Koh Lanta : La langueur envoûtante d’une île de la mer d’Andaman

Le sud thaïlandais de la péninsule malaise est sous l’influence d’une triple mixité culturelle. Majoritairement, la population   d’origine malaise est musulmane. Or le commerce maritime de la Chine a depuis longtemps investi une implantation chinoise qui, intégrée, a malgré tout conservé son héritage ancestral. Ces deux communautés se sont ensuite fondues dans  la société siamoise, formant un creuset culturel unique. Les gitans de la mer, minoritaires, vivent en marge et conservent leur identité. La douceur du climat et la beauté idyllique du paysage ont ensuite cimenté une société hybride vivant dans  une apparente harmonie. L’île de Koh Lanta Yai témoigne de ce cadre de vie exceptionnel.

Par Christian Sorand

Le cadre insulaire définit l’atmosphère des îles. Il se compose d’un savant dosage entre les données géographiques et le peuplement originel et migratoire. Le public français est familier de Koh Lanta. En 2001, la chaîne TF1 crée une émission de télé-réalité ‘Survivor’ contribuant à sa notoriété. En fait, les scènes ont été tournées plus au sud sur la petite île de Koh Rok. Car on se trouve dans un archipel de 52 îles dont les deux plus grandes sont Koh Lanta Noi, au nord, et Koh Lanta Yai, au sud. Une population d’environ 15.500 habitants est à 99 % de confession musulmane. Les Malais ont d’abord appelé l’île Pulau Satak (‘l’île de la longue plage’). Puis à partir de 1917, elle prend le nom thaï de lan taa (l’île ‘au million d’yeux’). Les deux plus grandes îles (Koh Lanta Noi et Koh Lanta Yai) sont depuis peu reliées par un pont flambant neuf. Les activités touristiques se concentrent sur la plus grande île de l’archipel : Koh Lanta Yai. On y vient pour ses plages ou pour la plongée.

L’île de Koh Lanta Yai

Le 22 avril 2016, le nouveau pont reliant Koh Lanta Noi (la petite), au nord, à Koh Lanta Yai (la grande), au sud, a donc été inauguré en grande pompe. Le temps de voyage par la route depuis Krabi s’en trouve raccourci. On peut également relier l’île en bateau depuis le port de Baan Saladan (au nord de Koh Lanta Yai) vers les îles de Phi-Phi ou de Phuket, ou bien encore vers le port de Ao Nang, à proximité de Krabi. Une chaîne montagneuse, domaine de la forêt tropicale dense, sépare les deux versants de l’île. On peut y visiter une grotte appelée Tham Mai Kaew. La côte occidentale, la plus touristique, déroule une longue suite de plages coralliennes rehaussées par le bleu turquoise de la mer d’Andaman. Le paysage de la côte est se compose essentiellement de mangroves de palétuviers. La partie orientale est donc plus sauvage. Elle conserve un grand charme et s’ouvre sur des dizaines d’îles s’égrenant de Koh Lanta Yai à la péninsule malaise. Sachant que l’île ne fait qu’une trentaine de kilomètres de long et six à sept de large, on peut donc en explorer tous les recoins en l’espace de quelques jours.

Koh Lanta a été peuplée dès la préhistoire. Mais les premiers échanges commerciaux ont eu lieu à partir de la côte orientale au XVIIIe siècle. Navires arabes et chinois y jetaient l’ancre. Ainsi se développa le petit port historique d’Amphur Goe, connu aujourd’hui sous le nom de ‘Old Town’. Cette petite localité est le berceau ancestral d’une communauté de marchands chinois et de pêcheurs malais. Quelques villages de gitans de la mer (les ‘Urak Lawoi’, en thaï) perdurent également ici. La langue, la nourriture et même les rites et les croyances en font un groupe bien distinct. Ils se mêlent peu aux autres communautés et conservent ainsi une certaine aura nimbée de mystère.

Le raz-de-marée catastrophique de décembre 2004 n’a pas épargné la côte ouest. Il a causé beaucoup de dégâts, mais fort heureusement, a provoqué assez peu de pertes humaines (11 au total). Même si Koh Lanta connaît un développement touristique non négligeable depuis quelques années, le nombre de visiteurs reste mesuré. À l’opposé de Phuket, Krabi ou l’île de Phi-Phi, la fréquentation des plages est parsemée et donc agréable. Il est vrai qu’elles sont particulièrement vastes et nombreuses.

La côte ouest

En débarquant au nord de l’île, on arrive à Baan Saladan, port et centre économique majeur. Son petit marché de nuit fait la joie des visiteurs de passage. Le promontoire d’ Ao Kaw Kwang se situe dans cette partie de l’île. En poursuivant la route en direction du sud, on longe une série de plages toutes aussi belles les unes que les autres. Dans leur blancheur corallienne, elles s’étalent langoureusement le long des eaux cristallines de la mer d’Andaman dont le bleu turquoise tranche avec la limpidité de l’azur du ciel ; du moins pendant la saison sèche (de novembre à mai). Laquelle choisir ? Question de goût, assurément ! La carte postale habituelle est un tant soit peu atypique. Les cocotiers sont absents dans cette partie de l’île. C’est plutôt le domaine des rameaux filiformes des filaos (ou casuarinas. Casuerina equisetifolia). Une des principales attractions de l’île réside dans la magnificence des couchers de soleil. L’ambiance thaïlandaise prévaut : ombrelles, coussins de plages et un grand choix de cafés et de restaurants tournés vers la mer. Le soir venu, lanternes et flambeaux prennent le relais et on peut y savourer fruits de mer ou cuisine thaïe. Une coutume inhérente au ‘Pays du Sourire’.

La route du sud longe quelques belles plages : Khlong Dao, la plus développée ; Phra Ae, longue de 5km et donc surnommée ‘Long Beach’ ; Khlong Khong, pour les hippies et les amateurs de yoga. Puis on arrive à mi-chemin à Lanta Khlong Nin. Lieu de séjour pratique, il permet de relier tous les centres d’intérêt de l’île. En fait, à partir d’ici, le paysage prend une autre tournure. La côte devient plus rocheuse et l’on passe de falaises en plages. La baie de Kantiang est l’une des plus jolies et offre de multiples prestations. Outre quelques hôtels, des commerces, des cafés et des restaurants, le village de Kantiang s’ouvre sur une très belle plage. Dans la partie sud de la baie, trois petits restaurants offrent des points de vue spectaculaires. On vient pour y prendre un verre ou y manger tout en assistant au coucher de soleil. Depuis le Noon Sunset Viewpoint, un étroit chemin piétonnier conduit à une plage idyllique : Nui Bay Beach. Cette anse a gardé toute sa beauté primitive car la seule manière d’y accéder est de s’y rendre à pied en suivant un sentier, parfois peuplé de singes.

Ao Kaw Kwang est un cap rocailleux à la pointe méridionale de Koh Lanta Yai. Pour la plus grande joie des amateurs de cartes postales, un vieux phare se dresse au-dessus d’une plage de sable encore sauvage. Depuis 1990, ce lieu abrite les bureaux du parc national de Mu Koh Lanta englobant une quinzaine d’îles voisines.

La côte est

La côte orientale est moins développée. C’est le domaine de la mangrove. Peu de plages donc. Néanmoins, le paysage conserve un grand charme, surtout dans la moitié méridionale.

Lanta Old Town est un petit bourg plein de caractère. La partie maritime, faite de maisons en bois sur pilotis, fut d’abord construite par les ‘gitans de la mer’. Ces derniers ont ensuite émigré un peu plus au sud, à l’arrivée des pêcheurs malais et des commerçants chinois. Une petite communauté hétéroclite vit essentiellement autour d’une seule rue parallèle à la côte. Une pagode chinoise protégée par des dragons hauts en couleurs rappelle que le commerce est aux mains des Chinois, tandis que la mosquée évoque les pêcheurs ou les marins de lointaine origine malaise ; le temple bouddhiste, quant à lui, a été édifié pour les fonctionnaires thaïs en poste ici. Tout ce petit monde vit dans une harmonie paisible. Boutiques de souvenirs, cafés et restaurants sur pilotis, font la joie des routards ou des plongeurs occasionnels en partance pour les autres îles de la baie ou de la péninsule, tout au loin. Au sud de la bourgade, près d’une plage digne d’une carte postale, domaine des bateaux de pêche, un Français est venu s’établir. Il était autrefois à New York, mais a choisi de jeter l’ancre ici. Son petit café-restaurant appelé Caoutchouc, est joliment décoré. Il propose une carte composée de saveurs asiatiques mêlées à un savoir-faire bien français. La terrasse sur pilotis, aux larges ombrelles rouges, invite au farniente et à la méditation face au calme salvateur du panorama marin.

Une petite route mène au sud en serpentant sous l’ombre fraîche d’une forêt tropicale. Parfois, une percée dans le feuillage permet un beau point de vue depuis le bord d’une falaise. Certaines petites îles de la baie sont si proches qu’on peut facilement y accéder à pied à marée basse. Trois villages sur pilotis de ‘gitans de la mer’ (chao-le, en thaï) se trouvent dans cette partie de l’île. La route prend fin à la pointe sud, abritant un gîte hôtelier très kitch en bordure de mer. Ban Seong Ka U devient ainsi un lieu propice pour savourer la beauté sauvage de ce petit bout du monde.

Koh Lanta est véritablement une destination empreinte de calme et de beauté. On peut certes trouver un peu déconcertant d’y rencontrer autant de femmes voilées et un plus grand nombre de mosquées que de temples thaïs. Il faut garder à l’esprit que la partie sud de la péninsule malaise est de culture islamique. Pourtant, ce n’est pas un terrain propice aux troubles qui secouent toujours la partie du pays (la province de Yala), à la frontière de la Malaisie. La vie de l’île suit donc un cours tranquille, accueillant les visiteurs avec le même élan que tout autre lieu touristique du royaume. Koh Lanta Yai offre baignades, plages, plongées, aventure et dépaysement à tous ceux qui savent apprécier les charmes de la Thaïlande.

Références :

chrismate.blogspot.com/2016/04/koh-lanta.html

camprest.comwikipediatreasuresofthailand.blogspot.com

travelfish.orgamazinglanta.comlantaoldtown.com

kantiang-bay.com