>\n<p>Le site de Barentsburg\u00a0a \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019URSS en 1932, et la ville a accueilli ainsi jusqu\u2019\u00e0 1.000 personnes au plus fort de son activit\u00e9. Tomb\u00e9e aujourd\u2019hui en d\u00e9su\u00e9tude, Baretnsburg reste symboliquement ouverte afin de permettre une pr\u00e9sence russe, compte tenu de l\u2019importance g\u00e9ostrat\u00e9gique de ce poste en Arctique. Le charbon extrait d\u2019une mine sous la mer sert \u00e0 la consommation sur place. Pour cette raison, les quelques centaines d\u2019habitants y trouvent une poste, un h\u00f4tel, un pub, le consulat russe du Svalbard , le buste de L\u00e9nine \u2026et une \u00e9glise \u00e9rig\u00e9e en hommage \u00e0 Pyramiden.<\/p>\n<p>En effet, Pyramiden, autre ville mini\u00e8re mod\u00e8le qui se voulait la vitrine de l\u2019URSS a p\u00e9riclit\u00e9 en 1998 suite \u00e0 un grave accident d\u2019avion qui a d\u00e9cim\u00e9 les habitants. Aujourd\u2019hui la ville fant\u00f4me, et ses monuments phares se visitent, telle l\u2019\u00e9cole ou le centre culturel, quasiment intacts. Quant \u00e0 la Norv\u00e8ge elle n\u2019exploite plus que la mine de charbon num\u00e9ro 7\u00a0: creus\u00e9e \u00e0 plus de trois kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la montagne, elle est le vestige d\u2019une tradition de plus de 100 ans.<\/p>\n<p>De nouveaux enjeux<\/p>\n<p>Pour Thomas, le tourisme ne repr\u00e9sente pas une crainte pour l\u2019environnement tant qu\u2019il est bien g\u00e9r\u00e9. \u00ab\u00a0Il faut vivre avec la nature, mais pas consommer ses ressources. Le tourisme doit \u00eatre contr\u00f4l\u00e9, et r\u00e9gul\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 s\u2019inscrire dans une d\u00e9marche \u00e9co responsable. Il doit \u00eatre con\u00e7u dans une logique de d\u00e9veloppement durable\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise-t-il.<\/p>\n<p>En revanche, le r\u00e9chauffement climatique et la fonte des glaces g\u00e9n\u00e8rent de nouveaux enjeux g\u00e9opolitiques, plut\u00f4t inqui\u00e9tants. \u00ab\u00a0Des opportunit\u00e9s s\u2019ouvrent\u00a0avec la fonte des glaces\u00a0: la zone de p\u00eache s\u2019\u00e9largit, des gisements de p\u00e9trole potentiels peuvent \u00eatre d\u00e9couverts, et de nouvelles routes maritimes peuvent s\u2019ouvrir\u00a0\u00bb, indique le guide norv\u00e9gien.<\/p>\n<p>Raisons qui expliquent la forte pr\u00e9sence d\u2019une communaut\u00e9 scientifique internationale, qui surveille avec passion le silence de l\u2019arctique.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.basecampexplorer.com\/spitsbergen\/\">www.basecampexplorer.com\/spitsbergen\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvert par l\u2019explorateur hollandais W. 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