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Girl’s Girl : Olivia, le stand-up au féminin qui ose poser les vraies questions

Elle s’appelle Olivia, un prénom qu’elle a choisi elle-même en secondaire, après avoir lu qu’il était l’un des plus populaires au Royaume-Uni. « À cette époque, personne ne s’appelait Olivia à Hong Kong. Alors j’ai décidé que c’était le mien. » Son nom chinois, Yun Yu, lui a été donné par son père, un caractère qui évoque la femme douce et forte, l’autre un arbre un peu bancal qui poussait près de la maison familiale. Entre les deux, il y a tout un portrait: une femme qui se construit entre les langues, les cultures et les attentes.

Par Inès Vollery

Chan Yuen Ue Olivia

Olivia est l’une des rares femmes à faire du stand-up comedy à Hong Kong. Son dernier spectacle, Girl’s Girl, est présenté dans le cadre du French May 2026, un objet hybride, drôle et politique, ancré dans la philosophie française autant que dans le quotidien hongkongais.

De Beauvoir dans la salle de spectacle

Olivia n’a pas toujours voulu faire de la scène. Elle a commencé le stand-up presque par hasard, invitée par un ami à un open mic. Ce qui devait être un passe-temps est devenu un premier spectacle, sur la santé mentale, puis Girl’s Girl.
L’étincelle? Simone de Beauvoir. Olivia a étudié la littérature comparée à Hong Kong, et dans ses cours sur le genre, Le Deuxième Sexe a été une révélation. « Il couvre le côté biologique, le côté historique, et la façon dont on nous présente comme le deuxième sexe dans la vie quotidienne. » Elle ne voulait pas faire un cours académique, elle voulait faire rire. Mais rire de quoi? De la condition féminine. De ses propres peurs. D’une société qui décore les femmes comme des vitrines.
Faire entrer la philosophie française dans une salle de stand-up hongkongaise, en cantonais, devant un public majoritairement féminin, voilà le pari.

« On ne dit jamais d’un homme qu’il est un man’s man »

Le titre est à lui seul un programme. Girl’s Girl, une expression contemporaine qui désigne une femme solidaire de ses semblables. Olivia aime le concept. Et elle s’en méfie. « C’est aussi une nouvelle étiquette. Si quelqu’un n’aime pas une femme, il peut très facilement la qualifier de « pas assez girl’s girl ». C’est une façon de la condamner. » Elle marque une pause. « On ne dit jamais d’un homme qu’il est un man’s man. Les hommes n’ont pas à prouver qu’ils soutiennent d’autres hommes.
Sa propre définition est plus nuancée, et plus honnête. « Ça ne veut pas dire que je ne peux pas critiquer une femme. Mais si je la vois en difficulté, je l’aide quand même. » C’est précisément cette complexité qui l’intéresse: la solidarité féminine non pas comme béatitude, mais comme choix conscient, parfois difficile.

Le corps, la biologie, le spectacle

L’un des axes du show touche à quelque chose de plus fondamental: le corps. « Quand les extraterrestres arrivent sur Terre et découvrent les femelles de toutes les espèces, elles sont plus grandes, plus fortes, elles protègent leur progéniture. Et puis ils regardent la femme humaine, et elle se décore pour plaire. » C’est Beauvoir sans la citer: la femme comme construction sociale, définie par et pour le regard de l’autre.
Olivia traduit tout cela en sketches et en anecdotes personnelles, dont celle d’être demoiselle d’honneur pour une amie proche, expérience qui l’a amenée à réfléchir à la vraie nature des amitiés féminines. « Parfois tu aimes vraiment ton amie, mais tu peux aussi la détester en même temps. Tu l’aides, tu la vois grandir. Et parfois tu te demandes: pourquoi est-ce qu’elle mérite autant d’amour? » Puis le mariage arrive. Elle est heureuse pour elle. Mais la question reste.

Ce qu’elle veut que le public emporte

À Hong Kong, être une femme sur scène n’est pas encore une évidence. On lui a dit qu’elle était « drôle pour une femme ». On lui a demandé de parler de relations amoureuses, parce que c’est censé être son territoire naturel. « Pourquoi est-ce que je me limiterais à un seul sujet parce que je suis une femme? ».
À la fin de l’interview, la question est simple: qu’est-ce que tu veux que les gens ressentent en sortant ?
« Beaucoup de gens sont jaloux d’autres femmes parce qu’ils pensent qu’elles ne méritent pas ce qu’elles ont. Mais au fond, je crois qu’ils se détestent eux-mêmes. J’espère que les gens pourront réfléchir à ça. »
Un spectacle en cantonais, inspiré d’une philosophe française, joué par une femme qui a choisi son propre prénom. Girl’s Girl, c’est peut-être ça: prendre la parole dans sa propre langue, sur sa propre histoire, sans demander la permission.

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Girls’ Girls Interactive Standup Comedy
Les 9 et 10 juin – Bar Lemma, Hong Kong Cultural Centre
Dans le cadre du French May 2026, Hong Kong.
Spectacle en cantonais.