Curitiba : une autre image du Brésil

L’évocation du géant brésilien n’est pas à l’abri des clichés: on y voit pêle-mêle le carnaval de Rio, les plages de l’Atlantique sud, la jungle amazonienne ou encore la mégalopole de Sao Paulo. Autant d’images d’Epinal qui sont souvent aux antipodes de la réalité. Le texte suivant nous fait découvrir un autre Brésil, proche de la frontière argentine. 

Par Christian Sorand

 

Curitiba! Voici pourtant un nom aux consonances exotiques ! Cette velléité linguistique restera une illusion. Car ici, ce nom amérindien évoque une autre facette du gigantisme brésilien. Il est vrai qu’il est rarement fait mention de cette métropole de 2 millions d’habitants, capitale de l’état du Parana.

 

Cet Etat du sud brésilien sert de frontière à l’Argentine et au Paraguay. Il porte le nom de la rivière (le rio Paraná) qui alimente les chutes d’Iguaçu (côté brésilien) ou Iguazu (côté argentin). Curitiba est donc un lieu de passage vers les destinations méridionales du continent sud-américain. Le nom de la ville est issu de la langue des Indiens Tupi, où kurit désigne une variété de pin et yba ajoute l’idée de profusion. La contrée était autrefois riche d’une variété d’arbres appelés le “pin du Paraná” [Araucaria angostifolia]. Cette partie du Brésil a été une zone agricole majeure en son temps. Curitiba est devenue aujourd’hui un centre industriel important. Or, la municipalité a attiré l’attention pour ses efforts écologiques de développement durable à l’échelle planétaire. C’est ainsi que Curitiba a été classée troisième ville verte du monde en 2007, après Reykjavik (en Islande) et Portland (dans l’Etat de l’Oregon, aux États-Unis).

Mais la ville offre une seconde surprise d’ordre topographique. On imagine à tort que le Brésil est un pays chaud au climat équatorial. Déjà, dans les montagnes du Minas Gerais(1) au nord-ouest de Rio (2), les nuits sont fraîches en fonction de l’altitude. La position méridionale de Curitiba place l’Etat du Parana dans une zone subtropicale. Mais ce n’est pas tout, Curitiba se situe sur un plateau s’élevant à presque mille mètres d’altitude. Ainsi, quand on arrive de la côte atlantique, qui n’est pas très éloignée, on est soudain saisi par la fraîcheur ambiante de la journée et des nuits fraîches, voire carrément froides durant l’hiver austral. Les habitants de Curitiba n’hésitent pas à affirmer que c’est ici la ville la plus froide du Brésil!

Ces quelques faits vont à l’encontre du sens commun. Il est donc temps de partir à la découverte de cette cité plutôt méconnue.

 

Un peuplement multiculturel

Le peuplement de cette partie du Brésil risque lui aussi de surprendre. Si les émigrants italiens sont nombreux, ceux de l’Europe du nord le sont encore plus! Toute cette région du sud Brésil est assez germanophone; beaucoup d’émigrants allemands, en particulier juifs, fuyant les persécutions nazies, sont venus s’y réfugier. On trouve également des germanophiles venus de Russie, des Polonais et des Ukrainiens. Le tableau ne serait pas complet si on n’ajoutait pas les émigrants du Moyen Orient, ou ceux venus du Japon! Évidemment ce cocktail de peuples se retrouve uni par l’usage de la langue : le portugais brésilien. On notera malgré tout que les grands absents sont surtout les Amérindiens.

La question du peuplement permet de faire une parenthèse francophile. Le célèbre pilote français de la Seconde Guerre mondiale, Pierre Clostermann (1921-2006) est natif de Curitiba. Issu d’une famille de diplomates, il avait un père originaire d’Alsace et une mère lorraine.

Si le centre historique de Curitiba révèle une empreinte coloniale portugaise, le reste de la ville offre un visage résolument moderne, conforme aux critères d’une architecture américaine.

Malgré tout, l’empreinte écologique demeure ici une priorité absolue. Cela se traduit par le nombre des espaces verts; surtout par la présence d’un superbe parc botanique, dont il sera fait mention ultérieurement.

 

Les caractéristiques du centre historique

La partie ancienne de la ville de Curitiba offre trois centres d’intérêt principaux. 

La place centrale (Praça Tiradentes) marque le cœur de la ville historique. Le nom de la place évoque le souvenir d’un héros de l’indépendance du Brésil. Joaquim José da Silva Xavier (1746-1792), surnommé “Tiradentes” (“arracheur de dents”). Influencé par les idées de Jean-Jacques Rousseau et par la révolution américaine (1789), ce mineur du Minais Gerais est devenu un des chefs de l’indépendance du pays contre la puissance coloniale portugaise. Condamné par les autorités, il fut pendu à Rio en 1792. La nation en fit un héros national à l’indépendance du Brésil, le 7 septembre 1822. “Praça Tiradentes” est donc un lieu-culte. Quelques vieux arbres s’élèvent autour du square central, marqué par une activité trépidante. Ce lieu est en effet le point de convergence des lignes urbaines d’autobus. Commerces et grands magasins sont à proximité. En s’engageant dans les rues transversales du quartier, on côtoie la fébrilité commerciale de cette métropole du sud. Un périmètre de voies piétonnes caractérise d’ailleurs ce quartier qui offre également de beaux exemples d’architecture coloniale portugaise. 

La cathédrale de Curitiba donne sur cette place. A l’origine, en 1668, on y avait élevé une petite chapelle en bois. L’édifice actuel est donc plus récent et a été construit dans le style de la cathédrale de Barcelone. Son architecture classique à double clocher surprend un peu en terre sud-américaine. La construction date de la fin du XIXe siècle. Le sanctuaire porte un nom à rallonge: “Catedral Basílica Menor Nossa Senhora da Luz dos Pinhais”; on peut l’abréger tout simplement en N-D des Lumières. Son intérieur de style néo-gothique donne l’illusion de se trouver sur le vieux continent. Il est vrai qu’on retrouve une même atmosphère dans les églises du vieux Rio ou de Sao Paulo (3).

A proximité de la cathédrale, il y a une brasserie de style très européen fort agréable. A l’intérieur, on trouve un planisphère géant. Quand la propriétaire s’aperçoit qu’un de ses clients est étranger au pays, elle lui demande de marquer la carte de son lieu d’origine en lui donnant une épingle accompagnée d’une petite étiquette!

La troisième attraction de cette partie de la ville est un jardin municipal, dont la beauté et l’originalité valent la visite. Son nom Parque Barigui est issu d’un terme indigène signifiant “la rivière des fruits épineux”. Il s’agit en fait des pignes des pins Araucaria natifs de cette contrée (Araucaria angustifolia). Outre son lac et son petit ruisseau, ce parc offre quelques attractions pour les enfants ainsi qu’un petit zoo, où un grand nombre d’espèces inoffensives sont laissées libres au milieu des visiteurs. Ce parc a une autre curiosité. C’est une allée de jacarandas. Lorsque ces arbres sont en fleurs et que les pétales tombent et s’amassent sur l’allée centrale, on a l’impression de se trouver sous la voûte d’une cathédrale tamisée en bleu!

 

Autres sites d’intérêt

La culture n’est pas absente de Curitiba. La ville possède un opéra (Ópera de Arame) pouvant accueillir 2.400 spectateurs. L’architecture futuriste de son musée (Museu Oscar Niemeyer) est l’œuvre du célèbre architecte de Brasilia (4), adepte de Le Corbusier. L’édifice ressemble à un œil humain gigantesque. Il y a également une tour de 110 mètres de haut, construite au sommet d’une colline, embrassant une vue panoramique à 360º.

Toutefois, l’attraction principale demeure le jardin botanique (Jardim Botânico de Curitiba) ouvert en 1991. Ce parc, aux dimensions impressionnantes, contient une grande variété d’espèces végétales et florales d’Amérique du Sud tout autour d’un grand lac. Mais c’est surtout la partie appelée le jardin français qui retient l’attention des visiteurs. Cette section du parc a été conçue selon les concepts d’un jardin à la française. La grande serre de verre est particulièrement célèbre. De style Art nouveau, elle est une copie du Crystal Palace de Londres.

Curitiba est une ville à la fois dynamique et innovante. C’est un centre industriel important, siège de nombreuses multinationales, en particulier pour l’industrie automobile (Renault, Nissan, Volkswagen, Audi, Volvo). La ville est également considérée comme le deuxième pôle d’innovation technologique du Brésil, tout en restant pionnière en matière d’environnement.

Elle dispose d’un aéroport international et reste un lieu de transit utile pour les touristes qui veulent se rendre au parc d’Iguaçu (5), classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

Liens :

Wikipedia

Oscar Niemeyer Museum 

Parque Barigui

  1. Trait d’union magazine: Ouro Preto – http://www.traitdunionmag.com/ouro-preto-le-charme-baroque-dune-ville-coloniale-bresilienne/
  2. Trait d’union magazine: Rio de Janeiro – http://www.traitdunionmag.com/rio-de-janeiro/
  3. Trait d’union magazine nº67: Sao Paulo – 
  4. Trait d’union magazine nº65; Brasilia –
  5. Trait d’Union Magazine nº63