Au théâtre ce soir : La Perruche

Comédie grinçante, écrite et mise en scène par Audrey Shebat, « La Perruche » est une pièce de boulevard où quiproquos, rebondissements et une intrigue provoqueront des éclats de rires garantis. Jouée en France par les acteurs Barbara Schultz et Arié Elmaleh, « La Perruche » est reprise par Emilie Guillot pour le public francophone de Hong Kong. « C’est une pièce très drôle et cruelle à la fois », déclarait Arié Elmaleh lors de la sortie en France. L’histoire : un couple attend des amis pour dîner mais ils n’arriveront jamais. A chercher les raisons de cette absence, ils se disputent et très vite, malgré leurs 20 ans de mariage, c’est leur couple qui est mis sur la sellette. A confronter leurs visions radicalement opposées, ils enchaînent les quiproquos absurdes et les révélations intimes, remettant en cause, sans s’en rendre compte, les fondements de leur propre couple. Les reproches fusent et la vérité éclate avec des paroles drôles, justes et percutantes. Alma Brahmi et Bastien Guers sont mis en scène pour la première fois par la française, Emilie Guillot, directrice et fondatrice de HK Theatre Association qui a accepté de nous en dire un peu plus. Entretien.

Trait d’union : Vous proposez une pièce jouée en France par Barbara Schultz et Arié Elmaleh, de lourdes références pour vos acteurs. S’en sont-ils inspirés ?
Emilie Guillot :
Au théâtre comme au cinéma, un acteur s’inspire de tout pour se bâtir. Pour se bâtir mais aussi pour construire son prochain rôle, l’inspiration vient de notre entourage, nos expériences ou encore le monde qui nous entoure. Je ne peux pas parler à la place de mes acteurs mais il semblerait qu’ils se soient inspirés de l’histoire et des personnages.
C’est une joie et un honneur de jouer des rôles qui ont été interprétés par ces deux grands comédiens français. J’ai donc perçu au travers du travail de Bastien et Alma (NDLR : Bastien Guers et Alma Brahmi), une attention aux détails plus minutieuse. C’est toujours un défi intéressant que de jouer après des célébrités comme celles-ci. Nous avons travaillé avec ce que la pièce nous inspirait même si parfois, il faut savoir ne pas s’inspirer des autres pour tout simplement mieux puiser au fond de soi-même et offrir quelque chose d’authentique et d’organique.

Comédie bourgeoise, La Perruche part d’une pièce de boulevard pour amener les spectateurs vers quelque chose de plus profond. Comment avez-vous travaillé cela ?
J’ai envie de dire tout simplement par ordre chronologique ? Nous n’avions que très peu de temps pour cette pièce. Nous n’avons pas fait d’analyse du texte et avons fonctionné acte par acte. Le travail de mise en scène était assez précis dans ma tête.
Avec l’aide des comédiens, nous avons affiné pour que notre vision reste juste. Nous avons rencontré pas mal de désaccords, ce qui fait la force d’une production et surtout d’une création. Il est très compliqué de jouer sur ces trois tableaux. Audrey Schebat a mis le doute sur ses personnages. Ils ne sont pas si faciles à lire et à comprendre. Ils passent par toutes les émotions possibles dans cette pièce avec une espèce de caricature du couple des années 50. Le plus dur, pour moi, était d’apporter un zest de comédie là où il y en avait pas, ou encore mieux apporter plus de folie là où on ne rigolait plus.

Pourquoi ?
Pour se protéger de la banalité et du déjà vu et aussi apporter de la surprise à ce qui est dit car ne l’oublions pas, les mots ne veulent rien dire sans intention précise. Et enfin, pour renforcer la tonicité des acteurs et leur permettre de s’amuser pleinement. Car finalement si nous faisons ce genre de spectacle – tout en respectant l’auteur et l’histoire – c’est surtout pour partager un moment extraordinaire avec notre public!

Ecrite par une femme, pour une femme cette pièce prend le nom d’un oiseau réputé pour sa gouaille, est-ce l’image de la femme vue par l’homme ?
(Rires). Je ne pense pas que nous ayons le temps de débattre sur cette dernière question ! Je ne peux qu’y répondre en mettant sur scène ce genre de pièce peut-être alors! Posons le autrement.
Pour moi la perruche n’est ni moqueuse ni insolente mais plutôt bien maline et discrète. Elle joue de son talent caché comme son voisin le perroquet. Elle n’est pas sotte mais se laisse paraître comme une naïve. Elle connaît plus de 200 mots mais ne les dévoile que si elle le désire. Elle m’inspire plutôt une femme des années 50 certes de par sa « discrétion » et ses « caprices » voire même une sorte de soumission domestique. Mais elle m’inspire aussi cette femme moderne, humble, qui, en comprenant le système dans lequel nous vivons, ne se manifeste qu’avec humilité. Non pas par peur de s’imposer au contraire elle sait prendre du recul pour améliorer, pour justifier son envol.

Pourquoi le choix de ce casting, Alma Brami et Bastien Guers ? Comment se sont passées les répétitions ?
Ils ont été parfaits lors des auditions. Je n’ai jamais travaillé avec eux sur scène, c’était par conséquent une superbe occasion. Ils sont d’une écoute et d’un partage généreux lors des répétitions. On a beaucoup ri, tout en ayant une rigueur créative dominante. Ils savent ce qu’ils font et c’est un plaisir de travailler avec eux. Notre équipe de production derrière fait de son mieux pour leur rendre le travail facile. Je suis très chanceuse. J’ai hâte ! Je pense que les acteurs souffrent plus que moi pendant les répétitions. C’est du non-stop une fois lancé. Une endurance impressionnante, un roller-coster émotionnel étouffant mais pour un résultat flamboyant. Très fière d’eux !

Quelles suites pour HK Theatre Association ?

En ce moment j’ai un travail d’écriture en cours avec une adaptation théâtrale d’un film. Je travaille aussi sur un festival de pièces internationales. Un beau petit programme pour 2020 à découvrir. Et bien sûr, les ateliers pour adultes qui continuent chaque semaine.

 

La Perruche
Du Mardi 5 au Samedi 9 novembre

19h30 – Accueil / 20h30 : Levé de rideau
McAulay Studio, Harbour Rd 2, Wan Chai Expo, Wanchai

Tickets : www.ticketdood.com

Informations : www.hkta.org.hk