Une affaire de connectivité Europe-Asie. Ou presque

Et si on arrivait à communiquer plus facilement d’Ouest en Est ? Imaginez un monde différent. Un monde plus simple, dans lequel orient et occident se retrouveraient facilement et pourraient communiquer de manière plus évidente.

Par Philippe Bonnet et Antoine Martin*

La question peut sembler bien idéaliste voire quelque peu farfelue, mais elle se pose au quotidien pour nombre d’entrepreneurs pour qui l’Europe, les Etats-Unis ou l’Asie sont des marchés à conquérir.

Pour bon nombre, cependant, la question n’est pas celle du pourquoi mais bel et bien celle du comment. Parce que si envahir le marché Chinois ou le marché Américain était facile, il y a belle lurette qu’un certain nombre de problèmes seraient déjà résolus.

En attendant, et c’est suffisamment rare pour le souligner, l’Europe tente de se rapprocher de l’Asie. Enfin, comprenons-nous bien. Par Europe, nous voulons dire la « Commission Européenne », et par « Asie », nous pensons bien entendu à la Chine.

A la mi-septembre, donc, la Commission publiait un papier de politique extérieure visant à créer une nouvelle forme de connectivité entre l’Europe et l’Asie. En Anglais dans le texte, cela donnait d’ailleurs « vision for a new and comprehensive strategy to better connect Europe and Asia ».

L’idée semblait bonne, à première vue. Avec les progrès attendus de la Chine sur le projet Belt and Road, l’idée de mettre en place une stratégie permettant aux Européens de croquer une part du gâteau est à priori plus que pertinente.

Et puis un titre est apparu : la connectivité « à la mode Européenne ». Et, après ce titre, a été martelée l’idée que la connectivité était une question de faire adopter à l’Asie des règles. Des règles de marché libre, des standards, des objectifs de décarbonisation, pour n’en citer que trois.

La question de connecter l’Europe à l’Asie est essentielle ! Pour autant, quelque chose cloche.  Les flux économiques sont là et rien n’ira en diminuant, mais la véritable question porte sur la méthode.

De manière surprenante, la seule référence au fait de faciliter le développement du business de part et d’autre est inclue dans le dernier paragraphe, avant la conclusion, vers la douzième page (sur quinze). Pour le reste, le message qui passe est qu’il s’agit avant tout d’aider l’Asie à faire comme nous.

Au pire, le message est paternaliste. Au mieux, il est à côté de la plaque. Dans les deux cas, une question importante se pose : comment facilite-t-on la convergence des mentalités ? Oui, l’Europe peut aider la Chine à être plus sûre. Non, la Chine n’a pas attendu l’Europe pour développer ses affaires.

Alors, créer une connectivité entre Europe et Asie est-il une question d’imposer un « mindset » ou une question de faciliter les échanges (à tous points de vue) ? Dans le fond, l’idée dans la région n’est-elle pas de faire maintenant, puis de voir ensuite comment améliorer la manière ?

Fait révélateur, lorsque nous avons publié cette idée dans un papier du South China Morning Post il y a quelques semaines, deux commentaires ont été postés. L’un venait de l’Ouest et disait qu’à travailler avec l’Asie on ne pouvait que s’attendre à se mordre les doigts. L’autre venait de Chine, soulignait la faiblesse de notre analyse, et concluait simplement que celui qui veut traiter avec la Chine n’a d’autre choix que de faire avec ce que la Chine a à lui offrir.

En somme, à ne pas vouloir se mettre dans les chaussures du voisin, on n’arrive à rien, si ce n’est à le prendre de haut.

Alors que faire ? Forcer le passage ou au contraire ne rien faire et accepter ? Ça dépend de la perspective que l’on prend, nous direz-vous.

Sauf qu’en réalité, ça dépend, ça dépasse.

Pour faire avancer les choses, soyons ouverts d’esprit et retenons-nous de critiquer trop rapidement. L’Europe essaye, et c’est déjà un grand pas. Et puis préserver les valeurs Européennes est d’une importance évidente dans un contexte de mondialisation tendu.

Essayer de comprendre avant de vouloir imposer semblerait être une alternative intéressante. Ceux qui ont vraiment fait l’effort d’essayer n’ont à priori rien à regretter. Alors, affaire à suivre ?

 

Lire aussi : An EU Strategy on connecting Europe to Asia… the European way?

Philippe Bonnet est conseiller en stratégie d’entreprise, CEO de l’agence SuperSmart.la et co-founder du Asia-Pacific Circle, une plateforme qui publie des opinions d’experts sur les développements régionaux ayant

attrait au business.

Antoine Martin est universitaire,

consultant et co-founder /

Head of Insights du Asia-Pacific Circle.

https://supersmart.la/