{"id":2510,"date":"2017-09-04T11:24:29","date_gmt":"2017-09-04T10:24:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.traitdunionmag.com\/?p=2510"},"modified":"2017-09-05T10:02:33","modified_gmt":"2017-09-05T09:02:33","slug":"marrakech-oasis-de-lumiere-a-lombre-du-haut-atlas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.traitdunionmag.com\/?p=2510","title":{"rendered":"Marrakech : oasis de lumi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;ombre du Haut Atlas"},"content":{"rendered":"<p><em>Peu de lieux offrent un paysage de d\u00e9sert et de pics enneig\u00e9s. Or, si l&rsquo;on ajoute \u00e0 ce tableau un zeste d&rsquo;atmosph\u00e8re color\u00e9e, saupoudr\u00e9e de folklore, alors on obtient un \u00e9tonnant cocktail: voici bross\u00e9e en quelques coups de pinceau, Marrakech, l\u2019ensorceleuse. Une cit\u00e9 tout aussi fascinante qu&rsquo;Istanbul et rendue insolite en hiver par un arri\u00e8re-fond de hautes montagnes faisant miroiter leur blancheur immacul\u00e9e au soleil de l&rsquo;Afrique du Nord.<\/em><\/p>\n<p><strong>Par Christian Sorand<\/strong><\/p>\n<p>Le mar\u00e9chal Lyautey qualifiait le Maroc de \u00ab\u00a0pays froid, o\u00f9 le soleil est chaud\u00a0\u00bb. Cela sied \u00e0 Marrakech, l\u2019hiver venu\u00a0! Winston Churchill aimait venir se ressourcer \u00e0 la Mamounia, et Yves Saint-Laurent avait tout simplement plant\u00e9 son cocon dans la verdure exotique du jardin Majorelle. Marrakech est un site difficile \u00e0 appr\u00e9hender. Il est pr\u00e9f\u00e9rable de s\u2019y poser pour jouir des d\u00e9lices de l\u2019air et du plaisir des yeux. C\u2019est alors qu\u2019on en vient \u00e0 se poser la question de savoir s\u2019il existe d\u2019autres endroits tout aussi envo\u00fbtants\u00a0?<\/p>\n<p>Ville berb\u00e8re rythmant au son des tambourins et des cr\u00e9celles de la place Jem\u00e2a el-Fna, aux palais secrets jalonnant les ruelles de la m\u00e9dina, aux palmiers que la brise venue de l\u2019Atlas fait frissonner, aux effluves des parfums et des \u00e9pices \u00e9veillant les sens. Marrakech est tout cela\u00a0: unique, envo\u00fbtante, et toujours admirable. On y vient. On en repart en effleurant le r\u00eave d\u2019y revenir un jour prochain.<\/p>\n<p><strong>Seule et unique capitale berb\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>Surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0la ville rouge\u00a0\u00bb, Marrakech doit sa renomm\u00e9e \u00e0 une position strat\u00e9gique exceptionnelle. Dans une contr\u00e9e \u00e0 dominante berb\u00e8re, elle tire son nom du Tamazight (langue berb\u00e8re) Murrakus, \u00ab\u00a0la terre de Dieu\u00a0\u00bb [mur, pays\u00a0; akus, Dieu]. La d\u00e9formation portugaise de son nom, Marrocos, est devenue celle de tout un pays, le Maroc. Le commerce transsaharien a fait d\u2019elle le terminus caravanier en provenance de Tombouctou. Cet axe nord-sud repr\u00e9sente un maillon intemporel entre l\u2019Afrique du Nord et de l\u2019Ouest. Une autre ethnie berb\u00e8re, celle des Touareg a toujours jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans ce n\u00e9goce africain.<\/p>\n<p>Marrakech a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en l\u2019an 1071 par Youssef ibn-Tachfir, instigateur de l\u2019empire berb\u00e8re des Almoravides.<\/p>\n<p>En 1147, l\u2019islam orthodoxe des Almohades succ\u00e8de aux Almoravides, cr\u00e9ant une brillante dynastie qui r\u00e9gnera sur le Maghreb et al-Andalus (l\u2019Andalousie) du XIe au XIIe si\u00e8cle. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque du c\u00e9l\u00e8bre Averro\u00e8s (1126 \u20131198), tout \u00e0 la fois, philosophe, th\u00e9ologien, juriste et m\u00e9decin.<\/p>\n<p>B\u00e2ti au XIIe, le minaret de la Koutoubia, haut de 77m, est devenu l\u2019embl\u00e8me de la ville. Il a servi de mod\u00e8le \u00e0 la Giralda de S\u00e9ville et \u00e0 la tour Hassan de Rabat. Les jardins de l\u2019Agdal (1156) portent l\u2019empreinte almohade. Le jardin Menara, construit autour d\u2019un bassin d\u2019irrigation et plant\u00e9 d\u2019oliviers, remonte aussi \u00e0 cette \u00e9poque. En 1269, la dynastie des M\u00e9rinides s\u2019empare de la ville. L\u2019historien arabe contemporain Ibn Khaldoun (1323 \u20131406) d\u00e9crit les troubles de ce r\u00e8gne implant\u00e9 du XIIe au XVe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Puis, Marrakech devient la capitale de l\u2019empire saadien au d\u00e9but du XVIe. Cette brillante dynastie \u00e9tait originaire de la vall\u00e9e du Dr\u00e2a et a r\u00e9gn\u00e9 sur le Maroc du XVIe au XVIIe. Le palais El-Badi, r\u00e9plique de l\u2019Alhambra de Grenade, construit sous le r\u00e8gne d\u2019Ahmed El-Mansour (1549-1603), appartient \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Cette dynastie a \u00e9galement l\u00e9gu\u00e9 deux autres sites \u00e0 la ville\u00a0: la m\u00e9dersa Ben Youssef (XVe), et les tombeaux saadiens (XVIe). Au XVIIe si\u00e8cle, la dynastie alaouite succ\u00e8de aux Saadiens, formant le royaume ch\u00e9rifien. Au XXe, durant la p\u00e9riode coloniale du protectorat fran\u00e7ais, la \u00ab\u00a0ville rouge\u00a0\u00bb retrouve son prestige\u00a0: un noble berb\u00e8re, Thami El Glaoui, devient pacha de Marrakech.<\/p>\n<p><strong>Les incontournables<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019hiver, depuis l\u2019une des terrasses du palais El Badi, on peut voir la cha\u00eene enneig\u00e9e du Haut Atlas, domin\u00e9e par le Jebel Toubkal (4.167m), le plus haut sommet d\u2019Afrique du Nord. On y d\u00e9couvre aussi la ville historique, entour\u00e9e de son enceinte de 10 kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p>Depuis 1985, la m\u00e9dina de Marrakech est inscrite au patrimoine mondial de l\u2019UNESCO. Ce gigantesque entrelacs de ruelles et de commerces h\u00e9t\u00e9roclites regorge de merveilleux palais, souvent \u00e9difi\u00e9s dans le style des Omeyyades par de riches artisans venus de Cordoue ou de S\u00e9ville. Parfois, s\u2019y m\u00e9langent des \u00e9l\u00e9ments sahariens ou ouest-africains, comme pour la maison Tiskwin abritant le mus\u00e9e Bert-Flint (XXe).<\/p>\n<p>Parmi les palais-mus\u00e9es, il en existe trois \u00e0 voir absolument. Le plus vaste et le plus connu est le palais de la Bahia (\u00ab\u00a0la brillante\u00a0\u00bb, du XIXe) Il se compose de trois ensembles\u00a0: le petit riad, la petite cour, et le harem. C\u2019est l\u2019un des chefs-d\u2019\u0153uvre de l\u2019art mauresque. Le deuxi\u00e8me est un vaste palais oriental \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re plus froide, devenu le mus\u00e9e d\u2019Art islamique de Marrakech (XXe). L\u2019architecture de la salle de r\u00e9ception laisse les visiteurs pantois. Il existe un autre charmant palais \u00e0 proximit\u00e9 de la Bahia. Dar Si Sa\u00efd (XIXe) est de style un peu moins exub\u00e9rant, mais rev\u00eat une atmosph\u00e8re plus intimiste.<\/p>\n<p>Une autre ruelle de la m\u00e9dina, rec\u00e8le \u00e9galement un joli palais, assez peu connu, et pourtant fort int\u00e9ressant\u00a0: Dar Mnebhi (XIXe), abritant le mus\u00e9e de Marrakech. Ses collections pr\u00e9sentent la vie et les objets usuels des Marrakchis. B\u00e2tie dans le style d\u2019un riad, cette maison traditionnelle, toujours habit\u00e9e, est \u00e9difi\u00e9e autour d\u2019une cour centrale. Cerise sur le g\u00e2teau, de la terrasse, on jouit d\u2019une vue exceptionnelle sur les toits de la m\u00e9dina et la maison offre un th\u00e9 \u00e0 la menthe depuis sa petite buvette panoramique, pr\u00e9sentant une belle collections de jarres marocaines\u00a0!<\/p>\n<p>La m\u00e9dersa Ali ben Youssef (XIVe), est un autre lieu \u00e0 ne pas manquer. La grande cour int\u00e9rieure \u00e9voque l\u2019art d\u2019al-Andalus et a conserv\u00e9 un admirable mihrab.<\/p>\n<p>En marge de la m\u00e9dina, non loin du palais de la Bahia, l\u2019ancien Mellah juif est un autre lieu \u00e0 voir. On y visite la synagogue Azama, fond\u00e9e en 1492, par une communaut\u00e9 juive expuls\u00e9e d\u2019Espagne y habitant toujours. Quant au cimeti\u00e8re juif Mia\u00e2ra, il est situ\u00e9 aux portes ext\u00e9rieures du Mellah.<\/p>\n<p><strong>La cit\u00e9 du go\u00fbt et des parfums orientaux<\/strong><\/p>\n<p>Hormis sa richesse culturelle, Marrakech abrite les secrets d\u2019un pouvoir ensorceleur qui se lib\u00e8re \u00e0 pied et l\u2019insolite est assur\u00e9. C\u2019est tant\u00f4t une porte, un objet, une sc\u00e8ne de rue inattendue, une venelle myst\u00e9rieuse conduisant les plus aventureux \u00e0 d\u2019\u00e9tonnantes d\u00e9couvertes. \u00c9choppes, palais, minarets, hammams, passages secrets, font le charme de la m\u00e9dina, ne laissant jamais indiff\u00e9rent l\u2019\u0153il du visiteur.<\/p>\n<p>Une pi\u00e8ce de Shakespeare \u00e9voque \u00ab\u00a0tous les parfums d\u2019Orient\u00a0\u00bb. Cette image illustre \u00e0 merveille ce lieu qui \u00e9veille sans cesse le sens olfactif. Ce sont des effluves de toutes sortes\u00a0: tant\u00f4t celles d\u2019un marchand de fragrances orientales, rappelant l\u2019origine \u00e9gyptienne du parfum\u00a0; tant\u00f4t celles d\u2019\u00e9pices\u00a0: le cumin, le safran, la cardamome, le clou de girofle, la cannelle, et tant d\u2019autres encore. Joliment dispos\u00e9s, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019une boutique, ils forment des c\u00f4nes de couleurs vives, provoquant une fascination oculaire.<\/p>\n<p>\u00c0 Marrakech, il faut aimer s\u2019asseoir \u00e0 la terrasse d\u2019un troquet, en sirotant un th\u00e9 \u00e0 la menthe, et en regardant le spectacle de la rue. Car la \u00ab\u00a0ville rouge\u00a0\u00bb est un th\u00e9\u00e2tre permanent, dans lequel on devient un acteur passif, totalement subjugu\u00e9 par les jeux de sc\u00e8ne, les bruits, les odeurs. Cet \u00e9veil des sens permanent inclut celui du go\u00fbt. Nul n\u2019est besoin d\u2019aller dans de grands restaurants ayant pignon sur rue. On peut tout simplement s\u2019asseoir \u00e0 la table d\u2019un petit restaurant local et savourer les d\u00e9lices de la cuisine marocaine\u00a0: une harira (soupe), une pastilla au poulet ou au pigeon, un couscous aux l\u00e9gumes, \u00e0 la viande, ou le sublime couscous royal. Et que dire d\u2019un succulent tajine au poulet et au citron, saupoudr\u00e9 d\u2019amandes\u00a0? Et quand arrive le moment des douceurs sucr\u00e9es, il est difficile de choisir parmi tous les g\u00e2teaux au miel, mais il faut surtout go\u00fbter l\u2019une de ces croustillantes \u00ab\u00a0cornes de gazelle\u00a0\u00bb\u00a0! On pourrait ajouter bien d\u2019autres plats \u00e0 cette liste, tant la cuisine y est riche et vari\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<p>Et si apr\u00e8s une promenade dans les jardins exotiques de Majorelle, en \u00e9voquant la m\u00e9moire d\u2019YSL, on retourne \u00e0 la place Jem\u00e2a el-Fna, alors on se retrouve plong\u00e9 dans la f\u00e9erie magique de ce que l\u2019on imagine \u00eatre la cour des miracles. Le soir surtout, cette gigantesque place, c\u0153ur battant de la ville, s\u2019anime en offrant l\u2019un des plus extraordinaires tableaux qu\u2019il soit donn\u00e9 de voir partout ailleurs. \u00c0 l\u2019\u00e9veil de tous les sens vient s\u2019ajouter celui des yeux subjugu\u00e9s par un tel spectacle. Les badauds attroup\u00e9s autour des conteurs, les porteurs d\u2019eau (guerrab), les charmeurs de cobras et autres vip\u00e8res \u00e0 cornes, les bonimenteurs de charmes et de poudres aux dons divers, les cr\u00e9celles des danseurs sahariens, les acrobates, les diseurs de bonne aventure\u00a0: existe-t-il un autre lieu\u00a0semblable\u00a0? Il faut venir vivre ce spectacle pour en \u00e9prouver la fascination\u00a0! C\u2019est \u00e0 cet instant- l\u00e0, que l\u2019on r\u00e9alise l\u2019envo\u00fbtement suscit\u00e9 par cette ville unique.<\/p>\n<p>Avec plus d\u2019un million d\u2019habitants, Marrakech est devenue la quatri\u00e8me agglom\u00e9ration du royaume ch\u00e9rifien apr\u00e8s Casablanca, F\u00e8s et Tanger. Sa beaut\u00e9, son glorieux pass\u00e9, l\u2019exotisme d\u2019un m\u00e9lange berb\u00e8re, arabe et saharien, son climat attirent les touristes du monde entier, comme en t\u00e9moignent l\u2019architecture du nouvel a\u00e9roport de Marrakech-M\u00e9nara ou encore celui de la grande gare ferroviaire. De prestigieux h\u00f4tels offrent un confort exceptionnel. Dans le quartier moderne de l\u2019Hivernage, la prestigieuse Mamounia, n\u2019est pas seulement l\u2019h\u00f4tel le plus luxueux d\u2019Afrique, mais il est aussi class\u00e9 sixi\u00e8me au monde.<\/p>\n<p>Marrakech est \u00e9galement le th\u00e9\u00e2tre de manifestations culturelles majeures\u00a0: le festival des Arts populaires (juillet), le festival international du film (d\u00e9cembre), ou encore le Marrakech du Rire cr\u00e9\u00e9 et anim\u00e9 par l\u2019humoriste Jamel Debbouze.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi la \u201cville rouge\u201d est devenue l\u2019un des hauts lieux incontestables du tourisme international.<\/p>\n<p>Bibliographie<\/p>\n<ul>\n<li>Le Maroc, Guide vert Michelin, Clermont-Fd, 1974<\/li>\n<li>Marrakesh, by Jessica Lee, Lonely Planet, 3rd edition-August 2015<\/li>\n<li>Le Mus\u00e9e berb\u00e8re, \u00e9ditions du Jardin Majorelle, Marrakech<\/li>\n<li>Canetti, Elias, Les voix de Marrakech, \u00e9ditions Albin Michel, 1980<\/li>\n<\/ul>\n<p>Liens<\/p>\n<ul>\n<li>Wikipedia<\/li>\n<li>https:\/\/chaiwallay.wordpress.com\/<\/li>\n<li>www.medersa-ben-youssef.com<\/li>\n<li>www.universalis.fr\/<\/li>\n<li>https:\/\/theculturetrip.com\/<\/li>\n<li>www.palais-el-badi.com<\/li>\n<li>www.cityzeum.com\/<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peu de lieux offrent un paysage de d\u00e9sert et de pics enneig\u00e9s. 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