Comme au cinéma

Arrivée à Hong-Kong en 2005, Ingrid Sera-Gillet, chanteuse et danseuse de Flamenco s’était fixée comme objectif de transmettre sa passion du Flamenco avec son groupe Sol Y Flamenco qui s’est arrêté en 2012. Artiste aujourd’hui connue et reconnue, notamment avec son groupe Opium, elle s’est lancée un nouveau défi avec l’organisation le 25 mai d’un concert autour des grandes musiques de films « Comme au cinéma ». Soutenue par le French May dans sa démarche, c’est sur une idée de Joao, un pianiste jazz Brésilien revenu dans l’ancienne colonie britannique en 2007 pour terminer son doctorat de composition musicale à HK University, que le projet a vu le jour. « L’objectif est de transporter le public dans l’univers du cinéma francais et sa musique”, précise la jeune artiste Française. Rencontre.

Propos recueillis par Catya Martin

Trait d’Union : Pourquoi avoir décidé de créer cet événement ?

Joao : Tout le monde aime les musiques de film. Je me suis dit “pourquoi ne pas produire un spectacle dans lequel on jouerait nos musiques de film favorites tout en projetant des scènes de ces films ?”. Ce genre de production manque vraiment à Hong-Kong. Brésilien, j’ai vécu en France un an et je parle le français. J’aime la musique et la culture françaises. J’ai enfin trouvé une partenaire suffisamment passionnée, Ingrid, pour monter ce genre de spectacle autour du cinéma français. Le titre “Comme au Cinéma !” s’imposait.

Ingrid : Venant du théâtre et de la danse, ce concert s’inscrit dans la suite logique d’un cheminement personnel au cœur des arts de la scène. C’est un vrai bonheur de reprendre des chansons emblématiques du cinéma français, de découvrir et redécouvrir des films cultes ou pas. “Comme au Cinéma !” est un spectacle original qui, au travers de scènes “habilement” sélectionnées, nous transporte dans l’univers fascinant du cinéma français.

Comment avez-vous selectionné les films et les titres ?

Joao : On a voulu rendre hommage au cinéma français en couvrant des productions de 1955 jusqu’à nos jours. Parmi nos critères de sélection: entre autre, l’ancrage des films dans la réalité historique et sociale de la France (par exemple avec les films de Jean Renoir ou de Marcel Carné/Jacques Prévert), les récompenses obtenues, leur popularité, nos goûts personnels et leur difficulté musicale, notamment les questions d’instrumentalisation, d’arrangements musicaux et de tessiture vocale.

Ingrid : On a également pris en compte l’influence des films sur les mouvements et genres cinématographiques. Certains sont incontournables, par exemple les films de Jean-Luc Godard et François Truffaut pour la Nouvelle Vague, de Jacques Demy pour ses productions musicales, de Luc Besson pour ses univers futuristes et sophistiqués. Mais je ne vais pas en dire trop. Suspense …

Quelles sont vos propres références cinématographiques ?

Joao : En tant que compositeur/instrumentaliste/producteur, je regarde toujours un film avec une attention particulière pour sa musique. Je veux dire par-la que j’ “écoute” les scènes en mettant en parallèle les images, l’action et la musique. Mes préférences vont naturellement vers les films dont les musiques illustrent parfaitement les dialogues et l’action. Quand j’étais étudiant au Berklee College of Music et à la Missouri University, on avait des cours sur l’histoire des films musicaux. C’est là que j’ai pu étudié des monuments du cinéma américain et international. L’un d’entre eux, Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy, avec les compositions originales de Michel Legrand, fait partie de mes choix pour le concert. Je l’ai choisi parce qu’il utilise la technique récitative de l’opéra sur l’ensemble des dialogues. Il n’y a pas de dialogue “parlé”. Les acteurs, charismatiques, s’expriment en chantant. La chanson est une forme de réconfort dans leurs moments de tristesse et les mélodies de Michel Legrand abondent dans le côté fantaisiste et charmant du film. Cette fantaisie est littéralement le contrepoint de la réalité que vivent les personnages et que Demy a décidé d’exprimer et de souligner à travers l’utilisation de codes couleur: par exemple, le rouge et le rose pour les scènes d’amour ou encore les couleurs froides, comme le bleu, pour les moments de séparation. L’orchestration musicale et les modes musicaux mineurs/majeurs collent à la perfection à la fois aux éléments visuels et au drame.

Round Midnight de Bertrand Tavernier (musique de Herbie Hancock) est également une référence pour moi. Dans ce film, un géant du Jazz, Dexter Gordon, joue le personnage fictif de Dale Turner, un joueur de saxophone Jazz dans le Paris des années 50. Hancock a été récompensé par le César du meilleur son et l’Oscar de la meilleure musique en 1987.

Ingrid : Je suis fan de Fellini, de son cinéma délirant, absurde, tout en démesure; Charlie Chaplin pour son humour, sa justesse, sa sensibilité et son sens de l’auto-dérision. Wim Wenders dans Paris-Texas et Les Ailes du désir pour sa délicatesse et sa compassion quand il capture la désolation, l’espoir, l’amour, l’impossible. Godard et la spontanéité folle de ses personnages, sans concession. Et, dans le désordre, Coppola père & fille, David Lynch, Visconti, Tran Anh Hung, Tous les Matins du Monde de Alain Corneau, Cyrano de Bergerac de J.P. Rappeneau, Jules & Jim de François Truffaut, Farinelli de Gérard Corbiau, Goya en Burdeos de Carlos Saura, La Fureur de Vivre de Nicholas Ray, West Side Story de Jerome Robbins et Robert Wise, et tant et tant d’autres …

Comment sera organisée la soirée ?

Ingrid : Nous avons sélectionné 17 films. Pour chacun d’entre eux, nous avons réalisé un montage de quelques minutes qui en reprend les temps forts. Le travail a été titanesque, tant du point de vue de la sélection des scènes que de la réalisation des montages. Quant aux chansons, elles ont toutes faites l’objet d’arrangements musicaux (œuvre de Joao …). Le spectacle sera donc rythmé par une succession de projections et de chansons autour de chaque film. Les séquences film et les chansons s’enchaîneront dans un tourbillon ininterrompu. Plus qu’un concert, c’est une véritable production que nous proposons.

Joao : En effet, il s’agit d’un concert de 90 minutes avec musique pré-orchestrée, où les images et la musique seront parfaitement synchronisées. Sur scène, Ingrid et moi serons en duo chant-clavier/piano. J’utilise les technologies video-musicales pour une meilleure gestion du son, de l’image et du temps, notamment Virtual Studio Technology Instruments (VSTi) pour les sons puissants, les orchestrations musicales, les percussions électroniques etc.

Quelle est votre actualité pour les mois à venir ?

Ingrid : Je serai avec mon groupe Opium au French May by the Harbour les 18, 20 et 21 mai. Probablement au Wanch et à Peel Fresco en juin. Mom Livehouse en juin en perspective aussi. Et en studio pour enregistrer quelques titres.

Joao : Le 3 mai, je serai au Peel Fresco avec la chanteuse Karen Linker. Le 20 mai, avec le City Chamber Orchestra of Hong-Kong pour un concert autour des musiques et scènes du film Harry Potter and The Philosopher Stone. En avril 2015, j’ai dirigé et écrit les arrangements pour le spectacle IN HARMONY, une production mêlant bollywood, jazz, musiques latine, hindoustanie et folklorique. La 2ème édition devait avoir lieu en 2016 mais, à cause de ma tournée avec Randy Brecker, légende de la trompette jazz, cette 2ème édition aura lieu en septembre 2017. Elle comprendra orchestre de chambre, section jazz et instruments indiens. A inscrire dans les calendriers !

Comme au cinéma

Jeudi 25 mai – 21h

2/F, The Luxe Manor

39 Kimberley Road, TST

Informations :

[email protected]

www.dadalounger.com.hk