{"id":2729,"date":"2017-12-05T10:35:45","date_gmt":"2017-12-05T09:35:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.traitdunionmag.com\/?p=2729"},"modified":"2017-12-06T04:31:05","modified_gmt":"2017-12-06T03:31:05","slug":"solo-et-jogjakarta-les-deux-villes-soeurs-de-la-culture-javanaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/?p=2729","title":{"rendered":"Solo et Jogjakarta : Les deux villes s\u0153urs de la culture javanaise"},"content":{"rendered":"<p><em>L&rsquo;\u00eele de Java a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur parmi les prestigieuses cultures de l&rsquo;Asie du Sud-Est. Situ\u00e9e au centre strat\u00e9gique des routes maritimes reliant le sous-continent indien \u00e0 la Chine, Java a \u00e9t\u00e9 ainsi directement influenc\u00e9e par la culture de l&rsquo;Inde, hindouiste puis bouddhiste. L&rsquo;UNESCO a choisi deux sites cl\u00e9s pour illustrer cet h\u00e9ritage: Prambanan et sa culture hindoue et Borobodur de style bouddhiste, tous deux situ\u00e9s dans la sph\u00e8re culturelle de Yogyakarta \u2013 ancienne capitale javanaise. Surakarta (Solo) pr\u00e9sente une autre facette, moins connue, de la brillante culture javanaise. <\/em><\/p>\n<p><strong>Par Christian Sorand<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00eele de Java, sorte de trait d\u2019union entre le monde de l\u2019oc\u00e9an Indien et celui de la ceinture du Pacifique, demeure le c\u0153ur vital de l\u2019archipel indon\u00e9sien, le plus grand de la plan\u00e8te (plus de 13.000 \u00eeles). C\u2019est non seulement l\u2019\u00eele la plus peupl\u00e9e de la nation et du monde (141 millions d\u2019habitants), avec une densit\u00e9 par habitant battant tous les records, mais \u00e9galement un centre \u00e9conomique, politique et culturel. Jakarta, la capitale, au nord-ouest de Java, est une immense m\u00e9tropole chaotique et surpeupl\u00e9e (estim\u00e9e \u00e0 10 millions d\u2019habitants), o\u00f9 les difficult\u00e9s de transport urbain rendent le s\u00e9jour ou la visite lourds \u00e0 g\u00e9rer.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, l\u2019\u00eele de Java offre des sites naturels ou historiques remarquables. La surench\u00e8re de tous ses volcans, la plupart actifs, rappelle l\u2019appartenance du pays \u00e0 la ceinture de feu du Pacifique. Si les secousses sismiques \u2013 \u00e0 l\u2019instar du Japon \u2013 s\u2019int\u00e8grent \u00e0 la vie javanaise, la richesse en min\u00e9raux du sol et le climat \u00e9quatorial humide cr\u00e9ent des paysages exotiques d\u2019une grande beaut\u00e9. Java, comme Bali, rec\u00e8le de magnifiques rizi\u00e8res en terrasses.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le visiteur est \u00e9bloui par l\u2019extraordinaire richesse culturelle de la civilisation javanaise; son art, ses danses, ses monuments, sa musique, ses costumes. M\u00eame s\u2019il est musulman, le Javanais ne peut \u00e9radiquer l\u2019impact d\u2019une culture vieille de plusieurs mill\u00e9naires. Le respect des traditions, la politesse inn\u00e9e, l\u2019accueil de l\u2019\u00e9tranger, sont des signes irr\u00e9futables de ces vieilles civilisations asiatiques, tels que celles du Japon ou de la Tha\u00eflande.<\/p>\n<p>Or, pour lever un voile sur cet h\u00e9ritage sous-jacent, il faut incontestablement se rendre au centre de l\u2019\u00eele de Java, \u00e0 la rencontre de deux cit\u00e9s, ch\u00e8res aux admirateurs de la culture javanaise\u00a0: Surakarta, au nord, et Yogyakarta, au sud. La seconde, plus grande et plus connue, attire de nombreux visiteurs.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, l\u2019humilit\u00e9 asiatique caract\u00e9risant la premi\u00e8re la rend plus attachante gr\u00e2ce \u00e0 son charme surann\u00e9 et discret.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Surakarta (Solo)<\/strong><\/p>\n<p>Il est difficile de dissimuler la premi\u00e8re \u00e9motion d\u00e9gag\u00e9e par l\u2019atmosph\u00e8re de cette jolie cit\u00e9 gardant des proportions humaines, malgr\u00e9 son demi million d\u2019habitants. Construites sur un plan carr\u00e9 traditionnel, ses avenues ombrag\u00e9es, aux vastes trottoirs, invitent \u00e0 la marche, \u00e0 l\u2019indolence \u00e0 la d\u00e9couverte. Solo semble vouloir nous entra\u00eener d\u2019embl\u00e9e dans une sorte de r\u00eave surr\u00e9aliste. Serait-ce le nombre de ses cyclo-pousses\u00a0? Ou bien une circulation automobile plus fluide que de coutume\u00a0? Une nonchalance contagieuse\u00a0? Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019atmosph\u00e8re ambiante s\u2019insinue subrepticement dans les veines du visiteur.<\/p>\n<p>La ville ne manque pas d\u2019int\u00e9r\u00eat. Deux palais sont au c\u0153ur de cette vieille culture javanaise. Kraton Hadiningrat (1675) est un bel exemple de palais javanais [kraton, en malais indon\u00e9sien] avec une touche coloniale europ\u00e9enne. Il a la particularit\u00e9 d\u2019avoir une tour de l\u2019horloge \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de laquelle le sultan aimait m\u00e9diter. En g\u00e9n\u00e9ral, on vient ici pour la visite du site royal, en ignorant totalement le quartier voisin, pourtant si caract\u00e9ristique de la vie javanaise aujourd\u2019hui encore\u00a0: ruelles color\u00e9es, jolies maisonnettes, jardins et quelques exemples de sculptures ou de peintures murales inspir\u00e9es par l\u2019hindouisme. Le second palais est plus r\u00e9cent. M\u00eame si Kraton Mangkunegaran (1757) est d\u2019apparence plus flamboyante, son agencement et ses collections refl\u00e8tent l\u2019h\u00e9ritage colonial hollandais d\u2019inspiration javanaise. Pour les chineurs, le centre artisanal, \u00e0 proximit\u00e9 de ce palais, est un vrai r\u00e9gal \u00e0 condition de marchander les prix avec la plus grande fermet\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>La partie plus moderne de Solo poss\u00e8de un beau march\u00e9 typique\u00a0: Pasar Gere. L\u2019h\u00f4tel de ville, aussi moderne qu\u2019il puisse \u00eatre, vaut le d\u00e9placement pour ses boiseries inspir\u00e9es de l\u2019art traditionnel. En outre, Solo est un centre de confection du batik de premier ordre. Le mus\u00e9e du batik Damar Hadi, unique au monde, est un lieu absolument \u00e9blouissant. Le parc Sriwedari, un peu plus loin sur cette m\u00eame avenue est \u00e9galement un site \u00e0 retenir. La capitale r\u00e9gionale de Yogyakarta est seulement \u00e0 une soixantaine de kilom\u00e8tres au sud de Solo. Le train offre une alternative judicieuse pour s\u2019y rendre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Yogyakarta (Jogja)<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019ancienne capitale de Java, Yogyakarta, n\u2019a plus le charme paisible de Solo. C\u2019est aujourd\u2019hui une ville de trois millions et demi d\u2019habitants n\u2019\u00e9chappant pas aux probl\u00e8mes end\u00e9miques de surpopulation et \u00e0 une insuffisance d\u2019infrastructure. Son a\u00e9roport international en fait un site touristique de premi\u00e8re importance, car on y vient aussi pour les sites de Prambanan et de Borobodur situ\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9.<\/p>\n<p>Le quartier jouxtant le palais du sultan garde toutefois ses caract\u00e9ristiques javanaises. Certaines boutiques ont conserv\u00e9 la tradition du travail de l\u2019argent, ou encore la fabrication des figurines en peau du \u00ab\u00a0wayang kulit\u00a0\u00bb, le th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres\u00a0[wayang signifie \u2018ombre\u2019 et kulit, veut dire \u2018peau\u2019 ou \u2018cuir\u2019]; celle du \u00ab\u00a0wayang golek\u00a0\u00bb, le th\u00e9\u00e2tre de marionnettes [golek, en indon\u00e9sien]. Il existe d\u2019ailleurs une troisi\u00e8me forme de repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale appel\u00e9e \u00ab\u00a0wayang orang\u00a0\u00bb, jou\u00e9e par des acteurs en chair et en peau [orang, veut dire \u2018homme\u2019] et repr\u00e9sentant des sc\u00e8nes du Ramayana ou du Mahabharata. Le Kraton, ici, d\u00e9signe tout simplement le palais du sultan, encore habit\u00e9. La coutume veut que le sultan de Jogja soit aussi le gouverneur de la ville. Dans le palais, la salle du tr\u00f4ne est particuli\u00e8rement belle; on y trouve un pavillon r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019orchestre du \u00ab\u00a0gamelan\u00a0\u00bb. Cet orchestre, compos\u00e9 essentiellement de percussions, appartient aux cultures javanaise et balinaise. Une autre sp\u00e9cialit\u00e9 culturelle de Yogyakarta est la fabrication du \u00ab\u00a0kris\u00a0\u00bb, le c\u00e9l\u00e8bre poignard javanais aux vertus quasiment magiques et v\u00e9n\u00e9r\u00e9 comme tel. \u00c0 l\u2019instar de Solo, la confection du \u00ab\u00a0batik\u00a0\u00bb rev\u00eat une grande place \u00e9galement. Certaines demeures du quartier royal du Kraton ont conserv\u00e9 leur architecture typiquement javanaise. Le ch\u00e2teau d\u2019eau de Taman Sari, avec ses fontaines et ses bassins, reste le lieu le plus embl\u00e9matique de Jogja. Construit au XVIIIe si\u00e8cle pour le sultan et sa famille, c\u2019\u00e9tait un jardin royal destin\u00e9 \u00e0 la baignade. Il est ensuite devenu un lieu secret comportant des appartements et m\u00eame une mosqu\u00e9e souterraine v\u00e9ritable d\u00e9dale composant un curieux village que l\u2019on peut parcourir \u00e0 pied. La partie sup\u00e9rieure est aujourd\u2019hui investie par de nombreux artistes locaux.<\/p>\n<p>La vaste place publique appel\u00e9e Alun-alun, version javanaise du \u00ab\u00a0Green\u00a0\u00bb britannique, s\u00e9pare la ville royale de la ville moderne vers Jalan Malioboro [jalan, veut dire rue], la grande art\u00e8re commerciale de la ville.<\/p>\n<p>Jogja est avant tout le point de d\u00e9part pour la visite de ses alentours, domin\u00e9 par le c\u00f4ne du Merapi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les environs de Yogyakarta<\/p>\n<p>Le Merapi (2.930m) est un volcan actif avec de fr\u00e9quentes \u00e9ruptions. En indon\u00e9sien, api est le \u2018feu\u2019, alors que le terme mer est l\u2019abr\u00e9viation de la montagne sacr\u00e9e indienne, le mont Meru. Son nom signifie donc \u00ab\u00a0la montagne de feu\u00a0\u00bb. Le terme \u2018volcan\u2019 se traduit d\u2019ailleurs par Gunung Api. Sa silhouette domine la plaine environnante autour de Jogja et fait l\u2019objet d\u2019une excursion dans les environs de la ville.<\/p>\n<p>Deux autres sites c\u00e9l\u00e8bres se trouvent \u00e0 proximit\u00e9 de Jogja. Le plus proche est l\u2019ensemble de Prambanan. Le plus visit\u00e9 demeure cependant le temple de Borobodur.<\/p>\n<p>Candi Prambanan (candi est le terme d\u00e9signant un \u2018temple\u2019) est un vaste ensemble hindouiste datant du IXe si\u00e8cle). Le sanctuaire principal est d\u00e9di\u00e9 aux trois formes de la divinit\u00e9 indienne: Brahma, le cr\u00e9ateur, Vishnou, le gardien, et Shiva, le destructeur. Chacun de ces trois \u00e9difices est consacr\u00e9 \u00e0 une divinit\u00e9. La plus haute structure est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Shiva (47 m\u00e8tres de haut). De chaque c\u00f4t\u00e9, on trouve deux autres structures plus basses (33 m\u00e8tres de haut), l\u2019une pour Brahma et l\u2019autre pour Vishnou. Il est int\u00e9ressant de noter que c\u2019est celle du destructeur qui est la plus \u00e9lev\u00e9e. Quand on sait que la forme traditionnelle arrondie du temple indien repr\u00e9sente le mont Meru, on peut y voir une relation directe avec la proximit\u00e9 du Gunung Merapi. L\u2019ensemble a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 au patrimoine mondial de l\u2019Unesco en 1991.<\/p>\n<p>Parmi les hauts sites iconiques d\u2019Asie comme le Taj Mahal (Agra), le temple du Ciel (Beijing), Angkor Wat (Siem Reap), la pagode Shwedagon (Yangon), le Grand Palais (Bangkok), on trouve bien s\u00fbr Candi Borobodur parmi les lieux \u00e0 voir absolument. Ce temple du bouddhisme mahayana, le plus grand du monde, date \u00e9galement du IXe si\u00e8cle. Le plan symbolique comporte neuf plateformes (chiffre hautement significatif dans la spiritualit\u00e9 asiatique)\u00a0: six de forme carr\u00e9e et trois de forme circulaire. Le tout est surmont\u00e9 d\u2019un d\u00f4me central entour\u00e9 par 72 statues de Bouddha assis \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un stupa perfor\u00e9. De cette plateforme sup\u00e9rieure, on jouit d\u2019une vue \u00e0 360\u00ba sur la campagne environnante. Cet \u00e9tonnant ensemble architectural est \u00e9galement inscrit au patrimoine mondial de l\u2019Unesco depuis 1991.<\/p>\n<p>L\u2019archipel indon\u00e9sien offre une panoplie de lieux naturels ou historiques extraordinaires \u00e0 d\u00e9couvrir allant de Sumatra \u00e0 l\u2019ouest, jusqu\u2019\u00e0 la province d\u2019Irian-Jaya (la Nouvelle-Guin\u00e9e) \u00e0 l\u2019est. Si l\u2019\u00eele hindouiste de Bali draine le plus de visiteurs par sa renomm\u00e9e internationale, l\u2019\u00eele de Java n\u2019en demeure pas moins un lieu tout aussi fascinant et diversifi\u00e9. Solo et Jogja repr\u00e9sentent le c\u0153ur culturel d\u2019une \u00eele qui n\u2019a jamais cess\u00e9 de faire parler d\u2019elle depuis la Pr\u00e9histoire jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bibliographie<\/p>\n<ul>\n<li>Indonesia, Globetrotter Travel Guide, Janet Cochrane &amp; Debbie Martyr, New Holland Publishers, London, 2013, ISBN: 978-1-78009-389-5<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sources: Wikipedia \/ Lonely Planet \/ Solocity Travel \/ UNESCO<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00eele de Java a jou\u00e9 un r\u00f4le majeur parmi les prestigieuses cultures de l&rsquo;Asie du Sud-Est. 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