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Guerre en Iran : les Iraniens de Hong Kong entre inquiétude et mobilisation

Behzad Mirzaei est Iranien. Cet homme d’affaires vit à Hong Kong depuis 28 ans où il préside une association qui promeut les richesses de la culture perse. Le 28 février dernier, il devait se rendre en Iran pour retrouver sa mère qui vit à Téhéran mais la guerre a éclaté et les frontières se sont fermées.

Propos recueillis par Anne-Claire Poignard

A quoi ressemble le quotidien de votre mère en ce moment ?

C’est compliqué. Elle a 80 ans, elle vit seule dans un appartement situé au 4e étage. A chaque bombardement, son immeuble tremble. Elle a peur en permanence. Il n’y a pas d’abri dans les sous-sols pour se protéger en cas d’alerte. Elle souffre d’un problème au genou, elle ne peut pas marcher. Fuir vers une autre ville est quasiment impossible. Pour l’instant, il ne semble pas y avoir de pénurie dans les magasins, elle a des denrées en stock mais on est inquiets.

Vous parvenez à communiquer régulièrement ?

Les appels internationaux sont bloqués. Je n’entends la voix de ma mère qu’à travers des messages vocaux. Nous échangeons via un intermédiaire. J’envoie un message d’une minute ou deux à un ami en Iran. Il transfère mon message à ma mère. Elle enregistre à son tour un message, le transmet à mon contact qui le relaie vers moi. Nous faisons cela une fois par jour.

Vous deviez vous rendre en Iran fin février ?

Oui juste avant la guerre, je comptais y aller. J’attendais la fin du Nouvel An chinois. Le 28 février, j’avais prévu d’acheter le billet mais ce jour-là, la guerre a éclaté et tout s’est arrêté. Depuis je vis dans l’angoisse qu’il arrive quelque chose à ma mère. Elle est la seule personne qu’il me reste en Iran avec un oncle. Je fais des cauchemars. Je la vois hurler. Tout est sombre. Elle me demande de l’aide. Je dors très mal. Qui va aider ma mère ? Tout le monde est en crise. Qui veut donner la priorité à une vieille dame de 80 ans ? Il y a d’autres urgences dans le pays ! Je suis désespéré. Honnêtement, je suis assis ici tous les jours à attendre que la guerre s’arrête.

Le début de cette guerre a été une surprise pour vous et vos proches ?

Cela été une surprise totale. Un choc. Je pense que personne ne s’y attendait, surtout ces derniers mois car il y avait des négociations en cours avec les Etats-Unis. La population n’était pas préparée. Il y a peu d’abris. Le métro est devenu un refuge à Téhéran.

L’autre défi pour vous c’est de rester informé sur ce qui se passe ?

C’est très difficile d’avoir une information fiable. Où est la vérité ? Qui dois-je croire ? On reçoit des informations contradictoires en permanence.

A Hong Kong votre communauté se mobilise ?

A Hong Kong, nous sommes une petite communauté de moins de 500 personnes. A travers l’association, je pense que c’est un devoir d’aider. On peut collecter de l’argent, de la nourriture mais ensuite comment faire pour envoyer ces dons sans Internet et sans connexion ?

Dans ce conflit, la Chine cultive une approche diplomatique prudente malgré ses liens avec l’Iran. Qu’en pensez-vous ?

Honnêtement, je n’ai aucun commentaire à ce sujet. La politique a ses propres règles et son propre agenda. Je vis l’histoire à hauteur d’homme et comme de nombreux Iraniens, je n’espère qu’une seule chose c’est que la guerre s’arrête.

Comment voyez-vous l’avenir pour votre pays ?

La majorité des Iraniens veulent leur souveraineté. Ils veulent que personne ne touche à la terre. Nous sommes une très grande nation. Les gens sont éduqués. Les Iraniens savent comment gérer leur propre avenir, leur avenir politique, mais ils ont besoin de temps.

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