Les tribulations de Noa de Coco en Chine

Si vous vous êtes promené à Shanghai, Pékin, Wuhan ces dernières semaines, peut-être avez-vous rencontré quelques expatriés français serrant dans leurs bras un adorable canard bleu en peluche et photographiant affectueusement le petit palmipède. De nombreux lecteurs ont téléphoné au magazine, inquiets pour ces compatriotes au comportement « inattendu ». Après le vol des nains de jardins, il y a quelques années, notre service Investigations internationales a décidé de mener l’enquête. Aidés par quelques pigeons voyageurs, canards mandarins et grues jaunes bien informés, nos journalistes ont retrouvé la trace du petit volatile répondant au joli nom de Noa de Coco, séjournant actuellement à Wuhan dans la province du Hubei. Une de nos envoyées spéciales a immédiatement été dépêchée sur les lieux. Elle a appris que Noa de Coco participait en fait à un projet de grande envergure d’une classe de maternelle de Normandie mené par une professeure des écoles énergique et inventive, Caroline ! Contactée par Trait d’Union, elle a accepté de répondre à nos questions.
Par Propos recueillis par Magali Sourdois et Marie-Christine Huguenin – Photos Magali Sourdois

Trait d’Union Comment est né le projet « Noa de Coco » ?
Caroline : Je voulais, depuis plusieurs années, mettre en place dans ma classe une pédagogie articulée autour d’un projet, mais je ne savais pas encore lequel.
C’est en surfant sur internet à la recherche d’approches différentes, que j’ai repéré un « cabinet de géographie », utilisé dans les classes Montessori.

Ce n’est pas la pédagogie que je pratique le plus souvent, mais je m’y intéresse beaucoup, parce qu’elle permet d’intégrer les enfants en difficulté, à travers, justement, un projet qui a du sens et qui les intéresse, avec beaucoup de manipulations et d’activités sensorielles, beaucoup d’autonomie aussi.
J’ai eu des difficultés, durant ma propre scolarité, en géographie, car je trouvais que cette matière était rébarbative. Je le regrette aujourd’hui, car c’est un domaine passionnant qui permet de s’ouvrir sur le monde. Mais il faut le proposer de manière plus interactive pour qu’il ait du sens, surtout pour les petits. Je voulais aussi utiliser les origines de chacun de mes élèves, pour le projet de classe.

Ce projet m’a semblé tout indiqué pour à la fois intéresser les enfants, leur donner le goût de découvrir de nouvelles cultures, ne pas avoir peur de l’étranger mais s’intéresser à ses différences et remarquer nos points communs. Et puis c’est toujours plus motivant de demander à un enfant de tracer des créneaux pour montrer à Noa qu’on a bien observé la ville fortifiée dans laquelle il se trouve, ou de tracer les boucles de ce mouton d’Irlande, plutôt que de « faire des lignes »…

Comment votre « mascotte » a-t-elle pris l’apparence d’un petit canard appelé Noa de Coco ?
Je l’ai trouvé dans une enseigne suédoise très connue, il était mignon, peu onéreux ! Quant à son nom… C’était celui d’un personnage que j’avais inventé pour une classe lorsque j’ai travaillé au Sénégal, il y a quelques années.

Comment faites-vous voyager Noa de Coco à travers le monde ?
La première fois, mes parents l’ont emmené au Far West lors d’un voyage. Ils se sont tellement amusés à le photographier partout, que j’ai montré ces images à mes amis, à ma famille, et évidemment aux enfants de la classe et aux parents qui étaient curieux.
C’est en discutant que Noa de Coco a pu faire de nombreux voyages cette année. Il en a encore beaucoup de prévus pour l’année prochaine !

Au quotidien, comment introduisez-vous Noa dans vos séquences pédagogiques ?
Noa a alimenté nos lectures, puisque tous les albums qui ont été étudiés cette année ont été choisis en fonction de l’endroit où Noa se trouvait au moment de la lecture.
Pour chaque pays visité, nous avons appris une chanson ou une comptine dans la langue, réalisé une recette locale, lu de nombreuses histoires (même sans les étudier en profondeur), inventé une danse, écouté, lors des temps calmes, des musiques locales.
Nous avons étudié, lorsque cela était intéressant, la faune et la flore de chaque pays.

J’ai rattaché les voyages de Noa aux événements que nous avons l’habitude de fêter en France (pour Noël, Noa était en Russie, pour Halloween il était en Irlande, pour Thanksgiving aux Etats-Unis, en Mai au Japon et en Chine pour la fête des cerisiers en fleurs…)
Chaque pays visité donne également lieu à de nouveaux travaux artistiques, et certains permettent aussi des mini-projets. Par exemple, Noa est récemment parti en Côte d’Ivoire chez une amie qui se trouve être marathonienne. Elle l’a emmené avec elle participer au Rallye des Sables, dans le désert marocain. Nous avons découvert en direct les aventures de Noa, mais surtout des paysages époustouflants !

Une autre fois, nous avons eu des nouvelles de Noa, qui avait fait une pause dans ses voyages lointains, pour se reposer chez une amie professeure des écoles, en Camargue. Nous avons correspondu avec les élèves de sa classe. Ce fut un échange très riche et eux aussi ont apprécié recevoir de nos nouvelles et découvrir notre région. Du coup, nous avons eu l’occasion de parler de notre Normandie et de ses particularités, dont les élèves ont pu prendre conscience en comparant notre cadre de vie à celui d’autres enfants. Récemment, les grands-parents d’une élève ont emmené Noa en Guadeloupe, un autre au Portugal… Tous ces échanges donnent vie à l’histoire de Noa, et les enfants s’y intéressent beaucoup. Cela permet des interactions riches entre les élèves, et parfois entre l’école et la famille.

Je n’avais pas du tout prévu de faire croire quoi que ce soit aux enfants, mais ils en ont manifesté l’envie de façon si enthousiaste, que j’ai juste eu à les laisser coudre eux-mêmes l’histoire de ce petit canard qui allait devenir l’ami de la classe…

Quels sont les principaux effets positifs de ce projet sur les élèves et la classe ?
Les enfants se montrent curieux et intéressés par le projet. Lorsque la classe est un peu fatiguée, il est plus aisé de maintenir l’effort et le goût du travail en utilisant les aventures de Noa. Par exemple, nous préparons le spectacle de fin d’année : les enfants savent que Noa reviendra nous voir pour l’occasion, il faut lui faire plaisir en s’appliquant !

Nous lui répondons lorsqu’il nous écrit : mais encore faut-il pour cela apprendre à écrire ! Les grandes sections commencent pour certains à comprendre les bases de la lecture, quant aux moyens, ils sont à même de recopier un message à l’ordinateur !
Les enfants qui ont plus de difficultés que d’autres, ou qui présentent un handicap, sont également très demandeurs, et montrent moins de difficultés à entrer dans le travail lorsque celui-ci est motivé par le projet Noa.

On a tout de suite plus envie de faire l’effort d’écrire, si c’est un message qui doit être lu et recevoir une réponse !

Noa apporte une touche d’affection aux enfants. Lorsqu’il nous rend visite, j’ai toujours la surprise de voir TOUS les enfants réclamer un bisou. Même ceux qui peuvent parfois montrer des difficultés de concentration ou de motivation.
Et puis surtout, nous prenons vraiment beaucoup de plaisir dans ce projet, autant les enfants que moi !