Evasion

Reykjavik ou la saga d’une différence arctique, havre de l’imprévisible

Trait d’Union a évoqué Buenos Aires, comme étant la capitale la plus méridionale du monde. Voici à présent la capitale la plus septentrionale de la planète : Reykjavik, aux attraits encore peu connus. Toutefois la particularité ne se réduit pas au simple statut d’escale lointaine. L’Islande – et donc Reykjavik – offre bien d’autres surprises encore. Place donc à la découverte. Et surtout, vive la différence !

Par Christian Sorand

On ne peut parler de Reykjavik sans évoquer l’île sur laquelle elle se trouve. L’Islande, tellement peu peuplée (323.000 ha), que la seule ville véritable, l’âme du pays, en est sa jolie petite capitale (130.000 ha et 200.000 avec la banlieue).

Dans son roman “Voyage au centre de la terre”, publié en 1867, Jules Verne met en scène le volcan Sneffels dans la péninsule de Snaefellsjökull, au nord de Reykjavik. Puis en 1886, Pierre Loti publie “Pêcheur d’Islande”. Entre pêche et volcan, il faut avouer que souvent la connaissance de l’île ne va guère au delà. Terre des extrêmes donc, hâtivement surnommée de « glace et de feu ».

Les antécédents géologiques et humains

L’histoire de l’Islande est étonnamment jeune aux yeux du monde.

Jusqu’au IXe siècle, l’île était déserte. Le seul animal véritablement endémique au sol est le renard arctique. Il existe une grande variété d’oiseaux, dont le macareux, et bien sûr quantité de poissons. Aucune autre espèce animale n’y vivait jusqu’à l’arrivée des Vikings en l’An 860 de notre ère. Ce sont ces derniers qui introduisirent les moutons, les chèvres, les vaches et une race de double poneys.

La différence islandaise

Ce territoire autrefois connu comme « la terre de glace » s’est ensuite refait une réputation en fonction des très nombreuses activités volcaniques. Ce furent tantôt une île sortie des flots (Surtsey, en 1963), tantôt l’éruption d’un volcan (l’Eyjafjallajökull, en 2010) dont les cendres mirent à mal l’aviation nord-atlantique pendant des jours et des jours.

Elle demeurait une escale atypique entre l’Europe et l’Amérique du Nord pour les passagers d’Icelandair, la compagnie aérienne nationale. Or, voilà que dans ce nouveau millénaire, qui n’en finit pas de nous surprendre, l’île réapparaît sous un visage différent ! Il y a d’abord eu quelques remous économiques (crise financière de 2008) qui supplantèrent les tremblements de terre et autres éruptions sulfureuses… Une femme, Jóhanna Sigurthardóttir pour Premier ministre (en 2009), ouvertement déclarée homosexuelle – une première mondiale ; un pays soudainement ruiné par la crise financière, mais qui met ses banquiers en prison quelques années après (octobre 2016) ; et puis, un Premier ministre mis à la porte par la vox populi en quelques jours, dans le sillage des ‘Panama Papers’ (avril 2016). On ne s’étonnera plus alors que le flot du tourisme mondial, mis à mal par les turbulences de l’actualité, ait soudain tourné les yeux vers cette terre du nord où la tendance était de se prendre en main de manière différente et de façon tout aussi imprévisible que les volcans qui l’entourent !

Le golfe de Reykjavik

La capitale du pays n’a pas un passé semblable aux autres pays européens. Et pour cause, le site de Reykjavik fut découvert en 870 par le Norvégien Ingólfur. Il appela le site « la baie des fumées ». En cherchant un lieu pour fonder une colonie, il découvrit un golfe entre deux fjords au sud de l’île. Or la baie de Faxa était entourée de sources d’eau chaude d’où s’échappaient des fumerolles, à l’origine du nom.

Le cadre naturel reste attrayant. Quelques collines surplombent une large baie parsemée de petites îles : une rade naturelle idéale pour la pêche et le commerce maritime. Aujourd’hui, on propose des excursions pour aller à la rencontre des baleines ou des îles, refuges de macareux. Perlan est l’une de ces collines renfermant les eaux chaudes naturelles servant à l’alimentation de la capitale. On y a construit un dôme de verre abritant un atrium tropical où un énorme geyser factice surgit en alternance.

Sous la cloche de verre de Perlan, il y a aussi un restaurant et une terrasse panoramique offrant une vue spectaculaire à 360º. Une autre colline du centre est surmontée par l’église Hallgrimskirkja, devenue depuis l’emblème de Reykjavik. Ce monolithe de béton domine la ville. Un ascenseur permet d’accéder à sa flèche haute de 75m offrant une vue imprenable sur la ville et la baie. Le lac Tjörnin sépare la ville haute de la ville basse. Le très moderne hôtel de ville, bâti sur pilotis, se trouve sur la rive méridionale du lac. Une carte géante en relief de toute l’Islande occupe l’intérieur au niveau du sol.

Reykjavik offre donc une apparence plutôt moderne et dynamique. Il y a quelques immeubles coquets, surtout dans la partie occidentale de la ville, mais ce sont ses petites maisons de bois qui caractérisent la capitale. Peintes de couleurs vives, elles apportent une note de gaieté dans ce pays de grisaille où l’obscurité hivernale est quasi totale durant une grande partie de l’année.

Or, il se trouve aussi que la tendance du jour est d’apporter une touche d’attrait artistique. Ce sont des fenêtres, des portes, des escaliers, des façades, voire toute une bâtisse, qui deviennent les tableaux d’un art de rue en pleine croissance. Et comme les magasins, les cafés, les bars, les restaurants ne manquent pas, l’ensemble crée une impression de bien être où il fait bon vivre. C’est comme si l’ ambiance obtenue permettait de faire fi du froid, de la grisaille et de la nuit boréale.

Reykjavik a bien sûr ses musées (le musée d’Art, de la Saga, le musée maritime). Dernièrement, la ville s’est dotée d’un fabuleux centre culturel, le Harpa, ouvert sur le port depuis mai 2011. Il abrite l’orchestre symphonique d’Islande et l’opéra islandais. Harpa confère à Reykjavik un statut de capitale auquel vient s’ajouter le nouveau réseau autoroutier urbain. Il est aisé de parcourir la ville à pied aussi. Une desserte d’autobus (gratuite pour les touristes après l’émission d’une carte établie sur demande par les hôteliers) permet de se déplacer commodément d’un point à l’autre. Or Reykjavik n’est jamais éloignée des espaces naturels situés à ses portes. Ainsi, en hiver, peut-on aller skier à quelques kilomètres du centre-ville, bien que le changement climatique rende cela moins systématique aux dires de certains. Non loin de l’aéroport de Keflavik, près du village de Grindavik, il y a l’une des attractions les plus courues du pays : Blue Lagoon. Il s’agit d’un lac thermal aménagé en une immense zone de baignade, fréquentée toute l’année en fonction de la chaleur de l’eau.

Au départ de Reykjavik, on propose des excursions pour aller au centre de l’île ou sur la côte sud. Car si l’Islande demeure la terre des glaces et du feu, elle est aussi le royaume de l’eau par ses lacs aux flots cristallins issus des volcans (le lac Thingvallavatn, le plus grand), ses rivières où l’on pêche la truite et le saumon, ses torrents nés des glaciers et des chutes, et surtout ses cascades classées parmi les plus scéniques d’Europe (Gullfoss est la plus spectaculaire).

Ce petit tour d’horizon permet de révéler à quel point il s’agit d’une île unique : volcans, lacs, chutes d’eau, glaciers, geysers, plages de sable noir, orgues basaltiques ; mais aussi un paysage tantôt lunaire, tantôt bucolique où, comme en Nouvelle Zélande, le cheptel ovin est plus important que le nombre d’habitants ; ses serres thermiques permettant toutes sortes de cultures ; sa race de petits chevaux broutant gracieusement dans de grandes prairies.

À cela s’ajoute enfin le peuple d’Islande, nourri de sagas, vivant à l’heure de l’internet, mais restant résolument écologique, organique, valorisant la pêche, chaleureux au possible, empreint d’équité sociale et politique. Ce pays pourrait être considéré comme un modèle à suivre face à un monde pris dans la tourmente de ce début de millénaire.

L’Islande fait figure d’exception. C’est un peu comme si sous l’apparente froideur nordique bouillonnaient des effluves prêts à surgir, à l’instar de ses geysers et de ses volcans. Le feu sous la glace. L’imprévisible d’une terre torturée par la géologie, faisant tout à coup fondre les langues glaciaires sous la coulée ardente de torrents de lave.

Voyage initiatique symbolique : en arrivant à l’aéroport ultra moderne de Keflavik, le bus de la capitale traverse un immense champ de lave avant de rejoindre les verdoyantes collines de Reykjavik. Le noir torturé des coulées basaltiques laisse alors place à un foisonnement de couleurs qu’un rayon de soleil ou qu’un arc en ciel viendra furtivement rehausser, quand ce n’est pas une aurore boréale. Ainsi va l’Islande, terre de contrastes et d’étonnement, attachante à souhait par l’existence même de ses extrêmes.

Sources

Wikipedia

https://en.harpa.is/harpa/

https://www.extremeiceland.is/fr/informations/a-propos-de-lislande/le-parc-national-de-snaefellsjokull

Médiapart: https://blogs.mediapart.fr/pbotter/blog/191016/banquiers-islandais-condamnes