Les perles de pluie de Hong-Kong

Ces dernières semaines de septembre, le dragon des pluies a régulièrement serpenté dans les nuages pour déverser ses colliers de perles sur la terre de Hong-Kong. 

Par Anne Suquet

Dans beaucoup de contes le dragon est à l’origine d’une source bienfaisante et dans les croyances populaires chinoises, le dragon est la divinité des phénomènes aquatiques, des chutes d’eau, rivières et mers. Il décide des sécheresses ou des inondations. La source de son pouvoir lui vient d’une perle qu’il cache sous les replis de son menton ou dans sa gorge. Elle représente le bonheur, l’abondance et la sagesse pour celui qui la possède. 

Pour anticiper les caprices du dragon, votre smartphone en poche et un bon parapluie sont vos meilleurs alliés ! Depuis 2010, il est désormais facile de prévoir et de se préparer à tous les mouvements de pluie grâce à l’application mobile « MyObservatory ». Mais la mission de l’Observatoire de Hong-Kong ne se limite pas uniquement à alerter le public. 

Un sujet plus préoccupant anime ses recherches : le changement climatique à Hong-Kong et ses impacts sur la société. Des activités de sensibilisation, y compris des discussions publiques et scolaires, des expositions, des journées portes ouvertes, sont régulièrement organisées pour promouvoir la compréhension du public de la science du changement climatique.

Comme une éponge…

Hongkong est l’une des villes les plus exposées au changement climatique. Chaque année, elle subit plusieurs typhons et reçoit 2.400 millimètres de pluie, ce qui en fait l’une des villes les plus humides du monde. Nichée sur une fine bande de terre ultra-urbanisée bordée d’un côté par la mer et de l’autre par des collines escarpées, elle est particulièrement vulnérable aux inondations et aux glissements de terrain. Plus de 15 % de son territoire se trouve au-dessous du niveau de la mer, notamment une partie du centre-ville et l’aéroport, composés de terres reprises à la mer. 

Si Hongkong est l’une des villes les plus à risque, elle est également l’une des mieux préparées. Sous le gigantesque terrain ovale qui abrite l’hippodrome de Happy Valley et plusieurs terrains de foot, au milieu des gratte-ciel, se trouve une grande halle caverneuse. Cet espace, dont la construction a été achevée en mars 2017, sert à récolter les eaux de pluie, en cas de grosse tempête. La ville possède deux autres tanks de ce type et elle a construit un lac artificiel destiné à la rétention des eaux de pluie. 

Plus ambitieux encore, la métropole a pour but de se transformer en « ville-éponge ». Un concept intelligent doté d’un nom évocateur. Il suffit en effet de laisser la ville « absorber l’eau » – comme une éponge. Dans une ville-éponge, l’environnement naturel – les pelouses, les toits verts, les parcs – contribuent à augmenter l’absorption et l’assainissement de l’eau. L’eau s’achemine moins vite de l’espace vert vers les rigoles et les égouts car elle est retenue ou elle s’infiltre dans le sol.

Le changement climatique comme une écriture de l’Histoire

Une série d’études suggère que la variabilité du climat aurait un impact sur la grandeur ou la décadence d’un pays. Ainsi, l’analyse multiséculaire des cernes de croissance chez des arbres en Europe et en Asie a permis de reconstituer leur histoire climatique et de la confronter aux bouleversements politiques et sociaux de l’époque. 

Ces enseignements permettent aux scientifiques d’anticiper sur la manière dont les sociétés humaines réagiront aux changements climatiques à venir. 

Car, bien que les sociétés actuelles semblent être moins vulnérables, elles ne sont certainement pas « immunisées » contre le changement climatique, d’autant plus que la migration « ne sera pas une option dans un monde de plus en plus peuplé ».

Mais Hong-Kong ne manque pas de ressources et continuera encore longtemps à nous murmurer ces paroles de Brel :

« Moi je t’offrirai

Des perles de pluie

Venues de pays

Où il ne pleut pas… »