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French May 2026 : Quand la Joconde rencontre DJ Snake

À l’occasion de la 33e édition du French May Art Festival, placée sous le thème Re/naissance, Hong Kong s’apprête à vibrer au rythme de plus de 100 événements mêlant art, musique, danse, cinéma, expériences immersives et gastronomie. Depuis plus de trente ans, le French May s’impose comme un pont culturel majeur entre la France et Hong Kong. Pour évoquer les temps forts de cette édition 2026 et les ambitions du festival, rencontre avec son directeur, Xavier Mahé.

Propos recueillis par Catya Martin

Le thème 2026, Re/naissance, que signifie-t-il pour vous et comment se traduit-il concrètement dans la programmation ?

Xavier Mahé : Chaque édition du festival est une renaissance, dans le sens où nous cherchons constamment à nous renouveler : aller à la rencontre de nouveaux publics, inventer de nouvelles formes, nous réinventer chaque année. C’est cela, une renaissance. L’une des thématiques fortes cette année est également le dialogue entre traditions et modernité, notamment à travers l’exposition Meet Mona Lisa and Portraying the Renaissance.

Le French May évolue, mais il conserve tout de même son ADN…

Bien sûr. Se renouveler ne signifie pas renier son identité. L’ADN du French May, c’est d’abord d’être un festival pluridisciplinaire : expositions, concerts — du classique au contemporain — cinéma, danse, cirque, gastronomie…
Nous voulons être un festival multiforme, accessible au plus grand nombre. Cela signifie sortir des salles traditionnelles, investir les territoires — comme à Sha Tin cette année — ou proposer des spectacles familiaux gratuits dans des espaces ouverts, accessibles à tous. Cette volonté d’ouverture fait partie intégrante de notre identité.

Le festival attire en moyenne plus de 400 000 visiteurs chaque année. Comment maintenez-vous l’équilibre entre exigence artistique et accessibilité ?

C’est peut-être une particularité française : considérer qu’on peut être exigeant artistiquement tout en touchant un large public.
Le cirque en est un bon exemple : c’est un art populaire, familial, mais aussi profondément poétique. La culture pour tous, voilà notre ambition.

En quoi le French May reflète-t-il les relations culturelles entre Hong Kong et la France ?

Le French May n’est pas simplement un festival de culture française à Hong Kong. C’est un moment d’échange, de dialogue et de rencontre entre la France et Hong Kong.
Nous invitons des artistes français, bien sûr, mais aussi des artistes hongkongais à partager la scène. La France elle-même est une terre d’accueil pour les artistes du monde entier. Le festival reflète cette ouverture.

L’exposition immersive consacrée à la Joconde mêle œuvres patrimoniales et technologie numérique. Pourquoi ce choix ?

Après deux années d’expositions à M+, nous souhaitions cette année changer d’approche, investir un autre lieu et toucher un public encore plus large, notamment les familles.
Cette exposition associe œuvres de la Renaissance et expérience numérique immersive, tout en conservant une forte exigence scientifique : le commissaire principal est celui du Louvre.
L’objectif n’est pas simplement de proposer une expérience immersive, mais d’enrichir la compréhension de l’œuvre. On découvre les différentes couches picturales, les techniques de Léonard de Vinci, l’histoire de la Joconde… On ressort de l’exposition en ayant véritablement appris.

Le numérique transforme-t-il durablement la diffusion de l’art classique ?

Oui, sans aucun doute. Le numérique devient un outil créatif à part entière. Même l’opéra s’y met. C’est un moyen de renouveler les formes artistiques et d’attirer de nouveaux publics.
À Hong Kong, les habitudes ont évolué. Il faut toucher différemment ceux qui ne sont pas nécessairement des spécialistes de musique classique ou d’art.

Le concert de DJ Snake au Victoria Harbour marque une ouverture vers la culture électronique et urbaine. Est-ce stratégique ?

Oui, c’est une nouveauté. Accueillir plus de 5 000 personnes pour un concert électronique au Harbourfront, c’est élargir notre audience.
Le French May s’inscrit aussi dans une dynamique régionale. Nous travaillons étroitement avec le gouvernement de Hong Kong, qui soutient le festival en tant que « mega event », afin d’attirer des visiteurs de Chine continentale et d’Asie. Le soutien financier accordé à l’exposition et au concert de DJ Snake permet d’amplifier cette ambition.

Comment sélectionnez-vous les artistes internationaux tout en intégrant la scène locale ?

C’est un pari à chaque fois. Mais les artistes français acceptent volontiers de partager la scène avec des artistes hongkongais. Cela crée des expériences uniques.
Nous cherchons aussi des artistes ayant une résonance particulière ici. Par exemple, Youn Sun Nah, grande chanteuse de jazz coréenne installée à Paris, incarne parfaitement ce dialogue culturel.

Avec une programmation allant de la Joconde à DJ Snake, comment maintenir une cohérence ?

La cohérence vient de l’intention : proposer des expériences différentes de celles des tournées classiques. Inviter des artistes à collaborer localement, choisir des œuvres qui ont un écho particulier à Hong Kong, c’est cela qui crée le fil conducteur.

Parmi les 100 événements, lesquels incarnent le mieux l’esprit du festival ?

C’est une question difficile ! Le French May est avant tout une communauté d’associations, d’artistes et de partenaires.
L’exposition Mona Lisa illustre notre exigence scientifique et notre originalité immersive.Youn Sun Nah incarne, elle, la France comme terre d’accueil artistique. Et c’est une immense artiste, qui chante en français, en anglais et en coréen.

La gastronomie occupe également une place importante avec le French GourMay, consacré cette année à la Savoie. Pourquoi cette dimension culinaire ?

La gastronomie est un art à part entière, et c’est une spécificité française forte.
Nous renforçons la synergie entre culture et gastronomie : conférences de presse communes, événements croisés… L’année prochaine, nous irons encore plus loin dans la collaboration entre chefs et artistes.

Le soutien du Hong Kong Jockey Club et du gouvernement est-il déterminant ?

Absolument. Leur soutien financier permet d’amener à Hong Kong des œuvres exceptionnelles que nous ne pourrions pas présenter autrement.
Il permet aussi de maintenir une politique d’accessibilité. Certaines expositions, comme celle consacrée à la Joconde, sont gratuites. Dans une période économiquement difficile, proposer une culture accessible est un choix fort.

Comment imaginez-vous le French May dans dix ans ?

Il évoluera avec Hong Kong. Je l’imagine encore plus ouvert sur l’Asie, la Chine et l’Asie du Sud-Est.
Le rêve est qu’il devienne un festival incontournable en Asie, attirant un public asiatique toujours plus large, tout en restant cette passerelle entre culture occidentale et culture asiatique.