Chronique

La chronique de Stéphanie : A livre ouvert

Quel est le point commun entre Pierre Perret, chanteur, auteur de « La cage aux oiseaux » et d’une anthologie de poésie érotique (1), et Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, auteur de « Paul et Virginie » (dont j’espère qu’on ne le fait plus lire à l’école), botaniste et fondateur de la ménagerie du « Jardin des Plantes » (des cages à animaux bien fermées que j’espère d’un autre temps) ?

Par Stéphanie Delacroix

Et bien ce sont tous les deux des épris de lecture ayant commis deux très beaux aphorismes sur le sujet. 

« Lire un bon livre, ça redonne envie de vivre, ça vous donne envie de partir à la recherche du temps perdu ». Pierre Perret

« Un bon livre est un bon ami ». Jacques-Henri Bernardin De Saint-Pierre

Le nombre de Français qui se déclarent lecteurs (tous types de livres confondus, e-books et papier, prix Goncourt, roman de gare ou ouvrage de développement personnel) est de 88 %. Pas mal non ? Peut-être que ce bon chiffre s’explique par notre manque d’hommes sages, comme dit le proverbe, manifestement chinois, 與君一席話,勝讀十年書 / Yuǔ jun yixíhuà, shèng dú shí nián shu. « Une conversation avec un sage vaut plus que dix ans de livres ».

En attendant c’est bien pratique un 書 pour savoir que justement 書 c’est un livre ! Que ce proverbe ne vous dispense pas de « hit the books » en ce mois de baccalauréat, sachant que « hit the books » ne veut pas dire frapper les livres mais s’immerger dans les livres de cours pour préparer un examen. C’est efficace hein l’anglais quand même trois mots contre dix…efficace mais aussi trompeur. 

Par exemple un book (livre) keeper (gardien) n’est pas du tout un bibliothécaire mais un comptable (bookkeeper). Bibliothécaire, en anglais c’est Librarian oui avec un L majuscule parce que non Ook n’est pas un singe mais un orang-outan (an ape (2), not a monkey) combien de fois faudra-t-il le répéter ? Ooops, je lis trop peut-être mais je vous souhaite sincèrement de comprendre cette réjouissante référence littéraire, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, n’en déplaise cette fois-ci à nos amis nippons (日本人) – qui d’ailleurs ont le kanji du livre 本 dans le nom de leur pays 日本 – avec le proverbe 晴耕雨読 (seikou udoku): ensoleillé 晴, charrue 耕, 雨 pluie, 読 lecture, que je traduirais par « sors ta charrue quand il fait beau et ton livre quand il pleut. »

Les Indonésiens sont d’accord avec les Anglais puisqu’ils utilisent exactement la même expression pour dire que l’habit ne fait pas le moine (forcément des moines y’en a pas beaucoup ici): Jangan menilai buku dari sampulnya / Don’t judge a book by its cover. Tellement d’accord que l’expression vient probablement de l’anglais, tout comme le mot “livre” en indonésien : buku, à moins qu’il ne vienne du boek hollandais, ce qui est étymologiquement pareil, same-same (sama-sama en bahasa, hé oui c’est une langue hybride que voulez-vous !).

Que vous lisiez de l’encre digitale ou de l’encre organique, le plus important reste bien de lire, de lire pour le plaisir ou pour être à la page, de lire entre les lignes, de savoir tourner la page, et d’éviter d’écrire de nouvelles pages noires. Vous pouvez aussi écrire autre chose par contre, si, si, vous pouvez, en vous tranquillisant en pensant comme je le fais à Alexandre de Tilly, qui en plus d’un distique très connu au sujet de Louis XVI :

« II ne sut que mourir, aimer et pardonner ; S’il avait su punir, il aurait su régner. » est l’auteur de la phrase suivante : “ Il y a presque toujours dans un livre médiocre de quoi en faire un bon.” Ouf, enfin…presque !

1. ok ok et aussi du zizi

2. Les “apes” : humains, orangs-outans, chimpanzés, bonobos, gibbons et gorilles.