Les yeux fixés sur la ligne verte

Pour certains, une évidence, pour d’autres, un argument. Le bio essaime dans tout le vignoble. Encore minoritaire, ce mode de culture parviendra-t-il un jour à verdir toutes les surfaces ?

Par Veronique Raisin (Bettane+Desseauve)*

PHOTOGRAPHIE PRISE AU CHATEAU LA VERRERIE ¿ PUGET SUR DURANCE (84360, FRANCE), 2015

C’est comme la montée de l’Alpe d’Huez. Il faut toujours garder un œil sur le leader et rester dans sa roue. L’année dernière, le château Angélus annonçait la conversion de son vignoble en agriculture biologique. Il était temps, diront certains. On attendait l’échappée, diront les autres.

En matière de viticulture comme du reste, on attend toujours que les hommes de tête se détachent pour donner le coup de pédale. Cette nouvelle devrait logiquement en entraîner d’autres analogues, de la part de crus contigus de Saint-Emilion ou d’ailleurs, qui pourraient suivre le mouvement.

Cet épisode somme toute classique, qui va dans le (bon) sens de l’histoire, a fait grand bruit à Bordeaux. Rapporté à l’ensemble du territoire national et à la proportion de cultures en bio, il reste anecdotique. En effet, même si le bio progresse, il reste marginal en France, occupant à peine plus de 5 % des surfaces cultivées. Pour le vignoble, on atteint laborieusement 10 %.

La marge de progression est donc importante. Aujourd’hui, difficile d’ignorer ce mode de culture et de trouver encore des excuses pour ne pas s’y plier lorsque l’on est un grand château à la trésorerie bien gérée et au personnel formé. C’est pourtant par les petits producteurs que l’amorce s’est faite.

Il aura fallu des âmes fortes, prenant leur bâton de pèlerin, prêchant dans les rangs de vignes la nécessité d’écouter la nature, de la respecter, de la laisser vivre. C’est juste cela, le bio, un respect de l’environnement qui semble aller de soi mais qui, à l’aune d’intérêts parfois supérieurs, économiques ou humains, emprunte bien des détours.

Ils sont une poignée à y croire un peu plus fort, à décider l’urgence avant les autres. Il y a d’abord eu Goethe, qui prônait une approche objective de la nature par l’observation précise de la plante, dans le temps et sous toutes ses formes. Il a inspiré le jeune Rudolf Steiner dès 1884, qui donna le nom de Gœtheanum à l’université qu’il a créé en Suisse au début du XXe siècle.

Pensant la terre comme « inséparable de son environnement cosmique », ce théoricien autrichien a posé les bases fondatrices de la biodynamie en 1924. Cette démarche considère le vignoble comme une entité vivante avec un équilibre à respecter entre les quatre éléments, terre, eau, air et soleil, introduisant l’idée de faire concorder les travaux agricoles avec certaines phases de la lune. En utilisant « les forces de vie » (c’est l’étymologie du mot, formé des racines grecques bio et dunamis), la biodynamie inscrit la plante dans la durée et dans un cycle.

Les premiers à avoir sauté le pas sont Lalou-Bize Leroy et Anne-Claude Leflaive en Bourgogne, Marc Kreydenweiss et Olivier Humbrecht en Alsace. à la fin des années 1980, Claude et Lydia Bourguignon, à la tête du laboratoire d’analyse microbiologique des sols (LAMS), constataient : « Le travail du vigneron débutait à la cave. La vigne n’était pas la priorité. L’œnologie a corrigé beaucoup de défauts dans les vins, mais les sols ont été oubliés. » Noël Pinguet au domaine Huet et Nicolas Joly à la Coulée de Serrant ont ouvert, à la fin des années 90, la voie dans laquelle de nombreux vignerons se sont ensuite engouffrés.
Même les grandes maisons champenoises s’y sont converties. Au tableau d’honneur des bons élèves, citons Louis Roederer et ses 75 hectares cultivés en biodynamie. Sans parler de ceux qui, incognito, travaillent ça et là quelques parcelles, « histoire de voir ». Peu à peu, toutes les régions se convertissent au bio, chacune à son rythme et selon son climat.

Aujourd’hui, difficile de ne pas adhérer au principe. Même les réfractaires dans les faits reconnaissent la nécessité d’y souscrire et eux aussi lèvent le pied sur les pulvérisations et autres traitements de contact, conscients ou inquiets de leur impact sur l’environnement mais aussi, surtout peut-être, sur la santé humaine.

Jeudi 7 novembre 18h30-21h30,
venez retrouver Thierry Desseauve
à TheHive WanChai

Accompagné de quelques domaines
aux allures vertes:

• Domaine de la Chupette
• Donkey and Goat
• Belligham State
• Boschendal
Et de savoureux accompagnements préparés par :
Mesklenn et Le Bistro Winebeast

TheHive Wan Chai
21/F, The Phoenix, 23 Luard Road, Wanchai
https://ticketdood.com/e/66/le-club-food-wine

* Avec notre partenaire, leader des groupes de presse spécialisés dans le vin en France, Bettane+Desseauve, retrouvez chaque mois des conseils et astuces mais aussi des portraits de vignerons, interviews, sélections de vins et dossiers approfondis.