Vienne : Le goût d’un modernisme au parfum d’antan

 

La capitale autrichienne est classée parmi les villes les plus agréables de la planète depuis plusieurs années. Elle vient de détrôner Melbourne qui détenait jusqu’alors la première place mondiale. Ville européenne de culture et d’histoire, elle est aussi cosmopolite grâce aux institutions internationales qui s’y sont implantées. Pour quelle autre raison Vienne est-elle devenue une ville aussi prisée ?

Par Christian Sorand

L’aéroport international n’a rien d’exceptionnel. Le fait de pouvoir se rendre au centre-ville par un train express, n’est pas non plus une nouveauté. Seize minutes plus tard, on débarque dans une gare qui n’est pas forcément fonctionnelle pour les voyageurs tant elle ressemble à un vaste centre commercial.

L’impression se modifie quand on débouche sur une première zone piétonne à la sortie de l’édifice. On se trouve alors aux portes de la ville historique. L’animation commerciale bat son plein. Des magasins élégants, des cafés, des restaurants, et surtout de larges trottoirs invitent à une certaine nonchalance, d’autant plus que les façades impeccables des immeubles semblent imprégnées de l’atmosphère du pays.

Le centre historique [innere Stadt] est compris dans un espace circulaire, limité sur un côté par le canal du Danube. Toute randonnée pédestre en devient donc plus aisée. S’y ajoute ensuite la place réservée aux espaces verts. Alors, au cours d’une promenade pédestre à travers parcs et avenues ombragées, on prend tout à coup conscience d’une troisième particularité : l’omniprésence des pistes cyclables. Comme elles sont souvent parallèles à l’espace piétonnier des trottoirs, ce n’est pas forcément un bien pour le marcheur comme pour les vélos. Ce serait même un danger plus réel que la circulation automobile ! Or, malgré tout, on s’aperçoit que cette cohabitation est régie par des règles de civilité bien rodées. On ne tarde pas ensuite à découvrir un spectacle assez étonnant. Souvent, à la sortie des bouches de métro, un homme d’affaire en costume de ville, déplie sa trottinette et s’éloigne allègrement ! Parfois même, c’est une dame d’un certain âge ayant décidé de trottiner d’une autre manière ! Pour compléter ce tableau, un tantinet anachronique, rues et trottoirs sont aussi le royaume des ados qui s’en donnent à cœur joie sur leurs planches à roulettes. Si la vieille ville est plutôt piétonne, les fiacres apportent une couleur romantique, tandis que les vélos-pousse s’inscrivent dans une tendance moderniste. Et vogue la galère viennoise !…

Il s’agit là d’une facette contemporaine de Vienne. Car un trio d’observations caractérise l’esprit viennois, de toute évidence empreint d’une certaine nostalgie du passé.

Une densité historique éblouissante

Vienne [Wien] emboîte le pas sur Londres, Madrid et Paris, parmi les villes les plus prestigieuses d’Europe. Évidemment, cela est dû en partie à son histoire. Capitale de l’empire austro-hongrois, Vienne a été au centre de la mouvance politique occidentale et des grands courants artistiques européens. Elle a aussi servi de remparts aux invasions venues de l’est, en particulier à l’époque de l’empire ottoman.

On pourrait argumenter que cela a été un atout complémentaire s’ajoutant au fond culturel originel. Deux exemples issus de sa cuisine l’illustrent. Le goulash est devenu un héritage tout autant autrichien que magyar. Par ailleurs, on penserait, à tort, que notre célèbre croissant est un produit national ! Il n’en est rien, puisque ce sont les maîtres pâtissiers viennois, qui voulant mettre un terme au siège de la ville par les Turcs, inventèrent un petit pain imitant le croissant de leur drapeau. Honoré par ce don, le commandeur des forces ottomanes leva le siège ! D’ailleurs, la langue française utilise le terme de viennoiseries pour désigner croissants et brioches.

Les clichés ont aussi la vie longue. Vienne n’échappe pas à cette tendance. On associe son nom au palais de Schönbrunn, à l’opéra, au Prater, à la valse, ou encore au Danube qui pourtant contourne la ville !

Or, une visite du centre historique vient vite balayer toutes ces images d’Épinal. Au quotidien, Vienne offre une richesse bien plus attachante. Paris, comme Buenos Aires, se caractérise par l’architecture des façades. Le même phénomène s’applique à Vienne. Comme à Madrid ou à Londres, on y décèle une empreinte culturelle bien définie. S’y ajoute tout de même une propension aux passages couverts, sans doute justifiés par la rigueur du climat continental.

La vieille ville épouse une sorte de géométrie circulaire délimitée d’un côté par le Ring [Ringstrasse] (boulevard au 2/3 hélicoïdal) et le canal du Danube (sur le 1/3 restant). Au cœur d’un quartier baroque se dresse la masse imposante de la cathédrale gothique Saint-Étienne [Stephansdom], aux tuiles vernissées. Des artères, des rues et des venelles, pour la plupart piétonnes, forment un entrelacs évoquant les temps médiévaux, ponctué par d’imposants palais ou par des places flanquées de fontaines. Les viennois déploient un goût immodéré pour d’antiques boutiques aux enseignes typiquement autrichiennes. Cette impression se complète par une concentration de fiacres.

Plus encore que le style rococo du palais d’été de Schönbrunn (XVIIe), situé à la périphérie, la masse gigantesque du palais Hofburg reste l’un des lieux inévitables à visiter. Il évoque par sa grandeur, le passé impérial autrichien des Habsbourg, gardant encore en mémoire la belle histoire romancée de François-Joseph et de Sissi. C’est également dans ces lieux que l’on pourra assister au ballet équestre des lipizzans importés d’Espagne au XVIe siècle par l’empereur Maximilien II.

L’opéra de Vienne (1869) [Wiener Staatsoper], de style néo-renaissance, demeure toujours fidèle à sa renommée universelle tant il représente la quintessence de la réputation viennoise : celle d’une capitale de la musique.

Un amour sans borne pour la musique

Car, c’est bien là un deuxième aspect caractéristique de Vienne. Mozart en personne inaugura l’opéra en produisant ‘’Don Giovanni’’ le 25 mai 1869, en présence de l’empereur François-Joseph et de l’impératrice Elisabeth (Sissi). Des noms prestigieux ont dirigé l’institution : Gustav Mahler (de 1897 à 1907), ou Herbert von Karajan (de 1957 à 1964). Depuis 2010, c’est le Français Dominique Meyer qui est à la tête de l’opéra ; mais en 2020, le Suisse Philippe Jordan assurera la relève. Tous deux, ont dirigé l’opéra de Paris avant celui de Vienne.

Sur une placette située à l’entrée du centre historique, à deux pas du Stadtpark (le parc municipal), il y a un établissement typiquement viennois : le café Prückel. On vient y prendre un café ou un verre en fin d’après-midi tout en écoutant jouer du piano.

Le goût suave du café et de la pâtisserie

À Vienne, musique et mets font bon ménage. Il est donc temps d’évoquer un troisième volet de la vie viennoise : la culture du café et les spécialités culinaires.

Devenu un véritable plat national autrichien, l’escalope de veau panée [Wiener Schnitzel] est aujourd’hui mondialement connue. Le goulasch [Gulasch] originaire de Hongrie, déjà évoqué, est une sorte de bouillon de bœuf et de légumes, saupoudré de paprika et de différentes épices. Citons encore deux autres spécialités du cru : le bouillon de boulettes de foie de bœuf [Leberknödelsuppe], ou encore la salade composée viennoise [Gemischter Salat].

Les pâtisseries surtout ont fait la réputation de la ville. Après avoir cité le croissant, on se doit d’évoquer le célèbre gâteau au chocolat Sacher [Sachertorte], inventé par Franz Sacher en 1832. Comment ne pas mentionner aussi cet autre gâteau au chocolat ‘’forêt-noire’’ avec sa cerise [Schwartzwälderkirschtorte] que l’orthographe allemande invite à savourer longuement ! L’expression française une cerise sur le gâteau lui sied merveilleusement ! Quant au ‘’strudel’’ aux pommes [Apfelstrudel], perdu sous sa couche de chantilly, il en fera saliver plus d’un !

Il existe enfin une tendance incontournable : la culture du café. Les Français seront bien obligés d’admettre qu’ils partagent ce goût avec les Autrichiens. Ici, le café adopte des noms divers : le Brauner, le Melange (sans accent), le Mocca, ou il se personnalise en Mozart ou Maria-Theresia ! À savoir qu’il ne s’agit là que de quelques exemples d’appellations.

Évidement les établissements sont tout autant emblématiques. Visiter Vienne sans aller dans un de ses célèbres cafés, deviendrait presque un crime de lèse-majesté.

La magnificence gothique du Café Central sis dans le palais Ferstel attire des foules de touristes. Léon Trotsky le fréquentait autrefois. D’autres sont bien connus aussi : le Café Frauenhuber, le Café Mozart, le Café Hofburg, ou encore le Café Sacher.

Il serait fastidieux de citer tous les sites à visiter. Trois cependant méritent encore d’être mentionnés. Le parc municipal (1862) [Stadtpark], sur les bords de la rivière Wien, est un havre de paix jalonné de statues, dont celle de Johannes Strauss, le « roi de la valse viennoise ». Sur le Ring, faisant face au théâtre de la Ville [Burgtheater], dans un grand parc [Rathauspark] l’imposant hôtel de ville [Wiener Rathaus] dresse fièrement sa façade néo-gothique du XIXe siècle. Enfin, à la périphérie du Ring, se trouve le palais du Belvédère [Schloss Belvedere], s’étalant sur une éminence, au milieu d’un immense jardin à la française. Construit au XVIIIe, ce palais de style baroque a servi de résidence d’été au prince Eugène de Savoie (1663-1736).

Vienne compte aujourd’hui 1,8M d’habitants. En 2018, le cabinet Mercer a désigné Vienne comme étant la ville au monde offrant la meilleure qualité de vie. L’UNESCO avait déjà classé au patrimoine mondial le château de Schönbrunn en 1996, puis le centre historique en 2001.Vienne avait déjà une stature internationale, puisque l’OPEP et plusieurs agences de l’ONU y ont leur siège. Le blason de la ville se trouve donc encore un peu plus doré.

Bibliographie

Vienna, Top 10, Eyewitness Travel, 2015,

ISBN : 978-0-2410-0747-1

Liens des principaux sites

Wikipedia

Hôtel de Ville de Vienne : www.wien.info/fr/locations/

vienna-city-hall

Petit guide des cafés de Vienne

Wikipedia

Café Frauenhuber : www.cafefrauenhuber.at/index.php/en/

Café Hofburg : www.cafe-hofburg.at/en/cafe-hofburg-vienna.html

Café Mozart :www.cafe-mozart.at/en/cafe-mozart.html

Café Prückel : www.wien.info/en/locations/cafe-pruckel

Café Sacher : www.sacher.com/en/original-sacher-cake/sacher-cafe-en/cafe-sacher-wien-3/

Les cafés viennois: www.toujoursetreailleurs.com/2018/01/

cafes-traditionnels-viennois.html

Blog

Vienne (juillet 2018) : https://chrismate.blogspot.com