Le français à l’heure de la mondialisation des langues

Eminent linguiste français reconnu sur la scène internationale, Louis-Jean Calvet était l’un des invités du festival « Voilah ! », organisé en novembre à Singapour par l’ambassade de France. Au « musée des Civilisations asiatiques » puis au lycée français de Singapour, Louis-Jean Calvet s’est exprimé sur le thème de la mondialisation des langues.
Compte rendu en chiffres sur ce que les langues ont de plus scientifiques.
Par Catya Martin
7.000, c’est le nombre de langues parlées dans les quelque 193 pays que compte notre planète. Ce qui donnerait une moyenne de 36 langues par état. Ainsi, statue Louis-Jean Calvet, « nous vivons dans un monde pluriel, dans un laboratoire du plurilinguisme qui, cas extrême, comme l’Inde, peut aller jusqu’à 800 langues parlées sur un même territoire. »
Une répartition inégale des langues par continents
Pas étonnant que l’Asie, avec un tel avantage, occupe la première place du classement du nombre des langues parlées par continent. Avec 32,4 %, elle caracole en tête. Viennent ensuite l’Afrique (30,2 %), le Pacifique (18,5 %), les Amériques (14,9 %) et enfin, dernière au classement, l’Europe avec seulement 4 % des langues parlées dans le monde.
Au-delà de ces chiffres, la question est de savoir par combien de locuteurs ces langues sont parlées. Et sur ce point, les chiffres avancés par l’expert linguistique laissent pantois puisque « 5 % des langues correspondent à 95 % des locuteurs potentiels dans le monde et que les 95 % des langues restantes ne sont parlées que par 5 % de locuteurs. » Ce qui revient à dire que seulement 200 langues sont parlées par 95 % des hommes sur terre et que les 6.800 autres ne le sont que par 5 % des terriens. Une répartition bien inégale qui fait le jeu des langues européennes comme l’anglais, l’espagnol, exception faite du français. Dans ce classement, le mandarin arrive en première position, suivi de l’espagnol, l’anglais, le bengali et l’hindi. Le français n’arrivant qu’en 14e position, entre le marathi et le vietnamien !
50 % des langues menacées de disparition
Outre ces langues phares, « on estime, avance le linguiste, que la moitié des langues du monde ont moins de 7.000 locuteurs. Or on considère qu’en dessous de 10.000 locuteurs, une langue est menacée de disparition. Ce qui statistiquement s’appliquerait à la moitié des langues d’aujourd’hui. » A cette déperdition s’ajoutent les langues à risque, comme par exemple l’allemand ou le japonais. Avec une population vieillissante, les langues germanique et nippone sont potentiellement menacées. Un danger cependant relatif puisque, comme tout système, une langue n’est jamais totalement isolée du monde. « Elle est même en constance interaction linguistique », précise le linguiste.
Une mondialisation des langues
Menacées ou pas, les langues interagissent entre elles. On parle à cet effet de bilinguisme et mondialisation des langues. L’anglais qui traverse la Manche apprend le français, et le Français qui part travailler en Allemagne pour ensuite vivre au Québec maniera la langue germanique qu’il pratiquera aussi depuis Montréal. De-là, il partira en vacances au Mexique où il rencontrera une Antillaise qui lui fera découvrir le créole.
Le facteur « langue officielle »
Dans cette mouvance, les échanges linguistiques se font et se défont, au gré de flux migratoires et de choix politiques. Malmené jusque-là dans les chiffres, le français remonte en force pour s’installer confortablement à la seconde place dans le classement des langues officielles. Dans le top 5 on retrouve en tête l’anglais, langue officielle dans 63 pays, le français (36), l’espagnol (21), l’arabe (21), le portugais (8) et l’allemand (7). Quant à la première langue parlée dans le monde en termes de nombre de locuteurs, à savoir le mandarin, il figure, ici, à la neuvième position, à égalité avec l’italien. En pour cause, il n’est langue officielle qu’en Chine, à Taiwan et Singapour.
Le singlish ou la naissance d’une nouvelle langue
Avec quatre langues officielles, l’anglais, le mandarin, le malais et le tamoul, Singapour est à lui-même un incubateur de langue qui bientôt devrait donner naissance à une nouvelle langue, le singlish. De son vrai nom, le singaporean-english est un dialecte parlé à Singapour basé sur l’anglais, calqué sur certaines règles grammaticales chinoises et composé de mots malais et chinois. Un pur mélange linguistique qui nous fait dire que la mondialisation s’applique à tous les niveaux – y compris en linguistique – et que la richesse et l’avenir des langues se trouvent dans la diversité.