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Mila Lights : Peindre la musique, composer la couleur

Mila Lights, artiste multimédia, transforme les sons en couleurs et les mouvements en émotions. Ses œuvres ne se regardent pas : elles se vivent. « L’art devient une expérience intime, presque magique », confie-t-elle. Dotée de synesthésie, une rare capacité à voir les sons et à entendre les couleurs, Mila s’inspire de Kandinsky tout en traçant sa propre voie. À l’occasion de son exposition « Evolution », prévue fin novembre à Hong Kong, elle nous parle de son univers où l’art transcende les sens.

Propos recueillis par Catya Martin

Catya Martin : Comme Kandinsky dans « Du Spirituel dans l’Art », vous explorez les correspondances entre les arts. Votre synesthésie vous a-t-elle aussi amenée à créer des liens entre couleurs et émotions, comme il le faisait ?

Mila Lights : Merci d’évoquer Kandinsky, une figure majeure pour moi, un véritable mentor. Je ne me comparerais pas à lui, bien sûr – son influence traverse les époques. Mais sa démarche m’a aidée à accepter ma synesthésie, que j’ai longtemps vécue comme un handicap. En tant que compositrice, je peinais à traduire en mélodies tout ce que j’entendais. La peinture est devenue ma libération : un moyen de raconter, sous une autre forme, ce que la musique ne suffisait pas à exprimer.

Pour répondre à votre question, oui, mon travail exprime les émotions à travers des rythmes, des mélodies qui se matérialisent en couleurs, en textures, en mouvements. Quand je peins, le geste lui-même devient un instrument. Ma toile est une partition visuelle, où chaque trait, chaque matière, raconte une vibration, une émotion. C’est un processus similaire à la composition musicale.

Votre synesthésie influence clairement votre art. Comment un son se traduit-il en couleur, en forme ou en mouvement dans vos tableaux ?

Comme en musique, où le silence révèle une note, la peinture fonctionne par contrastes et par résonances. Une mélodie n’équivaut pas systématiquement à une couleur précise. Par exemple, la note do ne sera pas toujours jaune. Mes créations naissent d’une alchimie unique à chaque œuvre : une même mélodie peut inspirer des palettes différentes selon le moment, l’émotion, l’énergie du tableau.

C’est difficile à expliquer avec des mots, et c’est pourquoi j’ai la chance de pouvoir m’exprimer à travers mon art. Ce n’est pas une traduction littérale, mais une création pure, presque magique – quelque chose qui me dépasse. Kandinsky, lui, traduisait les sons en formes géométriques. Chez moi, c’est plus organique. Ce que j’entends traverse mon geste, mon outil, la matière. Parfois, une mélodie inspire un tableau calligraphique, minimaliste, où l’encre de Chine danse avec fluidité. D’autres fois, les percussions que j’imagine se matérialisent en cercles, symboles de mouvement et de rythme. Plus il y a de ronds, plus la percussion est présente dans ma tête, comme une vibration qui chante.

Si je devais écouter une musique en regardant vos œuvres, quelle serait votre bande-son idéale ?

Ce serait réducteur de n’en choisir qu’une ! La musique est partout : dans le jazz, le classique, le rock, le bruit de la mer, le vent, le galop des chevaux… Pour une installation à Séoul, j’ai composé une bande-son de 45 minutes mêlant instruments traditionnels coréens, piano, sons de la nature et même des silences. La musique, c’est la vie elle-même – dans une voix, un souffle, un frémissement. Tout peut devenir mélodie.

Votre exposition à Hong Kong arrive fin novembre. Cette ville, avec ses lumières, ses sons et son rythme, a-t-elle influencé votre sélection d’œuvres ?

Absolument. La scénographie sera en dialogue avec l’énergie de Hong Kong, une ville où l’eau omniprésente se mêle à une effervescence unique. Ce sera ma première exposition rassemblant autant de tableaux créés en Asie, notamment à Séoul. L’espace sera pensé pour refléter cette vitalité, avec une surprise spéciale lors des premiers jours – une expérience immersive, à la hauteur de l’intensité de la ville.

Vos tableaux sont décrits comme des « expériences intimes ». Comment guidez-vous le spectateur vers cette intimité, surtout dans un lieu public ?

Chaque exposition est unique, vivante. Les tableaux ne sont pas de simples objets : ils respirent, ils invitent à l’échange. À Hong Kong, la scénographie jouera un rôle clé pour créer cette connexion. Le visiteur sera plongé dans un univers où son imaginaire pourra s’exprimer librement. Mes œuvres laissent une place au silence, à l’interprétation. Une fois créées, elles ne m’appartiennent plus. Je ne suis que la messagère d’une émotion que chacun pourra s’approprier.

Pouvez-vous nous parler de certaines œuvres qui seront exposées ?

Je garde une part de mystère, mais sachez que le parcours sera conçu comme une expérience sensorielle. Pour la première fois, autant de mes œuvres seront réunies, offrant un voyage où chaque détail compte. L’objectif ? Libérer l’imaginaire du public, transformer la visite en spectacle émotionnel.

Si vous deviez associer une couleur ou un son à Hong Kong, ce serait…

Un son : le bruit de l’eau se frayant un chemin dans le brouhaha urbain. Une palette : le rouge, le noir et l’or, inspirée d’une œuvre centrale de l’exposition. Ces teintes capturent l’essence de Hong Kong – son énergie, son contraste entre tradition et modernité, sa lumière si particulière.

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Mila Lights “Evolution”
Du 3 au 18 décembre 2025
H Queen Tower 9/F
80 Queen s Road Central, Hong Kong