L’architecture humanisée

D’origine algérienne et bulgare, Yacine Bensalem a fait ses études en Italie et en France. Il a travaillé à Paris, Bruxelles, Milan, Singapour et Hong-Kong. Fort de 24 ans d’expérience, cet architecte DPLG a développé une expertise en architecture, design d’intérieur, gestion de projet et contrat d’aménagement de luxe. Ses maîtres en matière d’architecture sont ceux qui ont révolutionné les choses. Le Mexicain Luis Barragán qu’il considère comme un des pères de l’architecture moderne, l’Allemand émigré aux Etats-Unis, Ludwig Mies van der Rohe connu pour avoir dessiné le pavillon allemand à Barcelone pour l’exposition universelle ou encore le controversé Le Corbusier. Ceux qu’il admire pour leur talent fou : Nouvel et Willmotte, et dans les jeunes contemporains, son choix se porte sans hésiter sur Thomas Heatherwick. Depuis 1997, Yacine Bensalem a créé et dirigé des cabinets d’architecture et de design d’intérieur. Depuis, les projets se sont succédé, à de Hong-Kong, à Singapour, en Thaïlande, en France, au Maroc, en Malaisie, en Nouvelle-Zélande ou encore en Chine. Leur dernier projet, le Hong-Kong Banker club. 

Par Catya Martin

 

Arrivé en 2004 à Hong-Kong, Yacine Bensalem fait alors des allers et retours entre la France et la région administrative spéciale pendant un an. Dès qu’il pose les pieds à l’aéroport, c’est le coup de foudre. L’architecte sait alors que c’est ici qu’il veut s’installer. « Je venais de réaliser que Paris n’était pas le centre du monde », explique-t-il. « J’ai fait mes études d’architecte à Paris et ensuite j’ai créé ma première société avec l’ambition d’exister dans ce qui était pour moi la ville de la réussite, du succès, du goût et aussi de l’innovation », ajoute-t-il. 

 

Une fois arrivé à Hong-Kong il découvre une autre architecture, une qualité différente de regard en termes de design et surtout des noms d’architectes brillants très peu, voire pas du tout, connus en France. « Un restaurant japonais venait d’ouvrir, désigné par des architectes japonais, Super Potato et c’est la première fois que je voyais un de leurs projets. Zuma c’est eux aussi. J’entendais parler d’eux mais sans vraiment avoir pu voir leur travail, ils n’existent pas en France », indique-t-il. « Je venais de réaliser que tout ne se passait pas à Paris », dit-il amusé.

Deux ans plus tard, en 2006, Yacine Bensalem arrive à Hong-Kong où il va travailler pour un cabinet d’architecte anglo-saxon. Là il commence sur un des plus gros projets jamais réalisés, pour Macao, un projet de casino, pour le groupe Sands, de plus d’un million de mètres carrés. « A cette époque Macao était en pleine reconstruction avec le Cotai Strip, le Vénétian. Il fallait de la main d’œuvre qualifiée et un nombre conséquent d’architectes », explique-t-il. « J’étais très fier mais surtout impressionné voire même un peu inquiet quant à la grandeur du projet comparé à ce que j’avais fait jusque-là », tient-il à ajouter. 52 personnes travaillent autour de Yacine Bensalem sur ce projet et plus particulièrement sur la partie comprenant un hôtel de 6.000 chambres.

 

L’architecte travaille dur sur ce projet pendant deux ans puis la crise économique arrive et frappe. Fin 2008, le projet est annulé et l’entreprise doit licencier. « J’en garde, malgré tout, un très bon souvenir car cette expérience m’a permis d’acquérir en deux ans ce que j’aurais pu apprendre en dix ans », raconte Yacine.

 

Ensuite c’est vers Singapour que Yacine va se retourner pour un tout autre travail, il prend alors la tête de la division des contrats Asie-Pacifique du plus grand groupe italien de meubles de luxe. Il y restera 18 mois, le temps d’apprendre beaucoup sur l’industrie du meuble de luxe, secteur qu’il ne maîtrisait pas et surtout, le temps de faire signer à l’entreprise un contrat à Hong-Kong, refaire toutes les chambres du Peninsula.

Le lendemain de cette signature Yacine quitte le groupe et obtient l’opportunité de rencontrer quelqu’un qui comptera beaucoup dans sa carrière, Alain Hivelin. Il s’agit du propriétaire de la marque Balmain, marque qu’il souhaite voir revivre et pour laquelle il cherche un architecte pour ses bureaux à Hong-Kong. Les bureaux conviennent parfaitement à Alain Hivelin et très vite il va confier à Yacine et son équipe la réalisation des boutiques de la marque. « Nous avons commencé avec la boutique Balmain Paris de Hong-Kong qui a servi de base pour toutes les boutiques pour l’Asie », explique Yacine Bensalem. « Puis il a décidé de faire revivre Pierre Balmain, en 2012 et il nous demande de faire le cahier des charges des boutiques mais cette fois pour le monde. Au total entre les boutiques Balmain Paris et Pierre Balmain, nous avons réalisé 35 boutiques », précise-t-il. La confiance s’installe et le propriétaire de Balmain lui ouvre son carnet d’adresses pour que le cabinet de Yacine puisse se développer. L’un des contacts, taiwanais, fait partie des plus grands fabricants de chaussures en semelles cuir au monde et travaille pour les plus grandes marques de luxe. Yacine se voit confier l’image de deux marques détenues par le Taiwanais, JKGY by Stella et What For. Le cabinet d’architecte va réaliser une centaine de boutiques pour le groupe, dont une à Paris qui sera la première d’une longue série. Le groupe a aujourd’hui une quarantaine de boutiques en France. Lancé, l’architecte va ensuite travailler pour Harvey Nichols avec un projet important à Ryad.

2015 sera l’année de tous les changements. Alain Hivelin décède et Yacine se sépare de son associé et reprend seul le cabinet. « Entre la séparation avec mon associé, le décès d’Alain Hivelin et la perte de Balmain, l’année 2015 a été très dure. Il a fallu repenser les choses notamment en diversifiant les activités, en clair il fallait se réinventer », explique-t-il.

Ne se laissant pas abattre, Yacine se lance dans des projets qui lui tiennent à cœur notamment des projets de restaurants, de maisons, d’appartements ou encore de bureaux. Même si les boutiques restent au sein du cabinet, il ne s’agit plus de l’activité principale. Sa clientèle s’élargie, se diversifie et les commandes arrivent, notamment une vieille connaissance de ses débuts de carrière, le groupe Peninsula qui, lui demande de revoir le design de l’ensemble de ses boutiques.

 

Arrive aussi une proposition unique et prestigieuse pour l’architecte, un projet pour le Hong-Kong Bankers Club. Conscient de passer à un niveau supérieur, Yacine est bien décidé à remporter l’appel d’offres auquel il est invité à participer. 

 

« C’est une filiale de Peninsula, Peninsula Clubs qui gère également le Hong-Kong club, qui nous a invité à nous joindre à cet appel d’offres. J’ai mobilisé toute l’équipe et face à quatre autres candidats nous avons gagné », indique Yacine. 

Fondé il y a 42 ans, le club était jusque-là situé au 42ème et 43ème étage du Landmark et bénéficiait du toit au 44èmeavec une vue imprenable sur la ville, vue à 360°. 

Au départ l’équipe travaille sur une refonte du club toujours au même endroit. Six mois de travail intense pour réaliser l’ensemble des études de faisabilité tant sur l’aspect architectural que technique.

 

Une fois le travail terminé, choc pour tout le monde, le bail du Hong-Kong Bankers club n’est pas renouvelé. Le club avait deux ans pour se trouver une nouvelle adresse. 

L’équipe se remet au travail et propose plusieurs options, une est donc retenue, le Nexxus Building. « De là, nous avions moins de six mois pour dessiner l’ensemble du projet, refaire les études techniques poussées et conduire l’appel d’offres », explique Yacine. « C’est l’une de mes plus belles expériences. L’équipe du projet au sens large était juste superbe. Nous avons tous vécu une expérience humaine extraordinaire », raconte l’architecte. 

 

De trois personnes en 2015, aujourd’hui le cabinet « The In Situ & Partners » est passé à 23. 

 

Porté par une véritable foi en l’humain et aussi par la volonté d’avancer tout en gardant un esprit positif, Yacine Bensalem a réalisé bien plus que son portfolio peut présenter, il a su, avec son parcours démontrer que tout est possible si on croit en soi.